RONDEAU
En chiant, l’aultre hier senti La gabelle qu’à mon cul dois :
L’odeur fut aultre que cuidois :
J'en fus du tout empuanti.
0 ! si quelqu'un eust consenti M'amener une qu'attendois, En chiant!
Car je lui eusse assimenti Son trou d'urine à mon lourdois; Cependant eust avec ses doigts Mon trou de merde garanti,
En chiant,
« Or dictes maintenant que je n'y sçai rien. Par la merde, je ne les ai faict mie : mais les oyant réciter à dame grand que voyez-ci, les ai retenus en la gibbessière de ma mémoire. — Retournons, dist Grandgousier, à nostre propos. — Quel ? dist Gargantua, chier? — Non, dist Grandgousier. Mais torcher le cul. — Mais, dist Gargantua, voulez - vous payer un bussart de vin breton, si je vous fai quinault en ce propos? — Oui vraiment, dist Grandgousier. — Il n’est, dist Gargantua, poinct besoing torcher le cul, sinon qu'il y aitordure. Ordure n’y peult estre, si on n’ha chié : chier doncques nous fault davant que le cul torcher.— O! dist Grandgonsier, que tu as bon sens, petit garsonnet! Ces premiers jours, je te ferai passer docteur en gaie science, par Dieu, car tu as raison plus que
‘age.
«Or poursui ce propos torcheculatif ; je t'en prie. Et, par ma barbe, pour un bussart, tu auras soixante pipes, j'entend de ce bon vin breton, lequel poinct ne croist en Bretaigne, mais en ce bon pays de Verron (1).
— Je me torchai après, dist Gargantua, d'un couvrechef, d’un aureiller, d'une pantophle, d'une gibessière, d'un panier, mais Ô le malplaisant torchecul! Puis d'un chapeau. Et notez que des chapeaulx les uns sont ras, les aultres à poil, les aultres veloutés, les aultres taffetassés , les aultres satinisés. Le meilleur de touts est cellui de poil : car il faict très bonne abstersion de la matière fécale.
« Puis me torchai d'une poulle, d’un coq, d’un poullet, de la peau d’un veau, d’un lièvre, d’un pigeon, d'un cormoran, d'un sac d’advocat, d'une barbute, d’une coiffe, d’un leurre.
«Mais, concluant, je di et maintien qu'il n’y ha tel torchecul que d'un oïson bien dumeté, pourvu qu’on lui tienne la teste entre les jambes. Et m'en croyez sus mon honneur. Car vous sentez au trou du cul une volupté mirifique, tant par la doulceur d'icellui dumet, que par la chaleur tempérée de l'oison : laquelle facilement est communiquée au boyau culier, et aultres intestins , jusques à venir à la région du cœur et du cerveau.
« Et ne pensez que la béatitude des heroës et semidieux, qui sont par les champs élysiens, soit en leur asphodèle , ou ambrosie, ou nectar, comme
(4) On appelle pays de Verron toute la presqu’ile depuis le confluent de la Loire et de la Vienne jusqu’au terrain de Chinon inclusivement.
62 CHEFS-D'OŒUVRE EUROPÉENS.
disent ces vieilles ici. Elle est, selon mon opinion, en
ce qu'ils se torchent le cul d’un oïson. Et telle est l’opinion de maistre Jehan d'Escosse. »