‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 309 sur 327 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Comment, en l’emblémature, estoit figuré le combat de Bacchus contre les Indians.

Conséquemment estoil figuré le hourt et l’assault que donnoit le bon Bacchus contre les Indians, Là eonsidérois que Silenus chef de l'avant-garde suoit à grosses gouttes, et son asne aigrement tourmentoit : l'asne de mesme ouvroit la gueule horriblement , s'esmouchoit, desmanchoit, s’escarmouchoit en façon espouventable, comme s'il eust un frelon au cui.

Les satyres, capitaines, sergents de bataille, caps d'escadre , caporals, avecques cornaboux sonnants les

. ques gents de guerre en nombre infini :

orthies, furieusement tournoyoient, courants autour de l'armée à saults de chèvres, à bonds, à pets, à ruades et à pennades, donnants courage aulx compagnons de vertueusement combattre.Tout le mondeen figure crioit Evohe. Les ménades premier faisoient incursion sur les Indians avecques cris horribles et sons espouventables de leurs tymbons et boucliers : d'ond leciel retentissoit comme désignoit l'emblémature ; afin que plus tant n'admirez l’art d'Apelles, Aristides Thebain, et aultres qui ont paincet les tonnerres, esclairs, fouldres, vents, paroles, échos, les mœurs et les esperits.

Conséquemment esloit l’ost des Indians comme adverti que Bagchus mettoit touts leurs pays en vastation. En front estoient les éléphants, chargés de tours, avecmais toute l’armée estoit en roupte, et contre eulx, et sus eulx se tournoient et marchoient leurs éléphants par le tu-

-mulie horrible des bacchides, et la terreur panique qui

leur avoit le sens tollu. Là eussiez vu Silenus son asne aigrement talonner, et s’escrimer de son baston à la vieille escrime, son asne voltiger après les éléphants la gueulebée, comme s’il brailloit; et braillant mertialement {en pareille braveté que jadis-il esveilla la Nymphe Lotis en pleins bacchanales, quand Priapus, plein de priapisme, la vouloit dormant priapiser sans la prier), sonna l'assault.

Là eussiez vu Pan saulter avecques ses jambes tortes autour des ménades, avecques sa fleute rustique les exeiter à vertueusement combattre. Là eussiez aussi vu en après un jeune satyre mener prisonniers dix-sept rois; une bacchide tirer avec ses serpents quarante el deux capitaines; un petit faune porter douze enseignes prinses sus les ennemis, et le bon homme Bacchus sus son char se pourmener en seureté parmi le camp , riant, se gaudissant et buvant d'aultant à un chascun. Enfin estoit représenté, en figure emblémacu le trophée de la victoire et triumphe du bon Bacchus. :

Son char triumphant estoit tout couvert de lierre, prins et cueilli en la montagne Meros, et ce pour la rareté, laquelle hausse le prix de toutes choses, en Indie expressément d'icelle herbe. En ce depuis l’imita Alexandre le grand en son triumphe indique, et estoit le char tiré par éléphants joincts ensemble. En ce depuis l’imita Pompée le grand à Rome, en son triumphe africain. Dessus estoit le noble Bacchus buvant en un canthare. En ce depuis limita Caius Marius , après la victoire des Cimbres, qu'il obtint près Aix en Provence. Toute son-armée estoit couronnée de lierre, leurs thyrses, boucliers et tymbons en estoient couverts. Il n’estoit l’asne de Silenus, qui n’en fust caparassonné.

Es costés du char estoient les rois indians, prins et liés à grosses chaines d’or; toute la brigade marchoit avecques pompes divines en joie et liesse indicibles, portants infinis trophées, et fercules et despouilles des ennemis, en joyeux épinices et petites chansons wvillatiques et dithyrambes résonnants. Au bout estoit descript le pays d'Egypte avecques le Nil et ses crocodiles, cercopithèques, ibides, singes, trochiles, ichneumones , hippopotames et aultres bestes à lui domestiques; et Bacchus marchant en icelle contrée à la conduicte de deux bœufs sus l’un desquels estoit escript en lettres d'or, Apis, sus l’aultre, Osiris, pource qu’en Egypte, avant la venue de Bacchus, n'avoit esté vu bœuf ni vache.

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