‹ Œuvres de FroissartChapitre 26 sur 75 · XIV. — FROISSART · texte numérisé non relu

XIV. — FROISSART

coup sur les taises et se donnôrent grans horions. Les glaives rompirent sans eulx porter point de dommage. Us passèrent oultre et retourna chascon sur son ^ lés '. On leur rendy des glaives nouvelles , bonnes et roides. Ils les prindrent et misrent en Tarrest , et puis esperonnôrent et vindrent Tun contre l'autre ; mais de celle jouste les chevaulx croisiôrent, par quoy ils ne acconsieuvirent point Tun Tautre , dont ils furent moult courrouchiés. De la tierce lance, ils se assenèrent sur les heaulmes, et fut Guillaumme Hasquenay la seconde fois desheaulmé. Il retourna vers ses gens et n*en fist plus pour ce jour.

Après se traist avant ung autre escuier anglois qui s'appelloit Jehan Scot, et envoia hurter à la targe de guerre du seigneur de Saint-Py. Le chevallier respondy, car jà estoitil en ordonnance et tout prest pour ce faire. Ils prindrent leurs lances et misrent en Farrest, et puis esperonnèrent les chevaulx aucques d*un tenant , et s'en vindrent Tun contre Tautre, et se férirent sur les targes si grans horions que les chevaulx estanchonnèrent. Les glaives furent roides ; point ne brisèrent , ne issirent hors des mains de ceulx qui les portoient. Us retournèrent chascun sur son lés» et puis s ordonnèrent à jouter la seconde lance , laquelle fut belle et bien assise. Le sire de Saint-Py le consieuvit sur le heaume, et Jean Scot luy autant bien, et le desheauma et passa outre franchement. De celle joute fut Tescuyer moult honoré entre les siens. Le sire de Saint-Py fut renheaumé tantost, et sur heure on luy rendit son glaive ; il le prit et mit en arrest. Us esperonnèrent Tun contre Tautre de grant voulenté. De ce coup ils se consieuvirent sur les targes et se donnèrent grans horions. Jehan Scot fut abattu et volé hors des arçons. Ainsi se contrevengea le sire de Saint-Py. L^escuyer anglois

DE SAIKT-IRGLEVERT. iSI

fat relevé et amené devers ses gens et n'en fit plus pour ce jour.

Après ce trait avant un autre escuyer d'Angleterre , qui se nommoit Bernard Stapleton , armé de toutes pièces , ainsi comme à lui appartenoit ; et envoya heurter à la targe de guerre au seigneur de Saint-Py . Le chevalier respondit , car jà estoit-il tout pi*est davantage. On luy bailla son glaive et à Bernard le sien. Ils esperonnèrent les chevaulx d'un tenant et vinrent l'un contre l'autre et se consieuvirent sur leurs heaulmes et donnèrent grans horions et passèrent oultre sans endommagier l'un l'autre ; et de rechief se joindirent en leurs escus et esperonnèrent leurs chevaulx l'un sus l'autre de grant voulenté. Ce premier coup ils se consieuvirent* sur les heaumes et se donnèrent grans horions , tant que de l'acier, par le fer des glaives, les estincelles en saillirent. Et quoyque les coups fuissent roides et bien assis, ils passèrent oultre et ne se portèrent point de dommage , et retourna chascun sur son lés. Ancoires tenoient-ilâ leurs glaives. Si les abaissièrent et esperonnèrent les chevaulx et vindrent Fun contre l'autre au plus droit que ils porent , et de ce coup ils se consieuvirent encoires ens es targes , et se donnèrent grans horions , mais bien se tindrent sur leurs chevaulx, car point ne chéirent, ne chancellèrent. Ils passèrent oultre et firent leur tour honnourablement, et retourna chascun sur son lés. De la tierce lance ils se consieuvirent ens es heaulmes, et fut le coup si bien assis que ils se desheaulmèrent. Le chevallier anglois retourna entre ses gens et n'en fist plus pour ce jour ; car il luy fut dit que il en avoit fait assés.

Après se traist avant ung gentil chevallier pour jouster à l'ordonnance des autres , joeune et frisque , bien joustant ,

* L'un l'autre.

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bien dansant et bien chantant , lequel estoit nommé messire Jehan d*Arondel , et envoya hnrter par ung sien escuier à la targe de guerre de messire Regnault de Roye. Le chevallier respondy ' que il ' ne demandoit autre chose , car jà estoit-il tout prest davantage. On leur bailla les glaives , ils les prindrent et mbrent en Tarrest et puis esperonnèrent les chevaulx aucques d*un tenant et s en vindrent Tun sur Fautre de grant voulenté. Ce premier coup ils se donnèrent grans horions ; mais bien se tindrent, car point ne chéirent. Ils passèrent oultre et firent leur tour , et retourna chascun sur son lés. Les glaives leur estoient cheus. Appareillié fut qui leur rendy. Ils les prindrent et misrent en arrest , et puis esperonnèrent les chevaulx et se advisèrent. Ils abaissièrent les glaives et se consieuvirent * sur les heaulmes si dur que pour Tachier les estinoelles en saillirent ; ils passèrent oultre sans point de dommage. De la tierce lance les chevaulx croisièrent en wuidant : si se consieuvirent et perdirent leurs glaives. Ils passèrent oultre et recouvrèrent * la quatrième lance et coururent moult * radement * et se férirent ^ sur les heaulmes , mais point ne s*adommagièrent , ne des* heaulmèrent. La cinquième lance fut bien assise sur les targes. Si rompirent les glaives : aultre dommage ils ne se feirent. Messire Jehan d*Arondel passa oultre et fist son tour « et puis retourna entre ses gens et n*en fist plus pour ce jour.

Après se traist avant ung escuier d'Angleterre^ qui 8*appelloit Nicholas Stone , appert homme et bien joustant , et envoia hurter à la targe de guerre de messire Bouchicault. Le chevallier respondy , car jà estoit tout prest davantage , et prist son glaive et le mist en arrest. Si esperonnèrent

^ Qui. — * De c« coup. — ^ Moult radement.. Moult roit« — ■^ Qentement. — * Grandement.

