‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 118 sur 327 · LES REX · texte numérisé non relu

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Je vis Epictète avecques force damoiselles, se rigolant, buvant, dansant P 1 o ? | : À

faisant en touts eas grand chère [page 139).

tueux, et plaisant sur touts les pays du monde, comme plusieurs de vous sçavent qui y estes allés aultrefois. Ur chascun de vous qui ÿ vouldra venir, soit prest comme j'ai dict, »

Ce conseil et délibération fut divulgué par la ville: et au lendemain se trouvarent en la place devant le palais jusques au nombre de dixhuict cents cinquante et six mille et unze, sans les femmes et petits enfants. Ainsi commencearent à marcher droict en Dipsodie, en si bon ordre qu'ils ressembloient és enfants d'Israël, quand ils partirent d'Egypte pour passer la mer Rouge. Mais devant que poursuivre cesle entreprinse je vous veulx dire comment Panurge traicla son prisonnier le roi Anarche. Il lui soubvint de ce qu'avoit racompté Epistemon , comment estoient traictés les rois et riches de ce monde par les champs Elysées, et comment ils gagnoient pour lors leur vie à vils et sales mestiers.

Pourtant, un jour habilla son dict roi d'un beau petit pourpoinct de toile tout deschiqueté comme la cornette d’un Albanois, et de belles chausses à la marinière, sans soliers (car, disoit-il, ils lui gasteroient la vue), el un petit bonnet pers, avec une grande plume de chapon. Je faulx, car il m'est advis qu'il y en avoit deux, et une belle ceincture de pers et vert, disant que ceste livrée lui advenoit bien, vu qu'il avoit esté pervers. En tel poinct l’amena devant Pantagruel, et lui dist : « Cognoissez vous ce rustre ? — Non certes, dist Pantagruel. — C'est monsieur du roi de trois cuictes. Je le veulx faire homme de bien: ces diables de rois ici ne sont que veaulx, et ne scavent ni ne valent rien, sinon à faire des maulx és pauvres subjects, et à troubler tout le monde par guerre pour leur inique et détestable plaisir. Je le veulx mettre à meslier, et le faire crieur de saulce verte. Or commence à crier : Vous faut-il poinct de saulce verte ? — Et le pauvre diable crioit. — C’est trop bas, dist

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Je les vid, dit Epistemon, tonts occupés à chercher les épingles rouillées et les vieulx clous parmi

les ruisseaulx [page 139).

Panurge , et le print par l’aureille, disant : Chante plus hault en g, sol, re, ut. Ainsi, diable, tu as bonne gorge : tu ne fus jamais si heureux que de n'estre plus roi. »

Et Pantagruel prenoit à tout plaisir. Car j'ause bien dire que c’estoit le meilleur petit bon homme qui fust d'ici au bout d’un baston. Ainsi fut Anarche bon crieur de saulce verte. Deux jours après, Panurge le maria avec une vieille lanternière, et lui même feit les nopces à belles testes de mouton, bonnes hastilles à la moustarde, et beaulx tribars aux ails, dont il en envoya cinq sommades à Pantagruel, lesquelles il mangea toutes, tant il les trouva appétissantes, et à boire belle piscantine, et beau cormé. Et pour les faire danser, loua un aveugle qui leur sonnoit la note avecques sa vielle. Après disner, les amena au Palais, et les montra à Pantagruel, et lui dist monstrant la mariée : « Elle n’ha garde de peter, — Pourquoi? dist Pantagruel. — Pource, dist Panurge, qu'elle est bien

entamée. — Quelle parole est-ce là ? dist Panlagruel: — Ne voyez-vous pas, dist Panurge, que les chastaignes qu'on faict cuire au feu, si elles sont entières ; elles pètent que c’est rage :. et pour lès engarder de peter l'on les entame, Aussi ceste nouvelle-mariée est bien entamée par le bas, ainsi-elle ne:pètera:poinel. »

Pantagruel leur, donna; une petite loge auprèside la basse rue , et un. mortier de pierre: àhpiler:la:saule. Et feirent en ce poinct leur petit mesnage.‘et. fut aussi gentil crieur de saulce verte, qui fut onques vu en Utopie. Mais l'on m'ha dict depuis que sa femme la bat comme plastre, et le pauvre soi ne se‘ause déffendre, tant il est niaïs.

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