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ordre qu’en tout le pays n’estoit garson plus net que lui. « Comment cela? dist Grandgousier. — J'ai, respondit Gargantua, par longue et curieuse expérience, inventé un moyen de me torcher le cul, le plus seigneurial , le plus excellent, le plus expédient que jamais fut vu. — Quel? dist Grandgousier. — Comme vous le racompterai, dist Gargantua, présentement. Je me torchai une fois d’un cachelet de velours d'une damoiselle, et le trouvai bon : car la mollice de sa soie me çausoit au fondement une volupté bien grande.
«Une aultre fois d’un chaperon d'icelle, et fut de mesme.
« Une aultre fois d'un cachecol; une aultre fois des aureillettes de satin cramoisi : mais la dorure d’un tas de sphères de merde qui y estoient, m'escorcharent tout le derrière. Que le feu sainct Antoine arde le boyau culier de l’orfebvre qui les feit et de la damoiselle qui les portoit.
« Ce mal passa me torchant d’un bonnet de page, bien emplumé à la souisse.
« Puis, fiantant derrière un buisson, trouvai un chat de Mars (1), d’icellui me torchai: mais ses gryphes m'exulcérarent tout le périnée. De ce me guéri au lendemain, me torchant des gands de ma mère, bien parfumés de maujoin. Puis me torchai de saulge, de fenoil, de aneth, de marjolaine, de roses, de feuilles de courles, de choulx, de bettes, de pample, de guimaulves, de verbasce {qui est escarlatte de cul), de laictues, et de feuilles d’espinars. Le tout me feit grand bien à ma jambe. De mercuriale, de persiguière, de orties, et de consolde : mais j'en eus la caquesangue de Lombard; d’ond fus guéri me torchant de ma braguette. Puis me torchai aux linceulx, à la couverture, aux rideaulx , d'un coussin, d’un tapis, d’un verd , d’une nappe, d'une serviette, d'un mouschenez, d’un peignoir. En tout je trouvai de plaisir plus que n’ont les rognenx quand on les estrille. — Voire, mais, dist Grandgousier, lequel torchecul trouvas-tu meilleur ? — Je y estois, dist Gargantua, et bien tost en sçaurez le fu autem (2). Je me torchai de foin, de paille, de baudufle, de bourre, de laine, de papier : mais ,
Tousjours laisse aux couillons esmorche, Qui son hord cul de papier torche.
— Quoi? dist Grandgousier, mon petit couillon, as-tu prins au pot”? vu que tu rimes desja ? — Oui dea, respondit Gargantua, mon roi, je rhythme tant et plus : et en rhythmant souvent m'enrime (3). Escoutez que dict nostre retraict aux fianteurs.
Chiart, Foirart, Petart, Brenous, Ton lard, Chappart, S’'espart Sus nous :
Hordous, Merdous, Esgous, Le feu de sainct Antoine L’ard,
(1) Une martre.
(2) La fin; parce que les leçons du bréviaire se terminent Souvent par ces mots : Tu aulem Domine…. 1naïs toi, Seigneur.
(3) Rabelaïs joue ici sur le mot rimer, qui d’abord est pris dans le sens du patois languedocien, où il se dit de la viande qui s’est attachée au fond du pot en cuisant; c’est ensuite rhythmer, pour faire des vers; et enfin s’enrimer, pour s’enrumer.
Si touts, Tes trous, Esclous, Tu ne torche avant ton départ.
« En voulez-vous d'advantage? — Oui dea, dist Grandgousier. — Adonc, dist Gargantua.