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les chevauls aucques d'un point et abaissiôrent leurs glaives et vindrent lun sur l'autre et se consieuvirent ce premier coup sur les heaulmes ; mais les fers widèrent. Ils passèrent oultre firisquement, et retourna ehascun sur son lés. Encoires tenoient-ils les glaives ens es arrests. Si esperonnèrent les chevauls aucques d'un tenant , et vindrent Fun sur Tautre de grant voulenté. Si se férirent de plain coup sur les targes , et se consieuvirent si dur et si roit que les chevaulx estanchonnôrent. Les jousteurs ^ widèrent ' et passèrent oultre , mais ils perdirent leurs glaives , et quant ils furent venus sur leurs lés , on leur rendy leurs glaives. Us les prindrent et mirent en arrest et puis esperonnèrent de grant randon. Si se férirent de ceste jouste tout à certes sur les heaulmes. De ce coup fut Nicholas Stone desheaulmé , dont retourna devers ses gens et ne jousta plus pour ce jour, car dit luy fiit qu'il en avoit assés fait.

Âdont se traist avant et pour jouster ung autre escuier qui s*appelloit Jehan Mareschal , et estoit armé de toutes pièces bien et fort, et envoia hurter à la targe de guerre de messire Bouchicault. Le chevallier respondy , car il estoit tout prest et n*attendoit autre chose que la jouste. Si prist son glaive et mist en Tarrest. ^ Les deux chevalliers espe- ^

ronnèrent les chevaulx aucques d*un tenant et coururent par J

grant randon en baissant les lances , et s'encontrèrent et férir^t de plain coup sur les targes sans espargnier , mais point ne se portèrent de dommage. Les glaives leur chéirent. Ils passèrent oultre et firent leur tour , et quant ils furent revenus ehascun sur son lés , on leur rendy les glaives. Ils les prindrent et mirent en Tarrest et se joindirent e^ leurs targes, et esperonnèrent les chevaulx et vindrent lun sur Tautre et se ^ consieuvirent ^ sur les heaulmes

" Vmdrent. — • Puw. — *• Donnèrent grans oops.

et se donnèrent grans horions , et passèrent oultre en portant leurs glaives * droittes. Et quant ils eurent fait leur tour et ils furent venus sur leur lés , ils s*arrestèrent ung petit et s advisèrent comment ils se pourroient ' attaindre de plain coup , et esperonnèrent les chevaulx aucques d*un tenant, et férirent sur les targes si grans horions que leurs chevaulx estançonnèrent , et quoyque les coups fussent roides , ils se joindirent en leurs escus et vindrent Tun sur Tautre. Jehan Mareschal féry Bouchicault sur la targe et luy donna si grant horion que ilrompy sa lance en trois tronchons, et Bouchicault le féry à mont sur le heaulme par telle manière quil le desheaulma et le fist ployer tout jus sur la crupe de son cheval. L*escuier passa oultre sans cheoir , et quant il eut fait son tour , il retourna devers ses gens et ne jousta plus pour ce jour , car on luy dist que il en avoit fait assés et que bien devoit soufSr.

Après se traist avant et sur les rens, ung gentil chevallier d'Angleterre , joeune et frisque et grandement désirant de conquerre honneur, et Tappelloit-on messire Jehan Cliffeton , et s*armoit d^argent firèté d'azur et à ung chief d'azur à une moulette d'argent ou chief , et estoit le chevallier appareillié de tous poins ainsi que les armes le demandoient, et envoya hurter dune vergette par ung sien escuier sur la targe de guerre messire Regnault de Roye. Le chevallier respondy, ' car il estoit tout prest davantage ^, et fut moult resjouy de la venue du chevallier. Chascon se traist sur son lés. On leur bailla des glaives : ils les prindrent et les arrestèrent ; et puis esperonnèrent les chevaulx de grant randon. Ce premier coup ils se consieuvirent ' sur les heaulmes en widant, ils passèrent oultre et firent leur tour,

* Toates. — ' ConsieaTir et. — *^ Tantott comme cil qui toat prest estoit. — ' De plein cop.

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et pais retoumôrent sur leur lés. Encoires tenoient-ils leurs lances en leur arrest. Gaires ne séjouniôrent , quant ils esperonnèrent leurs chevaulx et vindrent Tun sur l'autre ^ et se oonsieuvirent sur les targes et se donnèrent grans horions ; mais point ne se dommagôrent. Us passèrent oultre. Les glaives leur chéirent ; cils estoient tous prests qui les relevèrent. Les deux chevalliers retournèrent sur.leur lés bien ' firisquement '. On leur bailla les glaives. Hs esperonnèrent les chevaulx , et vindrent Fun sur Tautre. De ce tiers coup ils se oonsieuvirent amont sur les heaulmes si dur que les estincelles de feu en saillirent. Us passèrent oultre. De la quatrième lance les chevaulx croisièrent , dont ils furent moult courrouchiés. La cinquième lance fut bien assise, car chascun brisa la sienne.

Les deux chevalliers estoient eschauffés Tun sur Tautre , et monstroient bien qu'ils avoient grant désir de jouster et de eulx esprouver. Quant ils furent venus sur leur lés , on bailla à chascun ung glaive bon * et roit. Gaires ne séjournèrent, quant ils esperonnèrent les chevaulx * de grant randon , et s en vindrent Tun sur l'autre. De la sixième lance ils se férirent sur les heaulmes tellement que * tous deux ^ se desheaulmèrrat. Geste jouste fut moult prisie de tous ceulx qui la veirent. Us passèrent oultre et firent leur tour, et puis retourna chascun entre les siens. Le chevallier anglois n'en fist plus pour ce jour, car il en avoit assés fait.

Après se traist avant ung * escuier anglois, qui s'appelloit Rogier Lam , et s*àrmoit d'argent et de noir esquartelé à une croix de gueules emmy , et estoit armé de toutes pièces bien et * firisquement ^^, et envoia hurter sur la targe de

* A fondeflant. — *-* Gentement.. Franchement. — * Et bel. — * Aacqaee d*an tenant — *-* Les denx chefallien. — * Gentil. — •'^ Gentiment.

guerre du seigneur de Saint-Py. Le chevallier respondy, oe fut raison , puisqu'il estoit appelle , et bien monstroit que il avoit plus chier à jouster que à ^ laissier. On luy bailla son glaive : il le mist en arrest. Les deux chevalliers esperonnôrent leurs chevaulx sans espargnier, et quant ils deurent encontrer Tun lautre , ils abaissiôrent les glaives et se férirent eus es targes * si roit que les chevaulx estanchonnèrent. Les lances furent fortes : point ne rompirent. Us passèrent oultre frisquement et firent leur tour, et revindrent chas* cun sur son lieu. Gaires n'y séjournèrent, quant ils esperonnèrent les chevaulx ' de grant randon et abaissièrent les glaives et vindrent Tun sur Tautre et se assenèrent sur les heaulmes moult dur ; mais les coups widièrent. Ils passèrent oultre. De la tierce lance Rogier Lam fut deâheaulmé. Si retourna vers ses gens et ne jousta plus pour ce jour, car dit luy fut que il en avoit £Etit assés.

