BRY
l'anis. — Impr. LAcour Er C°, rue Soufflot, 16.
la première poinele. Lors ils sont pires que diables, Mais s'ils séjournent, ils sont moins que femmes. Je suis d'advis qu'à l'heure présente, après que vos gents auront quelque peu respiré et repu, faciez donner l'assaut. »
L'advis fut trouvé bon. Adoncques produict toute son armée en plein camp, mettant les subsides du costé de la montée. Le moine print avec soi six enseignes de gents de pied, et deux cents hommes d’armes, et en grande diligence transversa les marais, et gagna au-dessus le Puy jusques au grand chemin de Loudun. Ce pendent l’assault continuoit : les gents de Picrochole ne sçavoient si le meilleur estoit sortir hors et les recepvoir, ou bien garder la ville sans bouger. Mais furieusement sortit avec quelque bande d'hommes d'armes de sa maison : et là fut receu et festoyé à grands coups de canon qui gresloient devers les costeaulx, dont les Gargantuistes se retirarent au val, pour mieulx donner lieu à l'artillerie. Ceulx de la ville deffendoient le mieulx que povoient, mais les traicts passoient oultre par dessus sans nul férir. Aulcuns de la bande, saulvés de l'artillerie, donnarent fièrement sus nos gents, mais peu profictarent : car touts furent receus entre les ordres, et là rués par terre. Ce que voyants se vouloient retirer : mais ce pendent le moine avoit occupé le passage, parquoi se mirent en fuite sans ordre, ni maintien. Aulcuns vouloient leur donner la chasse, mais le moine les retint, craignant que suivants les fuyants, perdissent leurs rancs, et que sus ce poinet ceulx de la ville chargeassent sus eulx. Puis attendent quelque espace , et nul ne comparant à l'encontre, envoya le due Phrontiste pour admonester Gargantua à ce qu'il advançast pour gagner le costeau à la gausche, pour empescher la retraicte de Picrochole par celle porte. Ce que feit Gargantua en toute diligence, et y envoya quatre légions de la compagnie de Sebaste : mais si tost ne purent gagner le hault, qu'ils ne rencontrassent en barbe Picrochole, et ceulx qui avec lui s’estoient espars.
Lors chargearent sus roidement : toutesfois grandement furent endommagés par ceulx qui estoient sus les murs, en coups de traict et artillerie. Quoi voyant Gargantua, en grande puissance alla les secourir, et commença son artillerie à heurter sus ce quartier de muraille : tant que toute la force de la ville y fut évoquée. Le moine, voyant cellui costé lequel il tenoit assiégé dénué de gents et gardes, magnanimement tira vers le fort: et tant feit qu'il monta sus lui. et aulcuns de ses gents, pensant que plus de crainte et de frayeur donnent ceulx qui surviennent à un conflict, que ceulx qui lors à leur force combattent. Toutesfois ue feit onques effroi jusques à ce que touts les siens eussent gagné la muraille, excepté les deux cents hommes qu'il laissa hors pour les hasards.
Puis s’escria horriblement, et les siens ensemble : et sans résistence tuarent les gardes d'icelle porte, et l’ouvrirent és hommes d'armes, et en toute fièrelé coururent ensemble vers la porte de l’orient, où estoit le desarroi. Et par derrière renversarent toute leur force.
Voyants les assiégés de touts costés les Gargantuistes avoir gagné la ville, se rendirent au moine à merci. Le moine leur feit rendre les bastons et armes, et touts retirer et resserrer par les ecclises, saisissant touts les bastons des croix et commettant gents és portes pour les garder de issir. Puis, ouvrant celle porte orientale, sortit au secours de Gargantua. Mais Picrochole pensoit que le secours lui venoit de la ville, et par oultrecuidance se hasarda plus que devant : jusques à ce que Gargantua s’écria : « Frère Jean ,mon ami, frère Jean, en bonne heuresoyezvenu.» Adonc cognoissant Picrochole et ses gents, que tout estoit desespéré, prindrent la fuite en touts endroicts. Gargantua les poursuivit jusque près Vaugaudry, tuant et massacrant, puis sonna la retraicle.