‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 20 sur 327 · PEER · texte numérisé non relu

PEER

rien, — Ne nous hastons pas, et amassons bien tout.

— Voici tripes de jeu, gaudebillaux d’'envi, de ce faulveau à la raie noire.— O pour Dieu, estrillons-le à profict de mesnaige. — Buvez, ou je vous... Non, non, buvez, je vous en prie. Les passereaulx ne mangent sinon qu'on leur tape les queues : je ne boi sinon qu’on me flatte.

— Lagona edatera (1). Il n’y ha rabouillère en tout mon corps, ou cestui vin ne furette la soif.—Cestui-ci me la fouettebien.—Cestui-ci me la bannira du tout. — Cornons ici, à son de flacons et bouteilles, que quiconque aura perdu sa soif n’ait à la chercher céans : longs clystères de buverie l'ont faict vider hors le logis. — Le grand Dieu feit les planètes, et nous faisons les plats nets. — J'ai la parole de Dieu en bouche : Sifio (2). — La pierre dicte asbestos (3), n’est plus inextinguible que la soif de ma paternité. — L'appétit vient en mangeant, disoit Angeston : mais la soif s'en va en beuvant. — Remède contre la soif? Il est contraire à cellui qui est contre morsure de chien : courez tousjours après Je chien, jamais ne vous mordra; buvez tousjours avant la soif, et jamais ne vous adviendra. — Je vous y prend : je vous resveille. — Sommelier éternel, garde-nous de somme, Argus avoit cent yeulx pour voir : cent mains fault à un sommelier, comme avoit Briareus, pour infatigablement verser. — Mouillons, haï ! il faict beau seiclrer.— Du blanc, verse tout, verse de par le diable : verse deca, tout plein : la langue me pelle. — Lans, tringue (4) : à toi, compaing, dehait, dehaït! — La, la, la, c’est morfaillé cela.— O lachryma Christi (5)! c'est de la Devinière : c’est vin pineau, — O le gentil vin btanc! et par mon âme, ce n’est que vin de taffetas (6). — Hen hen, il est à une aureille (7), bien drapé et de bonne laine. — Mon compagnon, courage. Pour ce jeu, nous ne volerons pas [8] : car j'ai faict un levé. — £x hoc in hoc (9). Il n’y ha point d'enchantement : chacun de vous l'ha vu. — J'y suis maistre passé. À brum! à brum! je suis prebstre Macé (10).— 0 les buveurs! O les altérés! Page, mon ami, emplis ici et couronne le vin, je te prie. À la cardinale. Natura abhorret vacuum (11). — Diriez-vous qu'une mouche y eust bu? — A la mode de Bre-. tagne (12) : net, net, à ce piot.— Avalez; ce sont herbes (13).

(1j Un scoliaste a cherché du grec dans ces deux mots qui n’ont rien d’hellénique : selon Le Duchat, c’est du basque tout pur, signifiant : Camarade, à boire! Le sens de la

hrase suivante indique une corruption des mots latins agena edax : la bouteille est rongeuse... Mais, vérification Le en basque, laguna veut dire camarade, et edatea, oire.

(2) J'ai soif, parole de Jésus-Christ en croix.

(3) L’amiante.

(4) Lans, tringue! mots corrompus de l'allemand, Landsman, zu trinken, c'est-à-dire : Pays ou camarade, donnemoi à boire. Me

(5) Larme du Christ : nom donné à un excellent vin des environs de Viterbe.

(6) Doux à boire comme le taffetas est doux au toucher.

(7) C'est-à-dire, qui fait pencher la tête d’un côté en signe d'approbation,

(8) Notre adversaire ne fera pas la vole, toutes les levées.

(9) De cela en cela; c’est-à-dire du verre dans l'estomac; escamoté, transformé : ce qui explique la phrase suivante.

(10) Figure appelée autrefois contrepetlerie : ici cette confusion de syllabes s'explique par l'embarras de langue que le buveur à essayé inutilement de dissiper en faisant broum! broum!

(11) La nature a horreur du vide.

(12) La coutume des Bretons est de ne rien laisser dans leurs verres.

(13) C'est-à-dire herbes médicinales, qui vous feront du bien.

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