Après se traist avant ung très-gentil chevallier et bien joustant d*armes et de nation de la conté de Haynnau et d une marche que on dist Ostrevan, mais de joenesse il avoit esté nourry en Angleterre en Fostel du noble roy Edouard. On appelloit le chevallier : messire Jehan d*Âubrecicourt » et portoit party d or et d ermine et sur lor une fasce noire bretesquie À lambeaulx de gueules, et sur Termine III hamè* des de gueules , sur la première hamède une coquille d or , sur la seconde deux coquilles d*or, et sur la tierce hamède trois coquilles d*or , et fut fils du frère de ce bon chevallier messire Eustasse d*Aubrecicourt. Le chevallier estoit appareilUé de tous poins ainsi que pour la jouste appartenoit, et envoya hurter par ung sien escuier sur la targe de guerre à messire Ragnault de lioye. Le chevallier respondy, car jÀ estoit-il tout prest et monté sur son cheval davantage.

* Le. — ' Si fort et. ^ * AncqaM d*an tenant.

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Châscun se tint sur son lés, et advisèrent bien Tun Tautre. On leur bailla les glaives : ils les prindrent et misrent en arrest , puis esperonnôrent les oheyauls. Si s'en vindrent de grant randon Tun sur l'autre et se consieuvirent de plain coup sur les heaulmes si dur que les estincelles de feu en saillirent. Les chevalliers widèrent ; le coup fut bel , car nuls ny prist dommage. Ils passèrent oultre firisquement en faisant leur tour , et puis revindrent chascun sur son lés. Gaires n'y séjournèrent , quant ils esperonnèrent les chevaulx et se joindirent en leurs targes. Et en approchant ils abaissièrent leurs glaives, ^ ot vindrent ' Tun sur l'autre. Merveilles fut que de ce coup ils ne se passèrent tout oultre, car ils estoient tous deux fors jousteurs et orgueilleux , et ne ressoingnoient peine, mort, ne péril. De la force du coup que ils se donnèrent sur les targes , les chevaulx furent eslevés ' sur les ^ pies devant, et chancelleront tous les deux chevalliers ; néantmains ils passèrent oultre et perdirent leurs glaives et retournèrent chascun sur son lés. On leur rendy les glaives : quant ils les orent , ils les misrent en arrest et se joindirent en leurs escus et esperonnèrent les chevaulx et vindrent l'un sur l'autre et se consieuvirent sur les heaulmes ^ moult dur *. Messire Jehan d'Âubrecicourt passa oultre moult frisquement et fist son tour, et puis se mist sur son lés. Messire Regnault de Roye s'en retourna vers ses gens et monstra que il ne vouloit pour ce jour plus jouster.

Quant messire Jehan d'Aubrecicourt en vey l'ordonnance, comme cellui qui estoit de jouster encoires ^ désirant , il envoya hurter sur Jescu de guerre de messire Bouchicault. Le chevallier respondy , ce fut raison , et se traist sur son

*-* Si s'en vindrent de grant randon.

nèrent grana horiona. — * Moult.

— •"• Dea. — •-• Et ae don-

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François à euls ; et aussi les François qui retournés estoient k Saint-Ingheleverth ne s'en taisoient pas.

Quant ce vint le jeudi au matin, le quatrième jour de la septmaine , les Anglois qui estoient à Calais , regardèrent entre euls que encoires j avoit-il de leurs compaignons , chevalliers et escuiers , qui avoient à jouster et à faire armes , et en celle instance ils estoient passés la mer. Si dirent que il convenoit que chascun qui désir et voulenté avoit de faire armes , fuist ^ assouvy * ; autrement ce ne seroit mie compaignie. Tous les seigneurs furent d*accord que ce jeudi ils retournèrent à Saint-Ingheleyerth, et lairoient payer les armes à ceulx des leurs qui payer les vouldroient* siques après messe et boire tous montèrent sur leurs chevaulx et se départirent de Calais en une compaignie, et chevauchèrent tant que ils vindrent en la place où les armes et les joustes se faisoient. Jà estoient les trois chevalliers de France venus et attendans tous prests dedens leurs pavillons , et ceulx de leur costé qui servir les dévoient ou qui veoir jouster les vouloient et qui les accompaignoient.

Or se mist premièrement sur la place ung chevallier d'Angleterre, qui se nommoit messire Godeffroy ' d*Ëstas ^, et s'armoit d*or à ung lyon noir à lambeaulx de gueules et à une moulette d'or sur Tespaule du lyon. Il estoit armé de toutes pièces bien et frisquement ainsi que à luy appartenoit , et envoia hurter par ung sien escuier sur la targe de guerre de messire Bouchicault , lequel yssi tantost hors de son pavillon armé et appresté pour respondre à la requeste et pour fumir armes à son léal povoir. Son cheval fut tout prest : il monta sus. On luy bailla son glaive : il le print et le mist en arrest. Le chevallier estoit jà tout pourveu de la sienne. Us r^ardèrent Tun Tautre, et puis esperonnèrent

*•* Contente. — ^ D'Eustas.. de Stas.

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leurs chevaulx de grant randon. De ce premier coup , ils se consieuvirent sur les heaulmes et se donnèrent grans horions. Les glaiyes widèrent. Ils passèrent oultre et firent leur tour , et puis se retournèrent chascun sur son lés. Encoires tenoient-ils leurs glaives et les emportoient. Si esperonnèrent les cheyaulx. En eulx approchant , ils abaissièrent leurs glaives et vindrent Tun sur l'autre et se Prirent de ce second coup ens es targes si grans horions que les glaives rompirent : autrement ils se fuissent adommagiés. Us passèrent oultre , et retourna chascun sur son lès , dis furent prests, qui les raffreschirent de nouvelles lances. Quant ils les tindrent » ils les misrent en arrest et se joindirent en leurs targes , et esperonnèrent les chevaulx et vindrent Tun sur l'autre radement et se consieuvirent sur les heaulmes parmy les lumières. Le coup fut bel et dur , car tous deux se desheaulmèrent. Ils passèrent oultre , et retourna chascun vers ses gens. Le chevallier anglois n'en flst plus pour ce jour , car dit luy fut que vaillamment il s'estoit porté et qu*il convenoit jouster les autres.

