CHAPITRE XXII
Comment Panurge feit un tour à la dame parisienne qui ne fut poinct à son advantage.
Or notez que le lendemain estoit la grande feste du Sacre, à laquelle toutes les femmes se mettent en leur triumphe de habillements; et pour ce jour la dicte dame s'esloit vestue. d'une très-belle robe de satin cramoisi, et d'une cotte de velours blanc bien précieux. Le jour de la vigile, Panurge chercha tant d’un costéet d'anltre qu'il trouva une lycisque orgoose {1}, laquelle il lia avec sa Céinclure, et la mena en sa chambre, et la nourrit très-bien cedict jour, ettoute la nuict : au matin la tua, et en prit ce que sçavent les géomantiens grégeois, etle misten pièces le plus menu qu'il pust, et lesemporta bien cachées, et alla où la dame debvoit aller pour suivre la procession, comme est de coustume à ladicte feste. Et alors qu'elle entra, Panurge lui donna de l’eau beniste, bien courtoisement la saluant; et quelque peu de temps après quelle eut dict ses menus suffrages, il se va joindre à elle en son banc, et lui bailla un rondeau par escript en la forme que s'ensuit :