‹ Œuvres de FroissartChapitre 1 sur 75 · ET D'ALEMAIGNE · texte numérisé non relu

ET D'ALEMAIGNE

 la requeste , contemplation et plaisance de très-hault et noble prince mon très-chier seigneur et maistre Guy de Chastillon , conte de Blois , seigneur d'Avesnes , de Chimay et de Beaumont , de Sconnehove et de la Gode ; je Jehan Froissart , prestre et chappelain à mon très-chier seigneur dessus nommé et pour le temps de lors trésorier et chanone de Chimay et de Lille-en-Flandres, me suis de novel resveillié et entré dedens ma forge pour ouvrer et forgier en la haulte et noble matière de laquelle du temps passé je me suis ensonnié , laquelle traite et propose les

FROISSAKT — XIV. 1

2 CONPÉRCNCES

fais et advenues des guerres de France et d'Angleterre et de tous leurs conjoins et leurs adhers , sicomme il appert clèreraent par les traittiés qui sont clos jusques au jour de la présente date de mon resveil.

Or considérés entre vous qui le lisiés ou avés leu ou orés lire , comment je puis avoir sceu , ne rassamblé tant de fais , desquels je traitte et propose en tant de parties ; et, pour vous informer de la vérité, je commençay jeune del eage de vingt ans, et * je ' suis venu au monde avec les fais et advenues , et si y ay tousjours pris grant plaisir plus que à autre chose. Et si m*a Dieu donné tant de' grâce ^ que j ay esté bien de toutes parties et des hostels des roys et par espécial du roy Edouard et de la noble ro^ne sa femme madame Phelippe de Haynnau , royne d'Angleterre, dame dlrlande et d'Aquitaine , à laquelle en ma jeunesse je fus clerc et la servoie de beaulx dittiers et traittiés amoureux ; et pour lamour du service do la noble et vaillant dame à qui j*estoie, tous autres grans seigneurs, ducs, contes et barons , chevalliers et nobles hommes , de quelconques nations qu'ils fuissent , m amoient * et me * veoient voulentiers , et me faisoient grant prouffit.

Ainsi au title de la bonne dame et à ses coustages et aux coustages des haulx seigneurs , en mon temps je cerçay la plus grant partie de la crestienneté , voire qui à cercier fait, et, partout oix je venoie , je faisoie enqueste aux anciens chevalliers et escuiers qui avoient esté es fais d'armes et qui proprement en savoient parler , et aussi à aucuns héraulx de crédence, pour vérifier et justifier toutes mes matières. Ainsi ay-je rassamblé et eu la haulte et noble histoire et matière, et le gentil conte de Blois dessus nommé

* • Si. — •. • Grdce». — • • Croient et.

DE LKLINGnF.N. •>

y a rendu grant paine , et, tant comme je viveray, par » le gré * de Dieu je la continueray , car comme plus y suis et plus y labeure , et plus me plaist ; car ainsi comme le gentil chevallier ou escuier qui ayme les armes , en persévérant et continuant , il si nourrist et parfait , ainsi en labourant e( ouvrant sur ceste matière je me habilite et délite.

Vous devés savoir que quant je ' fui ^ yssu ^ de Tostel le noble Gaston de Fois, et retourné en Auvergne et en France en la compaignie et route du gentil seigneur de la Rivière et de messire Guillemme de la Trimouille, lesquels avoient amené Jehenne de Boulongne , . madame la duchesse de Berry , dalés le duc Jehan de Berry son mary qui espousée la voit en la ville de Rion-en- Auvergne , sicomme il est contenu icy-dessus en • nostre ^ histoire (car à toutes ces choses je fuy , si en puis bien parler) ; et quant je fus venu à Paris , je trouvay le gentil seigneur de Coucy , ung de mes seigneurs et maistres , qui nouvellement s*estoit marié à une jeune dame , fille au seigneur et duc de Loheraine , lequel seigneur de Coucy me fist très-bonne chière, et me demanda des nouvelles de Fois et de Berne et du pape Clément d'Avignon et de ce mariage de Berry et de Boulongne , et de ung sien grant ami ung mien seigneur et maistre " , le conte Béraut dauffin d'Auvergne. A toutes ses demandes je respondy de ce que je savoie et ce que je avoie veu et tant que il me sceut gré et me dist : « Vous en venrés avec « moy en Cambresis en ung chastel que le roy ma donné , a que on appelle Crièvecuer , c'est à deux lieues de Cam- « bray et à noeuf lieues de Valenchiennes. » — o Monsei- « gneur , dis-je , vous dittes • bien '•. » Je me mis en sa

*-• La grâce. — * * Acteur de cette histoire. — • Atrayp. — • ' Mon. • Aussv. — • «• Vérité.