Après se traist avant pour jouster ung escuier anglois qui s'i^ipelloit Alain Bourc, ^ appert homme en armes malem^it , et envoia hurter sur la targe de guerre du seigneur de Saint-Py. Le chevallier yssi hors de son pavillon armé et pourveu pour respondre À la requeste. Il monta sur son cheval qui luy estoit tout prest. On luy boucla sa targe. On luy bailla son glaive : il le mist en arrest. Ils esperonnèrent ancques d*un tenant. En approchant ils abaissièrent les glaives et se donnèrent sur les heaulmes grans horions tant que les estincelles de feu en saillirent. Ils passèrent oultre et ÛTGot leur tour et se remirent chascun à son lés. Gaires n'y séjournèrent , quant ils esperonnèrent les chevaulx de

* Moolt.

DE SAIRT-niGLEVERT. I4t

grant voulenté , et se joindirent en leurs targes et abaissièrent leurs glaives et s'en vindrent Tun sur Tautre et se férirent et consieuvirent ou mylieu des targes , et se donnèrent grans horions tant que les glaives tronchonnôrent. Ils passèrent oultre ^ frisquement * et firent leur tour , et puis revindrent sur leur lés. Ils advisërent Tun Tautre , et puis esperonnôrent les chevaulx et baissièrent les glaives que prestement on leur avoit baillies. De ce coup ils se consieuvirent et férirent des fers des glaives ens ôs lumières de leurs heaulmes. Le coup fut bel et bien bouté , car tous deux se desheaulmèrent. Ils passèrent oultre, et retourna chascun vers ses gens. L*Anglois pour ce jour n*en fist plus , car il convenoit jouster les autres.

Après se traist avant ung escuier anglois qui s'appelloit Jennin ^ Scrop * , et envoia hurter à la targe de guerre de messire Bouchicault , lequel chevallier yssi tantost hors de son pavillon armé de toutes pièces et trouva son cheval tout prest : il monta sus. On luy bailla son glaive que il mist en l'arrest. Us esperonnèrent d'un meisme point. Ce premier coup ils ne se consieuvirent pas au plain , car les chevaulx croisièrent. Ils passèrent oultre et firent leur tour, et revindrent chascun sur son lés. Gaires n'y séjournèrent, quant ils esperonnèrent les chevaulx et vindrent Tun sur Tautre, et se férirent sur les heaulmes et se donnèrent grans horions , mais de ce coup ils ne receurent ne blasme , ne dommage. De la tierce lances Jennin Scrop fut abatu moult dur de messire Bouchicault. On l'aida à relever , et fut mené entre ses gens , et n'en fist plus pour ce jour.

Après se traist avant ung chevallier de Behaigne, de la chambre à la royne d'Angleterre , lequel on nommoit ^ Here-Hance *, et le tenoit-on à bon jousteur et fort et

•^ Gentement. — *^ Scop. — *^ Herr Hans.

1 i2 JOUTES

roide , et 8*armoit d*argent à trois pies de griflTon noirs , ongles d'azur. Quant il fut venu sur les rens , on luy demanda auquel des trois il vouloit jouster : il respondy à Bouchicault. Dont fut envoie ung escuier anglois hurter , ainsi que ordonnance se portoit , à la targe de guerre de messire Bouchicault. Le chevallier estoit tout prest et davantage monté sur son coursier. Si respondy , ce fut raison , puisqu'il estoit appelle. On luy boucla sa targe , et print son glaive et le mist en arrest , et advisa le chevallier qui aussi estoit tout pourveu pour jouster , la targe au col et la glaive au poing. Ils esperonnèrent les chevaulx de grant voulenté et vindrent Tun sur Tautre , et se cuidiërent bien attaindre de plain coup , mais non firent , et là se fourfist le chevallier de Behaigne , dont il fut grandement blasmé , car de ^ fourcours ' mal deuement fait il oonsieuvy sur le heaulme messire Bouchicault , et passa oultre. Les Anglois veirent bien que il s'estoit * fourfiût ^ et que il avoit perdu armes et cheval , se les François vouloient , et de ce coup mal assis orent les François et les Anglois grant parlement ensemble ; mais finablement pardonné luy fut des trois chevalliers pour mieulx complaire aux Anglois.

Here-Hance requist que de grâce il peust encoires jouster une lance tant seulement. Il luy fut demandé auquel des trois il le vouloit. Il envoia hurter à la targe de guerre de messire Kegnault de Roye. Le chevallier qui estoit en son pavillon, qui pour ce jour n'avoit encoires fait nulles armes, yssi tout prest et dist que il le délivreroit voulentiors puisque accordé luy estoit. Messire Regnault monta sur son cheval. On luy boucla sa targe. On luy bailla son glaive : il le prist et mist en arrest, et jetta de grant voulenté toute

^ Soorcoon. — ^ Meifidt.

DE SAIMT-INGLEVERT. 143

sa visée pour bien attaindre et assener le Behaignon. Tous deux esperonnèrent les chevaulx aucques d*un tenant. En approchant ils abaissiôrent les glaives et se férirent de plain coup sur les targes. Messire Regnault de Roye qui pour ce temps estoit l'un des fors et durs jousteurs du royaulme de France, le consieuvy et féry par telle manière que il le vola tout nettement hors des archons et le porta si dur à terre que on cuida qu'il fuist mort. Le chevallier passa oultre et fist son tour , et puis revint sur son lés. Here-Hance fut relevé de ses gens à grant paine et ramené entre eulx. Les Ânglois furent tous lies de ce qu'il avoit esté ainsi abatu pour la cause de ce que mal courtoisement la première jouste il avoit jousté , et vous dy que ce jour il n'eut plus talent de jouster.

