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À l’aultre fois faisait en quelque belle place, par où le guet devait passer, une trainée de
pouldre de canon... (page 118).
feis mes choulx gras de la croisade, tu serois tout esbahi. Elle me vault plus de six mille fleurins. — Et où diable sont-ils allés? dis-je, car tu n’en as une maille. — D'ond ils estoient venus, dist-il : ils ne feirent seulement que changer maistre. Mais j'en employai bien trois mille à marier, non les jeunes filles (car elles ne trouvent que trop}, mais grandes vieilles sempiterneuses qui n'avoient dents en gueule. Considérant, ces bonnes femmes ici ont très-bien employé leur temps en jeunesse, et ont joué du serrecroupière à cul levé à touts venants, jusques à ce qu'on n’en ha plus voulu. Et par Dieu je les ferai saccader encores une fois devant qu'elles meurent. Par ce moyen à l'une donnois cent fleurins , à l’aultre six vingls, à l’aultre trois cents, selon qu'elles estoient bien infames , détestables, et abominables ; car d’aultant qu'elles estoient plus horribles, et exécrables, d'aultant il leur falloit
donner d'adyantage, aultrement le diable ne les eust voulu biscoter. Incontinent m'en allois à quelque porteur de costrets gros et gras, et faisois moimesme le mariage; mais premier que lui monstrer les vieilles, je lui monstrois les escuts, disant : « Com- «père, voici qui est à Loi si Lu veulx fretinfretailler «un bon coup. » Dès lors les pauvres haires bubayalloient comme vieulx mulets. Ainsi leur faisois bien apprester à banqueter, boire du meilleur, etforce espiceries pour mettre les vieilles en rut et en chaleur. Fin de compte, ils besoingnoient comme toutes bonnes ames, sinon qu'à celles qui estoient horriblement villaines et deffaictes, je leur faisois mettre un-sac sus le visage. nt
« D'advantage j'en ai perdu beaulcoup en procés. — Et quels procés as-tu pu avoir? disois-je : tu n'as ni lerre, ni maison. — Mon ami, dist-il, les da-
Car d’aultant elles étaient plus horribles et exécrables, d’aultant il leur fallait donner d’advantage [page 120).
moiselles de cette ville avoient trouvé par instigation du diable d'enfer une manière de collets, ou cachecoulx à la haulte facon, qui leur cachoient si bien les seins, que l'on n’y pouvoit plus mettre la main par dessoubs : car la fente d’iceulx elles avoient mise par derrière, et estoient touts clos par devant, dont les pauvres amants, dolents, contemplatifs, n'estoient bien contents. Un beau jour de mardi, j’en présentai requesle à Ja court, me formant partie contre lesdictes damoiselles, et remonstrant les grands intérests que je y prétendois, protestant que à mesme raison je ferois couldre la braguette de mes chausses au derrière si la court n’y donnoit ordre. Somme toute, les damoiselles formarent syndicat, monstrarent leurs fondements,-et passarent procuration à deffendre leur cause ; mais je les poursuivi si vertement, que par arrest de la court fut dict . que ces haults cachecoulx ne seroient plus portés, sinon qu'ils fussent quelque peu fendus par devant. Mais il me cousta beau.
« Jens un aültre procès bien ord et bien sale contre maistre Fyfy et ses supposts, à ce qu'ils n’eussent plus à lire clandestinement de nuict, la pipe, le bussart, ne le quart des Sentences (1); mais le beau plein jour, et ce és escholes de feurre , en face de touts les ar-
(1) Livre de Pierre Lombard, dont on avait fait de si nombreuses éditions, que, selon Rabelais, les maîtres gadouards pouvaient le lire tout entier en recueillant les pages aux lieux où ils travaillent.
tiens sophistes : où je fus condamné és despens pour quelque formalité de-relation du sergent.
«Une aultrefois, je formai complaincte à la court contre les mules des présidents et conseillers, et aultres : tendant à fin que, quand en la basse court du Palais l’on les mettroit à ronger leur frein, les conseillères leur feissent de belles baverettes , affin que de leur bave elles ne gastassent le pavé, en sorte que les pages du Palais pussent jouer dessus à beaulx dez, ou au reniguebieu, à leur aise, sans y gaster leurs chaus-
ses aux genoulx. Et de ce eus bel arrest : mais il me couste bon.
« Or sommez à ceste heure combien me coustent les petits banquets que je fais aux pages du palais de jour en jour. — Et à quelle fin? dis-je. — Mon ami, dist-il, tu n’as passetemps aulcun en ce monde : j'en ai plus que le roi. Et si voulois te rallier avecques moi, nous ferions diables. — Non non, dis-je, par saint Adauras.(1) : car tu seras une fois pendu. — Et toi, dist-il, tu seras une fois enterré ; lequel est plus honorable ou l’aer ou la terre ? Hé grosse pécore |
« Cependant que ces pages banquètent, je garde leurs mules, et coupe toutesfois à quelqu’une l’estrivière du costé du montooir, en sorte qu’elle ne tient
(1) Saint imaginé pour garantir d’être pendu, ou d’être du nombre de ceux de qui l’on dit : Vacuas pendebit at auras.
Paris. — Imp. Lacour er C°, rue Soufflot, 46: , 16
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qu'à un filet. Quand le gros enflé de conseiller, ou aultre, ha prins son bransle pour monter sus, ils tombent touts plats comme pores devant tout le monde, et apprestent à rire pour plus de cent francs. Mais je me ri encore d’advantage, c'est que, eulx arrivés au logis, ils font fouetter monsieur du page comme sègle
vert ; par ainsi je ne plains poinct ce que m’ha .cousté
à les banqueter. »
Fin de compte il avoit, comme ai dict dessus, soixante et trois manières de recouvrer argent : mais il en avoit deux cents quatorze de le despendre, hors mis la réparation de dessoubs Île nez.