‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 319 sur 327 · III.—Des maladies de ceste année · texte numérisé non relu

III.—Des maladies de ceste année

Ceste année les aveugles ne verront que bien peu, les sourds oirront assez mal, les muts ne parleront gaires,-les riches se porteront un peu mieulx que les pauvres, et les sains mieulx que les malades. Plusieurs moutons, bœufs, pourceaulx; oisons, poulets et canars mourront : et ne sera si cruelle mortalité entre les singes et dromadaires. Vieillesse sera incurable ceste année à cause des années passées, Ceulx qui seront pleurétiques auront grand mal au costé. Ceulx qui auront flux de ventre, iront souvent à la selle percée; les catarrhes descendront cette année du cerveau és membres inférieurs; le mal des yeulx sera fort contraire à la vue : les aureilles seront courtes et rares en Gascogne plus que de coustume. Et régnera quasi universellement une maladie bien horrible et redoutable, maligne, perverse, espouventable et mal-plaisante, laquelle rendra le monde bien estonné, et dont plusieurs ne sçauront de quet bois faire flesches, et bien souvent composeront en resvasserie, syllogisants en la pierre philosophale, et és aureilles de Midas. Je tremble de paour, quand j'y pense : car je di qu’elle sera épidémiale, et l’appelle Averroïs VIF, Colliget : «Faulte d'argent. » Et attendu le comète de l’an passé, et la rétrogradation de Saturne, mourra à l'hospital un grand marrault tout catarrhé et croustelevé. À la mort duquel sera sédition entre les chats et les rats, entre les chiens et les lièvres, entre les faulcons et canars, entre les moines

et les œufs.

{1} SiDieu est pour nous, qui sera contre {saint Paul}! — Personne, Seigneur.

Page 1