Après se traist avant ung escuier d'Angleterre, frisque homme et appert durement, lequel s'appelloit Robin ^ Sconebome ', et envoia hurter à la targe de guerre du seigneur de Saint-Py , lequel respondy , car jà estoit-il tout prest davantage et monté sur son cheval. On luy bailla son glaive ; il l'empoigna et mist en arrest. Ils esperonnèrent ainsi que d'un * tenant \ et vindrent l'un sur l'autre de grant voulenté.- Ce premier coup ils se consieuvirent sur les heaulmes, mais les coups widèrent. Ils passèrent oultre et firent leur tour , et puis retournèrent chascun sur son lés. Gaires n'y séjournèrent , quant ils esperonnèrent les chevaulx, et vindrent l'un sur l'autre, et se consieuvirent de ce coup sur les targes, assés dur, mais point dé dommage ne se portèrent. Ils pas* sèrent oultre , et, quant ils furent revenus sur leur lés, on leur rendi les glaives , car ils les avoient en passant ruées jus. Quant ils les tindrent, ils les empoignèrent et misrent dessoubs leurs bras et se joindirent en leurs targes, et puis

*•• Seorboroe. . Scorneborne. — •-* Point.

guerre du seigneur de Saint-Py. Le chevallier respondy, oe fut raison , puisqu'il estoit appelle , et bien monstroit que il avoit plus chier à jouster que à ^ laissier. On luy bailla son glaive : il le mist en arrest. Les deux chevalliers esperonnôrent leurs chevaulx sans espargnier, et quant ils d^irent encontrer Tun lautre , ils abaissiôrent les glaives et se férirent eus es targes * si roit que les chevaulx estanchonnôrent. Les lances furent fortes : point ne rompirent. Ils passèrent oultre irisquement et firent leur tour, et revindrent chas* cun sur son lieu. Gaires n*y séjournèrent, quant ils esperonnôrent les chevaulx ' de grant randon et abaissièrent les glaives et vindrent Tun sur Tautre et se assenèrent sur les heaulmes moult dur ; mais les coups widièrent. Us passèrent oultre. De la tierce lance Rogier Lam fut desheaulmé. Si retourna vers ses gens et ne jousta plus pour ce jour, car dit luy fut que il en avoit £Etit assés.

Après se traist avant ung très-gentil chevallier et bien joustant d*armes et de nation de la conté de Haynnan et d*ttne marche que on dist Ostrevan, mais de joenesse il avoit esté nourry en Angleterre en Tostel du noble roy Edouard. On appelloit le chevallier : messire Jehan d*Aubrecicourt » et portoit party d or et d ermine et sur lor une fasce noire bretesquie À lambeaulx de gueules, et sur Termine III hamè* des de gueules , sur la première bamède une coquille d or , sur la seconde deux coquilles d*or, et sur la tierce hamède trois coquilles d*or , et fut fils du frère de ce bon chevallier messire Eustasse d'Aubredcourt. Le chevallier estoit appareiUié de tous poins ainsi que pour la jouste appartenoit, et envoya hurter par ung sien escuier sur la targe de guerre à messire Ragnault de Roye. Le chevallier respondy, car jà estoit-il tout preet et monté sur son cheval davantage.

* Le. — ' Si fort et. ^ * Aocqaat d*aii tenant.

DE SAIIIT-1N6LBYERT. 137

Châscan se tint sur son lés, et advisèrent bien l*un l'autre. On leur bailla les glaives : ils les prindrent et misrent en arrest , puis esperonnèrent les chevauls. Si s*en vindrent de grant randon Tun sur lautre et se consieuvirent de plain coup sur les heaulmes si dur que les estincelles de feu en saillirent. Les chevalliers widèrent ; le coup fut bel , car nuls ny prist dommage. Ils passèrent oultre frisquement en faisant leur tour , et puis revindrent chascun sur son lés. Gaires n*y séjournèrent , quant ils esperonnôrent les chevaulx et se joindirent en leurs targes. Et en approchant ils abaissiôrent leurs glaives, ^ ot vindrent ' lun sur lautre. Merveilles fut que de ce coup ils ne se passèrent tout oultre, car ils estoient tous deux fors jousteurs et orgueilleux , et ne ressoingnoient peine, mort, ne péril. De la force du coup que ils se donnèrent sur les targes , les chevaulx furent eslevés ' sur les ^ pies devant, et chancellèrent tous les deux chevalliers ; néantmains ils passèrent oultre et perdirent leurs glaives et retournèrent chascun sur son lés. On leur rendy les glaives : quant ils les orent , ils les misrent en arrest et se joindirent en leurs escus et esperonnèrent les chevaulx et vindrent Tun sur Tautre et se consieuvirent sur les heaulmes ^ moult dur *. Messire Jehan d*Aubrecicourt passa oultre moult frisquement et fist son tour, et puis se mist sur son lés. Messire Regnault de Roye s*en retourna vers ses gens et monstra que il ne vouloit pour ce jour plus jouster.

Quant messire Jehan d*Aubrecicourt en vey Tordonnance, comme cellui qui estoit de jouster encoires ^ désirant , il envoya hurter sur Jescu de guerre de messire Bouchicault. Le chevallier respondy , ce fut raison , et se traist sur son

*-* Si s'en Tindrent de grant randon. — *"* Des. — ^ Et ae donnèrent grana horiona. — * Moolt.

138 J0OTB8

Ite. On hij boada sa targe et bailla son glaive : il le prist ^ mist en arrest , et puis esperonna le cheval , et Tautre chevallier le sien. Si vindrent Tun sur Tautre de grant randoQ et se férirent sur les targes moult grans horions. Merveilles fut, selon ce qu ils s*encontrôrent de grant force, que ib ne passèrent les targes tout oultre, mais non firent, car las chevaulx widèrent. Les deux chevalliers passèrent oultre moult firisquement et firent leur tour , et puis revindrent chascun sur son lés. (hures ne séjournèrent, quant ils se joindirent ' en leurs targes et estraindirent les lances de grant voulenté dessoubs leurs bras, et esperonnèrent les chevaulx qui leur estoient bien à main , et vindrent Tun sur l'autre sans eulx espargnier. De ce coup ils se consieuvirent ens es heaulmes moult dur , mais les fers des glaives widèrent , ne point ne s*attachièrent. Lies chevalliers passèrent oultre et perdirent les glaives et firent leur tour moult

* frisquement *, et puis retourna chascun sur ^ les siens *. Escuiers vindrent, qui prestement leur rendirent les glaives : ils les prindrent et misrent en arrest, et regardèrent Tun sur Tautre et eqperonnèrent les chevaulx de grant randon. Ils se consieuvirent ens es lumières des heaulmes tellement que tous deux se desheaulmèrent moult dur. Ils passèrent oultre en faisant leur tour bien et frisquement, et s*en vindrent

* sur leur ^ lés. Et regardèrent entre eulx les Ânglois que le vespre approuchoit. Si se remirent tous ensemble et se départirent de la place et chevauchèrent en une compaignie et retournèrent à Calais , et se traist chascun à son hostei. La nuit et le soir ils parlèrent et devisèrent entre eulx moult ' des armes que ils avoient faittes atgc François , et les

' Chmacun. — "** Oentement.. Fnuncheineiit. — ^ Son lieu. — *** Chatcan sur ton. — * Loogaernent.

