PIERRE LE CRUEL ENTRE A BURGOS
prinche et ly requist que il peuist avoir tous les prisonniers espaignos qui prins estoient, sy les feroit décoller comme traites, et son frère Sanse tout prumiers. Mais le prinche ne ly volt mie consentir et en fîst l'acort et leur fist pardonner tout son mautalent, excepté messire Gomès Garils. Chils-là fu décolés.
Tantost après la messe oyr et boire, le roy dan Piètre monta à cheval acompaignié de Y" lanches des gens du prinche au conduit des deux marisaulx. Sy chevauchèrent devers Burges, et tant esploitèrent que il y vinrent ; mais chils de Burges vinrent hors de la ville bien cinq lieues au devant du roy dan Piètre, et ly crièrent merchy et le rechurent à seigneur. Il leur pardonna son mautalent et puis entra avec yauls en ladite ville. Sy y fu rechut à grant joie, et là atendy le prinche, et le lundy après boire se desloga le prinche et toute son host, et vint che jour à Barbestre, et y furent jusques au merquedy, et puis s'en vinrent à Burges, et y entra le prinche à grant joie, et ossy firent tout hault seigneur, et qui ne se pot logier dedens, se loga dehors , et tinrent là leur Pasques et y séjournèrent plus de trois sepmaines.
En che séjour vinrent tout chils des chités et bonnes villes d'Espaigne , de Castille , de Galise , de Lusebonne , de Séville , et firent hommaige audit roy dan Piètre , et le rechurent à seigneur , et ly jurèrent de che tamps en avant foy et loyaulté tenir , mais depuis l'en faillirent , sycomme vous orés recorder en ches croniques.
Ensy par le puissanche et chevallerie du prinche de Galles et d'Acquitaine revint le roy dan Piètre au dessus de ses besoignes, et prist adont congiet dudit prinche , et dist que il s'en yroit viseter ses villes et y lèvevoit che que il
454 HENRI nii TRANSI AMAKE EN lîIGORRE.
pouroit avoir d'argent pour luy payer ses gens. Che fu bien l'acort du prinche, et y mist ung certain terme que il devoit retourner, et devoit trouver le prinche ouVal-d'Olif. Ensy se portèrent leurs ordonnanches.
Vous devés savoir que le roy d'Engleterre et madame la royne et tous les seigneurs du pais d'Engleterre et d'Acquitaine furent moult resjoïs de la belle journée qui estoit advenu au prinche en Espaigne.
Or parlerons-nous ung petit du roy Henry comment il parsévéra. Vous devés savoir que il se sauva, se femme et ses enfans, au mieulx qu'il peust, et s'en vint au royalme d'Aragon. Et puis fist tant par ses journées que il vint à Thoulouse où il trouva le duc d'Angou , qui moult l'amoit, à qui il recorda son meschief. Le duc le resconforta che qu'il pot et le fîst tenir delés luy. Depuis ne demora point plenté de tamps qu'il assambla environ IIP combatans de Bretons et se bouta en ung chastiel en Thoulousain que on apelle Rockmaure, et estoit avecques luy messire Ernault Liraosins, messire Jofroy Ricon, messire Pons de la Court, Silvestre Bude , Thibau du Pont et Aliot de Thalay et pluiseurs autres. Sy y coramenchèrent ches Bretons etches gens de compaignes à gherrier sur la terre du prinche de Galles , et vollentiers s'y fu boutés le conte d'Auchoire ; mais le roy de Franche ly defFendy et le fist tenir tout court en prison ou Louvre.
Tant fist le roy Henry qu'il eult bien M. combatans , et se départy de le marche de Toulouse, et vint en Bigore, et prirent ses gens une grosse ville qui s'apelloit Baniers. Sy le fortefièrent et réparèrent , et puis firent grant guerre à le terre du prinche , et tant que les nouvelles en vinrent en Castille audit prinche qui moult en fu courou-
PIERRB LE CKUEL ISE REMPLIT PAS SES ENGAGEMENTS. i55
chiés , et avoit entendu au Val-d'Olif plus de trois mois après le roy dan Piètre , et sy n'en ooit nulles nouvelles.
Dont eult consail le prinche q ue il enverroit devers luy pour savoir à quoy il tenoit et pourquoy il ne retournoit ensy que prorais par sa foy il l'avoit. Si furent quatre chevaliers de par luy ordonné de aller en la marche de Séville où ledit roy se tenoit , et se départirent les quatre chevaliers dudit prinche et chevauchèrent tant qu'il vinrent devers le roy dan Piètre. Sy firent leur messaige ensy que chergiet leur estoit. Le roy dan Piètre leur fist grant chière de bras et non de cuer , et respondy à leur parolles que vraiement estoit-il trop tenus à son cousin le prinche d'Acquitaine , et pour luy acquiter il avoit mandé le plus grant partie des féauls subgès et leur avoit fait une prière que il luy voulsissent aidier de mise et de chevauche , lyquels avoient respondu que très-vollentiers il le feroient et y entenderoient , mais que le prinche fesist partir ses gens et vidier du païs de Castille ; car , tant qu'il seroit là , il ne le povoient faire. Che fu toute la response qu'il peurent avoir et qu'ils raportèrent au prinche , dont le prinche fut moult mérancolieux , et ly fu consilliet que de forche il presist le royalme de Castille et s'en fesist seigneur ; car bien estoit en sa puissanche, et bien avoit cause , quant le roy dan Piètre ly défalloit ensy de sa promesse. Le prinche, qui estoit saiges chevalier et vaillant, n'en volt riens faire, et dist que il ne defferoit jà che que il avoit fait, et que le roy dan Piètre s'aviseroit et que encore moult bien il le pairoit, et que toudis lui venoit argent à point. Sy se party 'e prinche du Val-d'Olif , et là demoura le roy de Maïogres malades, oultre le consail et volenté du prinche , car il fist grant folie , et le volloit ramener ; mais le roy ne s'en