‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 147 sur 307 · Ô12 EDOUARD III · texte numérisé non relu

Ô12 EDOUARD III

l'autre. Et l'endemain se desloga le roy et passa desous le mont de Herfault , et s'en vint devers Fauquenberg, qui estoit une bonne ville et grosse et où on faisoit grande draperie. Sy fu ladite ville prinse des Englès, car il n'y avoit point de deffense , et fu toute pillée et robée , et à leur partement toute arse. Et le roy de Franche s'en vint che mesrae jour à Térouanne , atout son ost , et avoit bien C™ hommes , que uns, que aultres. L'endemain se party le roy englès de Fauquenberghe et passa à Licques et desoubs Ardre , et fit tant qu'il rentra en Calais ; mais messire Ernoul d'Audrehem qui de près le siévoit , party à leur butin, car il féry en la keue et porta grant domaige à l'arière-garde , et prist environ dix à douze bons prisonniers , et rescoust une partie de le proie qu'il enmenoient en Calais,

Che propre jour vint le roy de Franche à Fauquenberghe et là se loga sus la rivière , et cuidoit que les Englès fussent là environ, et les avoit tout le jour poursiévy à l'avis des fumières qu'il faisoient. Or advint que entreulx que le roy de Franche et les seigneurs estoient là logiet, ung grant remous et moult felle s'entreprist entre les gens de monseigneur Jehan de Haynau et le commun de Tournay, et fu la chose bien ordonnée de mal aler ; car il furent rengiet ly uns devant l'autre , et y eult pluiseurs de chiaulx de Tournay ochis et blechiés , dont il estoient moult ayret. Et encores euissent-il rechut plus grant damaige , se ly rois n'y eust envoiet et mis deifense sur yaulx et yaulx appaisiet ; car grans foisons de bons chevaliers et escuiers se tournoient et tiroient devers monseigneur Jehan de Haynau à l'encontre de cheaulx de Tournay. Sy fu la chose ensy départie : qui plus y eult mis, plus y eult perdu. Chil de Tournay plouroient leur damaige ; che fut le resconfort que il en eurent.

RENTRE A C.VLAiS.

Assés tost après ceste advenue, vint le mariscal de Franche messire Ernoul d'Audrehera devers le roy et ly dist que les Englès estoieut entres à Calais. Quant le roy de Franche entendy che, sy eult consail de luy retraire à Saint-Omer, et se party atout son ost, et s'en vint en la bonne ville de Saint-Omer , et là se tint, et demanda consail à monsigneur Jehan de Haynau, en quy il avoit fiance , comment il poroit persévérer à son honneur de ceste armée. Il luy dist : « Sire , vous envoierés « quatre chevaliers à Calais devers le roy d'Engleterre , « et luy manderés que vous l'avés poursiévy au plus has- « tivement que vous avés peult depuis les nouvelles que « vous eustes de messire Bouchicault, et qu'il vide hors « de Calais, et vous luy baillerés plache là oîi il le voldra « prendre et eslire, et le combaterés. » A che consail le roy entendy vollentiers, et furent les quatre chevaliers nommés et ordonnés, qui yroient che messaige faire , et furent messire Ernoul d'Audrehera, messire Guichart de Biaugeu , messire Bouchicault et le sire de Saint-Venant , et cheulx y alèrent, et ung hérault avecques eulx, jusque à Calais pour parler au roy d'Engleterre. Quant il furent venus assés près de Calais, il envolèrent leur hirau dedens la ville dire et segnefier au roy englès , que là estoient quatre chevaliers franchois pour parler au roy d'Engleterre de par le roy de Franche , mais que il eussent saufconduit. Le roy respondy au hirault qu'il n'avoient que faire de entrer en la ville de Calais, mais il envoiroit de son consail pour parler à yaulx et sçavoir quel chose il voUoient dire. Sy i envoia son cousin le duc Henry de Lancastre et messire Gautier de Mauny et deux aultres chevaliers. Sy chevauchèrent tant que il vinrent là oîi les quatre chevaliers de Franche les atendoient. Sy les saluèrent courtoisement et leur demandèrent qu'il leur plaisoit.

514 ÉDOLAIU) III

Messire Ernoul d'Audrehem prist le parolle et dist qu'il estoient là envoiet de par le roy de Franche pour requérir au roy d'Engleterre qu'il volsist yssir hors de Calais et venir en ung biel camp, car il se volroit combatre à luy. Le duc de Lancastre respondy que le roy Jehan avoit eut assés tamps et loisir de venir jusques à yaulx, s'il volsist , car il avoit séjourné au pais d'Artois bien onze jours où le roy son seigneur l' avoit atendut et luy avoit mandé bataille « par vous , monseigneur Bouchicault, qui chy « estes présens. Sy vous respondons de par le roy nostre « seigneur qu'il n'est pas consilliés de faire che que « vous ly requérés, car jà le moitié de ses gens en sont « rallet leur voie, et ly aultres sont moult travilliet. Se ly « venroit mal à point de combatre au plaisir et à l'aise du « roy de Franche et à tous ses bons poins. » Là endroit furent pluiseurs raisons dites entre yaulx , dont je m'en tais ; car rien n'en fut accordé. Sy se partirent à tant les chevaliers de Franche, et vinrent à Saint-Omer raporter au roy de Franche leur response, et ly chevaliers d'Engleterre s'en râlèrent à Calais.

Che mesme jour au soir, ensy que le roy d'Engleterre devoit aller soupper, vinrent les certaines nouvelles de. la prinse de Bervich, et ly segnifloit madame la royne d'Engleterre sa femme et ly escripsoit la manière comment la chose avoit allet, selonc l'information que elle avoit eut de cheaulx dou pais. Quant le roy englès entendy ces nouvelles , sy fut moult courouchiés et regarda adont moult fellement sur le signeur de Grisop qui devoit estre gardien de la chité de Bervich, et parla à luy moult rudement et assavoir pourquoy il s'estoit party du pais de Northombrelant, jusques à tant que il eust mis sy soufisant gardes que le

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