HENRI DE TRANSTAMARE RENTRE EN CASÏILLE
audit prinche et as seigneurs passaiges parmy son pais et leur pria qu'il le volsissent prendre. Le prinche n'y volt pas renonchier , mais s'en vint en Navarre , et le duc de Lenclastre son frère et pluiseurs aultres rapassèrent par là , pour tant que le chemin leur estoit trop plus brief que par Arragon , et ensy se départirent ches host. Ly aulcuns rapassèrent par Navarre , et ly aultres par Aragon , tout par l'acort du pais .
Sy fist tant le prinche qu'il retourna arière en le chité de Bourdiauls , où il estoit moult désirés , et y fu rechut à grant joie de madame la princhesse et des bourgois de la ville ; et ossy furent tout chil qui estoient en se compaignie. Et devés savoir que les compaignies rentrèrent en leprinchauté du plus tost qu'il peurent , et s'en vinrent logier en Agenois et en Angolesmois , et là [se] rasamblèrent , et demandoient les cappitaines grant argent au prinche pour leur salairedou voiage d'Espaigne.Le prinche leur respondy courtoisement que bien se sentoit tenus envers yauls et que très-voUentiers il les pairoit, mais que finanches venissent d'Espaigne du roy dan Piètre. En che atendant, il ne voloit mie qu'il séjournaissent en la prinçauté pour afoiblir son pais, mais se tiraissent aultre part.
Sy trestost que le roy Heni-y, qui se tenoit en la chité de Banières et estoit tenu tout le temps atout grant foison de gens d'armes, entendy et sceut de vérité que le prinche estoit retournés en Acquitaine, il laissa le marche de Bigore et se traist devers Aragon , et encores trouva-il sur son chemin pluiseurs routes de gens du corps des compaignies qui retournoient. Sy traita et fist traitier devers eulx et leur proraist de grans biens à faire , mais qu'il volsissent retourner avoecq luy en Castille. Chils ne désiroient fors à
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gaignier ; sy se acordèrent légièrement, et en eult de rechief plus de M. combatans, et tous les jours \y venoient gens de Franche et de le Languedoc, que le duc d'Angou y envoioit. Sy s'en vint le roy Henry à Barselonne devers le roy d'Arragon, qui ly fîst grant cliière ; car moult l'amoit, et hayoit le roy dan Piètre et doubtoit, et luy abandonna de rechief tout son pays et ses gens pour faire guerre au roy dan Piètre, Sy se party le roy Henry du roy d'Aragon atout IIIP" raille combatans et chevaucha tant que il vint au Val-d'Olif. Si tost que chil de la ville seurent la venue de luy, il se tournèrent devers luy et ouverirent les portes et le rechurent à signeur. Adont le roy Henry se traist de celle part où le roy de Maïogres estoit gisant deshaitiés. Sy fu pris en son ostel, et le tint pour son prisonnier. Ensy perdy le roy de Maïogres se saison et demora depuis grant tamps prisonniers au roy Henry.
En che tamps fu mis à finanche messire Bertran de Claiquin parmy cent mille frans qu'il paia à monsigneur Jehan Candos. De sa délivranche furent aulcun du conseil du prinche moult courouchiés ; mais messire Thomas de Feleton, messire Robert Canolle, messire Simon de Burlé, messire Hues de Hastinghes , messire d'Aghorisses et ly chevaliers englès qui avoient esté pris en Espaigne du conte dan Telle, sycomme chi-dessus est dit, en recordoient sy grant bien que le prinche s'y acorda légièrement. Sy se rainchonnèrent toutes manières de chevaliers et d'escuiers , et fîst chascun finanche au mieulx qu'il peult.
Si trestost que messire Bertran de Claiquin sceut quel chose il devoit payer, il paia et se délivra parmy l'aide du duc d'Angou, qui y rendy painne et qui luy presta le
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plus grant partie de l'argent. Sy s'en vint ledit messire Bertran en Castille devers le roy Henry, qui séoit devant une chité apellée Toullete. Si fu le roy Henry moult joieulx de la venue de messire Bertran et ly rendy son offise de connestablerie de toute Espaigne , comment que elle ly fuist encore à conquerre.
Le roy dan Piètre, qui se tenoit en le marche de Séville, avoit bien entendu que son frère le bastart Henry estoit esforchieraent entrés ou royalme de Castille et avoit jà fait tourner à luy grant plenté des hommes du pays et tenoit le siège devant Toullette, sique, pour résister à luy et remédier à ches besoignes, le roy dan Piètre avoit fait ung grant mandement et espésial de toute gens là où il les pouroit avoir. Sy en avoit pluiseurs mandés et pryet qui pas n'estoient venus, mais estoient allés devers le roy Henry. Le roy dan Piètre, pour estre plus fors et pour lever le siège de Toulette, avoit proprement envoiet quérir gens d'armes au royalme de Grenade et fait certaine composition au roy de Grenade qui ly avoit envoiet X"" Turs. Sy povoit avoir ledit roy dan Piètre en toute son armée XL" hommes. Sy se party le dit roy de Séville, et chevauchèrent devers le chité de Toulette, et povoit avoir de l'un à l'autre dix journées.
Les nouvelles vinrent au roy Henry et à monsigneur Bertran, qui estoient devant Toullette, comment le roy dan Piètre s'en venoit pour lever le siège. Osy tost que il seurent la vérité , messire Bertran y prouvey et dist au roy Henry : « Sire, prendés à élection toute la fleur de « vos gens et en laissiés une partie pour tenir le siège , et « aies radement contre vos ennemis , et , se vous poés « tant faire que vous les trouvés sur les tjamps , sy les « combatés en quel estât qu'il soient ; car de chy les