DE SÀlNT-niGLETERT. 139

François à euls ; et aussi les François qui retournés estoient à Saint-Ingheleverth ne s*en taisoient pas.

Quant ce vint le jeudi au matin, le quatrième jour de la septmaine , les Anglois qui estoient à Calais , regardèrent entre euls que encoires y avoit-il de leurs compaignons , chevalliers et escuiers , qui avoient à jouster et à faire armes , et en celle instance ils estoient passés la mer. Si dirent que il convenoit que chascun qui désir et voulenté avoit de faire armes , fuist ^ assouvy * ; autrement ce ne seroit mie compaignie. Tous les seigneurs furent d*accord que ce jeudi ils retournèrent à Saint-Ingheleverth, et lairoient payer les armes à ceulx des leurs qui payer les vouldroient, siques après messe et boire tous montèrent sur leurs chevaulx et se départirent de Calais en une compaignie, et chevauchèrent tant que ils vindrent en la place où les armes et les joustes se faisoient. Jà estoient les trois chevalliers de France venus et attendans tous prests dedens leurs pavillons , et ceulx de leur costé qui servir les dévoient ou qui veoir jouster les vouloient et qui les accompaignoient.

Or se mist premièrement sur la place ung chevallier d'Angleterre, qui se nommoit messire Godeffroy ' d*£stas ^, et s^armoit d*or à ung lyon noir à lambeaulx de gueules et à une moulette d*or sur Tespaule du lyon. Il estoit armé de toutes pièces bien et frisquement ainsi que à luy appartenoit , et envoia hurter par ung sien escuier sur la tai^e de guerre de messire Bouchicault , lequel yssi tantost hors de son pavillon armé et appresté pour respondre à la requeste et pour fumir armes à son léal povoir. Son cheval fut tout prest : il monta sus. On luy bailla son glaive : il le print et le mist en arrest. Le chevallier estoit jà tout pourveu de la sienne. Ils regardèrent l'un Tautre, et puis esperonnèrent

«-■ Contenta. — ^ D'Eustas.. de Stas.

140 lOUTBS

leurs cbevaulx de grant randon. De ce premier coup , ils se coûsieuvirent sur les heaulmes et se donnôrent grans horions. Les glaiyes widèrent. Ils passèrent oultre et firent leur tour , et puis se retoumôrent chascun sur son lés. Encoires tenoient-ils leurs glaives et les emportoient. Si esperonnôrent les chevaulx. En eulx approchant , ils abaissièrent leurs glaives et vindrent Tun sur Tautre et se férirent de ce second coup ens es taises si grans horions que les glaives rompirent : autrement ils se fuissent adommagiés. Us passèrent oultre , et retourna chascun sur son lés , eils furent prests, qui les raffreschirent de nouvelles lances. Quant ils les tindrent « ils les misrent en arrest et se joindirent en leurs targes , et esperonnèrent les chevaulx et vindrent Tun sur Tautre radement et se consieuvirent sur les heaulmes parmy les lumières. Le coup fut bel et dur , car tous deux se desheaulmèrent. Ils passèrent oultre , et retourna chascun vers ses gens. Le chevallier anglois n*en flst plus pour ce jour , car dit luy fut que vaillamment il s'estoit porté et qu*il convenoit jouster les autres.

Après se traist avant pour jouster ung escuier anglois qui s*appelloit Alain Bourc, ' appert homme en armes maiement , et envoia hnrter sur la targe de guerre du seigneur de Saint-Py. Le chevallier yssi hors de son pavillon armé et pourveu pour respondre à la requeste. Il monta sur son cheval qui luy estoit tout prest. On luy boucla sa targe. On Iny bailla son glaive : il le mist en arrest. Ils esperonnèrent ancqnes d'un tenant. Bn approchant ils abaissièrent les glaives et se donnèrent sur les heaulmes grans horions tant que les estincelles de feu en saillirent. Ils passèrent oultre et firent leur tour et se remirent chascun à son lés. Gaires n*7 adgoumèrant , quant ils esperonnèrent les chevaulx de

* Moolt.

DE SAINT-IRGLETERT. iA^

grant voolentë , et se joindirent en leurs targes et abaissià* rent leurs glaives et s*en vindrent Tun sur Tautre et se férirent et consieuvirent ou mylieu des targes , et se donnèrent grans horions tant que les glaives tronchonnèrent. Ils passèrent oultre ^ frisquement ' et firent leur tour , et puis revindrent sur leur lés. Ils advisërent Fun l'autre , et puis esperonnèrent les chevaulx et baissièrent les glaives que prestement on leur avoit baillies. De ce coup ils se consieuvirait et férirent des fers des glaives ens es lumières de leurs heaulmes. Le coup fut bel et bien bouté , car tous deux se desheaulmèrent. Us passèrent oultre, et retourna chascun vers ses gens. L*Anglois pour ce jour n'en fist plus , car il convenoit jouster les autres.

Après se traist avant ung escuier anglois qui s'appelloit Jennin ^ Scrop ^ , et envoia hurter à la targe de guerre de messire Bouchicault , lequel chevallier yssi tantost hors de son pavillon armé de toutes pièces et trouva son cheval tout prest : il monta sus. On luy bailla son glaive que il mist en Tarrest. Ils esperonnèrent d*un meisme point. Ce premier coup ils ne se consieuvirent pas au plain , car les chevaulx croisièrent. Ils passèrent oultre et firent leur tour, et revindrent chascun sur son lés. Gaires n'y séjournèrent, quant ils esperonnèrent les chevaulx et vindrent Tun sur Tautre, et se férirent sur les heaulmes et se donnèrent grans horions , mais de ce coup ils ne receurent ne blasme , ne dommage. De la tierce lances Jennin Scrop fut abatu moult dur de messire Bouchicault. On Taida à relever , et fut mené entre ses gens , et n'en fist plus pour ce jour.