4 COHFiRBlICBS

route et compagnie , et sur le chemin me dist que Tévesque de Baïeux , le conte de Saint-Pol , messire Guillemme de Melun et messire Jehan le Merchier estoient envoyés à Boulongne de par le roy, et d autre part se tenoient à Calais de par le roy Richard d'Angleterre , Tévesque de Durem , messire Guillemme de Montagu , conte de Saslebéry , messire Guillemme de Beaucamp , capitaine de Calais , messire Jehan Clanbou, messire Nichole de Grauworth , chevalliers et chambrelens du roy d'Angleterre, et Richard Rohale , clerc et docteur en lois : a Et se sont là tenus plus d'un mois, les uns à Boulongne, les autres à Calais , attendans ambassadeurs du royaume d'Escoce qui pas n estoient venus , n'a pas six jours ; car mon cousin de Saint-Pol m'en a rescript , et a le roy de France envoyé devers le roy d'Escoche ' aucuns chevalliers de son hostel pour sçavoir à quoy il pensoit , car les Anglois ne veulent donner nulles trêves, se les Escots ne sont enclos dedens. »

Ainsi chevauchans nous venismes à Crièvecuer , et là fus-je delés luy trois jours tant que je fus reposé et rafrescy, et puis prins congié * et vins à Valenchiennes et là fus XV jours , et puis m'en party et m'en alay en Hollande veoir mon gentil maistre et seigneur le conte de Blois et le trouvayàSconnehoveet me fist très-bonne chière et me demanda des nouvelles. Je luy en dis assés de celles que je sçavoie , et fus delés luy * ung mois , que là , que à la Gode, et puis prins congié pour retourner en France et pour s<javoir la vérité de ce parlement qui se tenoit à Lolinghem des François et des Anglois , et aussi pour estre à une ^ très-noble ^ feste qui devoit estre en U ville de Paris , à la première

• Et ffoa conseil. — • De luj. — • Biea. — * • Trèt-belle.

DE LELIKGHEN. 5

venue de la royne Ysabel de France qui encore n y avoit point entré.

Pour sçavoir * les fons * de toutes ces choses , je ra en retournay parmy Brabant, et fis tant que je me * trouvay * à Paris huit jours avant que la feste se tenist et feist. Tant euls-je de pourvéance que je trouvay des seigneurs de France et d'Escoche qui estoient venus du parlement. Si m^acointay do messire Guillemme de Melun qui m en dist toute lordonnance et comment le conte de Saint-Pol estoit passé oultre en Angleterre pour veoir le roy Richard son serourge et pour confermer la trêve qui estoit donnée trois ans : a Mais il sera cy ^ , comment que ce soit , à nostre « feste. n

Je demanday au dit messire Guillemme de Melun quels seigneurs d*Ëscoche avoient esté à ce parlement, et le demandoye pour tant que en ma jeunesse je fuis en Ëscoche et cherçay tout le royaume d'Escoche jusques à la Sauvage Escoche , et eus, en ce temps que je y fus et demouray en la court du roy David d'Escoche , la congnoissance de la greigneur partie des barons et chevalliers. Il me respondy et dist : « L evesque de Bredaine y a esté , et messire « Jaques et messire David de Lindesée et messire Gaul- « tier de Saint-Clar. » Je mis tout en retenance , et puis entendis à escripre et à r^istrer tout ce que je vey et oy dire de vérité que advenu estoit à la feste à lentrée et venue à Paris de la royne de France , dont lordonnance ainsi qu elle fut , s ensieut.

Le dimence vingtième jour du mois * d aoust ^ , qui fut en Tan de Nostre- Seigneur mil CCC. IIII" et IX avoit tant de

Le fonB. — •"* Retrouvaj. — • Dit-il. — *-' De juing.

6 E.NTRtK A PARIS

piieple dedens Paris et dehors que merveilles estoit du veoir, et ce dimence à heure de i*elevée fut Tassamblée faitte en ' la ville ' de Saint-Denis des haultes et des nobles dames de France qui la royne dévoient accompaignier , et des seigneurs qui les littières des dames et de la royne dévoient adextrer. Et estoient les bourgois de Paris ' douze ^ cens tous à cheval et sur les champs rengiés d^une part du chemin et de 1 autre part , parés et vestus tous d un parament de gonnes de baudequin vert et vermeil. Et entra la rojne Jehenne et sa fille la duchesse d^Orléans premièrement en Paris ainsi que k une heure après nonne en littière couverte, bien accompaignie de seigneurs , et passèrent parmy la grant rue Saint-Denis et vindrent au palais , et là les attendoit le roy , et pour ce jour ces deux dames n*alèrent plus avant.

Or se mirent la royne de Franco et les deux dames û chemin, la duchesse de Bourgoingne, la duchesse de Berry, la duchesse de I^ , la contesse de Nevers , la dame de Coucy et toutes les dames et damoiselles par ordonnance ; et avoient toutes leurs littières pareilles si richement aomées que rien n y défailloit , mais la duchesse de Touraine n*avoit point de littière pour * différer les • autres , ains estoit sur ung pallefroj très-richement ' aourné * , et chevauchoit d*un lés tout le pas , et n*alloient les chevaulx qui les littières menoient et les seigneurs qui les adestroient, que le petit pas.

La littière de la royne de France estoit adextrée du duc de Thouraine et du duc de Bourbon , ou premier chief , et estoient euls six seigneurs qui tenoient à la littière de la royne de France. Je vous ay nonmiés les premiers. Secon-

iji

L'église. — •* Deux. — *^ Luy différer des. — '• Abilié.

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