Après se traist avant ung chevallier de Behaigne, de la chambre à la royne d'Angleterre , lequel on nommoit ^ Here-Hance *, et le tenoit-on À bon jousteor et fort et

**• Qentement. — "^ Scop. — *^ Herr Haas.

roide , et s'armoit d*argent à trois pies de griffon noirs , ongles d*azar. Quant il fut venu sur les rens , on luy demanda auquel des trois il vouloit jouster : il respondy à Bouchicault. Dont fut envoie ung escuier anglois hurter , ainsi que ordonnance se portoit , à la targe de guerre de messire Bouchicault. Le chevallier estoit tout prest et davantage monté sur son coursier. Si respondy , ce fut raison , puisqu*il estoit appelle. On luy boucla sa targe , et print son glaive et le mist en arrest , et advisa le chevallier qui aussi estoit tout pourveu pour jouster , la targe an col et la glaive au poing. Us esperonnôrent les chevaulx de grant voulenté et vindrent Tun sur l'autre , et se cuidiërent bien acttaindre de plain coup , mais non firent , et là se fourfist le chevallier de Behaigne « dont il fut grandement blasmé « car de ^ fourcours ' mal deuement fait il oonsieuvy sur le heaulme messire Bouchicault , et passa oultre. Les Anglois veirent bien que il s*estoit * fourfeut ^ et que il avoit perdu armes et cheval , se les François vouloient y et de ce coup mal assis orent les François et les Anglois grant parlement ensemble ; mais finablement pardonné luy fut des trois chevalliers pour mieulx complaire aux Anglois.

Here-Hanoe requist que de grâce il peust encoires jouster une lance tant seulement. Il luy fut demandé auquel des trois il le vouloit. U envoia hurter à la targe de guerre de messire Kegnault de Roye. Le chevallier qui estoit en son pavillon, qui pour ce jour n*avoit encoires fiût nulles armes, yssi tout prest et dist que il le délivreroit voulenti^rs puisque accordé luy estoit. Messire Regnault monta sur son cheval. On luy boucla sa targe. On luy bailla son glaive : il le priât et mist m arrest, et jetta de grant voulenté toute

DE SAINT-INGLEYERT. 443

sa visée pour bien attaindre et assener le Behaignon. Tous deux esperonnôrent les chevaulx aucques dun tenant. En approchant ils abaissièrent les glaives et se férirent de plain coup sur les targes. Messire Regnault de Roye qui pour ce temps estoit Tun des fors et durs jousteurs du royaulme de France, le consieuvy et féry par telle manière que il le vola tout nettement hors des archons et le porta si dur à terre que on cuida qu*il fiiist mort. Le chevallier passa oultre et fist son tour , et puis revint sur son lés. Here-Hance fut relevé de ses gens à grant paine et ramené entre eulx. Les Anglois furent tous lies de ce qull avoit esté ainsi abatu pour la cause de ce que mal courtoisement la première jouste il avoit jousté , et vous dy que ce jour il n'eut plus talent de jouster.

Après se traist avant ung escuier d'Angleterre, f risque homme et appert durement, lequel s'appelloit Robin ' Sconeborne ', et envoia hurter à la targe de guerre du seigneur de Saint-Py , lequel respondy , car jà estoit-il tout prest davantage et monté sur son cheval. On luy bailla son glaive ; il l'empoigna et mist en arrest. Ils esperonnèrent ainsi que d'un ' tenant ^, et vindrent Tun sur Tautre de grantvoulenté.* Ce premier coup ils se consieuvirent sur les heaulmes, mais les coups widèrent. Ils passèrent oultre et firent leur tour , et puis retournèrent chascun sur son lés. Gaires n'y séjournèrent , quant ils esperonnèrent les chevaulx, et vindrent l'un sur l'autre, et se consieuvirent de ce coup sur les targes^ assés dur, mais point de dommage ne se portèrent. Ils passèrent oultre , et, quant ils furent revenus sur leur lés, on leur rendi les glaives , car ils les avoient en passant ruées jus. Quant ils les tindrent, ils les empoignèrent et misrent dessoubs leurs bras et se joindirent en leurs targes, et puis

*"• Seorbome. . Scornebome. — •-* Point.

144 lOCTBS

esperonnèreiit les cheraolx et s*en vindrent de grant randon Tun sur Faotre. Si se consieuvirent de plain coup ens te lamières des heaulmes. Ils passèrent oultre et firent leur tour. L*Ânglois retourna entre ses gens et n*en fist plus pour ce jour.

Âprôs se traist avant ung escuier d*Angleterre qui s^appelkit Jehan ' Merlen ' , firisque homme et bon jousteur , et s'armoit d'argent à une bende de sable à trois testes de lyon de sable. Il envoia hurter à la targe de guerre messire Regnault de Roye. Le chevallier respondy, car jà estoit-U tout prest davantage et ' monté ^ sur son cheval, et prist son glaive et le mist en arrest. Tous deux esperonnèrent les chevaulx de grant randon. Ce premier coup ils se consieuvirent sur les heaulmes en widant. Si passèrent oultre en frétant et tenant les glaives * : point ne les perdirent, et quant ils eurent fait leur tour , chacun retourna sur son lés. Gaires n*y séjournèrent, quant ils broquèrent les chevaulx radement et abaissièrent les glaives et se férirent ens te targes si dur que les chevaulx par la force du coup se tindrent tous quois. Ils jettèrent les glaives jus et passèrent oultre , et puis retourna chascun sur son Ite , et s affichèrent de bien jouster la tierce lance. Ceulx estoient tous prests et pourveus , qui les lances avoient levées : si leur furent rendues, et quant ils les tindrent, ils les empoignèrent et mirent en Farrest, et puis esperonnèrent les chevaulx. Messire Regnault de Roye consieuvy ce Jehan Merlen de telle fisu^hon en la targe que il luy fist widier les archons et Tabaty tout plat à terre. U passa oultre frisquement et fist son tour , et puis si s*en revint sur son Ite. L*Anglois fut relevé et mené entre ses gens et ne jousta plus pour ce jour.

*** Marien. — *** Monta. — * En leort poins.

DE SàUfT-llIGLBYBET. 145

Âprës se traist avant et pour jouster ung autre ^ chevallier ' d^Angleterre, qui s appelloit Jehan Mouton, et s^armoit de gueules à ung chevron de sable à trois * moulettes ^ d*or perchies à une bordure de sable endentée. Cils envoia hurter à la targe de guerre de messire Bouchicault. Le chevallier respondy , ce fut raison , car il estoit tout prest pour jouster. On luy boucla sa targe, on luy bailla son glaive , il esperonna le cheval de grant randon, et Jehan Mouton contre luy. Ce premier coup, ils se férirent sur les targes, mais point n*y prindrent de dommage : aussi ne firent-ils de blasme , car le coup fut bien assis et faitichement. Ils passèrent oultre en portant leurs lances droittes et firent leur tour , et puis s en revint chascun sur son lés. Ils n*y séjournèrent gaires , quant ils abaissièrent les glaives et brochièrent les chevaulx, et s'en vindrent celle seconde jouste de grant randon Tun sur l'autre. De ce coup ils se consieuvirent sur les heaulmes et se donnèrent grans horions et passèrent oultre ; mais ils perdirent les glaives. Ils firent leur tour , et puis retournèrent sur leur lés. Cils estoient tous prests , qui leur rendirent les glaives, et ils les misrent en Farrest , et puis brocquièrent et abaissièrent les lances et s'en vindrent Fun sur Tautre. De celle troisième jouste fut Jehan Mouton desheaulmé de messire Bouchicault. Adont s*en retournèrent devers leurs gens. Jehan Mouton pour ce jour ne jousta plus , mais laissa jouster les autres.

Après se traist avant ung autre ^ escuier * d* Angle terre , bel homme long et droit et bien ^ séant en selle , et estoit appareillié pour jouster, et Tappeloiton* Janequin* Scrop. Si envoya hurter sur la targe de guerre au seigneur de Saint-Py. Le chevallier respondy, car il estoit devant son pavillon armé

•-■ Edcuier. — •-* Molettes. — "^ Chevalier. — ' Joattant et. ^ *"* Jaquemin.

XIY. — FROISSA.RT. 10

|46 lOITTES

et monté davantage. On luy bailla son glaive , il le prist et Biist en arrest. Les deux esperonnërent les cbevaulx aucques d'an tenant, et pois abaissièrent les glaives et s*en vindrent Fun contre Tautre de grant voulenté ; mais oe premier coup ils faillirent , car les cbevaulx croisièrent dont ils furent moult courrouchiés.

Or retourna chascun sur son lés , et gaires n*y séjournèrent, quant ils broquièrent les cbevaulx d*6sperons et abaissiàrent les glaives et s*ordonnërent par samblant pour bien jouster. Us s*en vindrent lun contre Fautre , et se consieuvirent hault sur les heaulmes ung coup si dur que les estincelles en saillirent. Us passèrent oultre, car point ne se attachèrent les fers des glaives en passant. Par leur désroierneat les glaives leur chéirent ; mais si tost comme ils furent venus sur leur lés, cils estoient tous prests, qui leur rendirent leurs glaives : ils les prindrent et misrent en arrest, et puis les abaissièrent en ^ esperonnant ' les cbevaulx. Si s'en vindrent Tun sur Fautre de grant randon et se consieuvirent sur les targes. Janequin Scrop rompy son glaive. Le sire de Saint-Pjr employa le sien, car il féry ' Fescuier ^ si durement qull le vola hors des arcbons. U passa oultre en faisant son tour et revint siir son lés. Janequin Scrop qui cheu estoit , fut relevé et mené entre ses gens et n*en fist plus pour ce jour.

Après se traist avant ung autre * escuier * d'Angleterre et estoit nommé Guillemme Masquelée , et estoit tout prest pour jouster et pour paier les armes auquel que fuist , ainsi que ordonnance se portoit , et pour ce avoit-il passé la mer en la compaignie du conte de Hostidone. U envoia hurter & la targe de guerre de messire Bouchicault. Le chevallier respondy , car jà estoit-il armé davantage et monté sur son

•• EirnooTant. — •••Le chevalier. — V Cheyalier.

DB SAINT-INGLBYERT. 147

cheval. On luy boucla sa targe, on luy bailla son glaive, il le prist et mist en Tarrest. Tous deux esperonnèrent aucques d'un point les chevaulx sur quoy ils estoient montés , et monstrërent bien que ils estoient frës et nouveaulx et en bonne voulenté pour courir ; car , si tost que ils sentirent Tespouron , ils s*escueilliërent à la course. Les deux jousteurs en venant s'advisèrent. Ce premier coup , ils se consieuvirent hault sur les heaulmes, et se donnèrent si grant et si dur horion que on en vey les fiamesques de feu saillir. Les coups widërent , ne point les pointes des glaives ne s'i attachièrent. Le coup fut bel et bien prisié de toutes parties. L*un et Tautre passèrent oultre et firent leur tour, et revint chascun sur son lés. Oaires n*y séjournèrent , quant de rechief ils broquièrent les chevaulx et abaissièrent les glaives, car point ne les avoient perdues pour la première jouste. Us s*encontrèrent sans espargnier et se férirent de plain coup sur les targes. Merveilles fut que ils ne les perchèrent, mais non firent , car les chevaulx croisièrent. Ils passèrent oultre et misrent jus les glaives ; ils firent leur tour ^ bien et ' frisquement * , ainsi que bons jousteurs en leur arroi sèvent fieiire, et'puis revinrent chascun sur son lés.

Messire Bouchicault et Guillemme Masquelée recouvrèrent les glaives que ils avoieAt perdues. Quant ils les orent, ils les misrent en arrest et se joindirent en leurs taises moult ^ proprement ^, et esperonnèrent les chevaulx et les adrescèrent à venir Tun sur Tautre au plus droit que ils porent, et se consieuvirent ens es lumières et se donnèrent si grans horions que merveilles. Le coup fut bel et prisié, car tous deux se desheaulmèrent et demeurèrent les testes en pur les coiffes. Ils passèrent oultre et firent leur tour, et

•^ Bel et gentement. — " Faiticement.. Franchement. — *-• Promptament

I4S lOUTIS

puis 6*6n ala chascan entre ses gens et ne joost&rent plus poor ce jour, car ils en avoient assés fiût.

Adont se traist avant ong autre escoier d'Angleterre, qoi s*appelloit Nicolas ^ Lam * , armé de toutes pièces bien et faitichement et en très-grant désir de jouster et de fiûre armes pour ce jour. Si envoia hurter à la targe de guerre du sire de Saint-Py. Le chevallier fut prest de respondre et se traist tantost avant , car jà davantage il estoit sur son cheval la targe au col armoiée de ses armes. U print son glaive et le empoigna et mist en arrest, et se joindy en sa targe comme ung esmerillon qui voeult voler. Pareillement Tescuier anglois fist ainsi. Ils esperonnèrent aucques d*nn point, et en venant ils se prindrent de abaissier les glaives , et entrèrent de plain coup Tun dedens Fautre, et se férirent si dur sur les targes que , se les glaives ne fuissent volée en tronchons , ils se fuissent adommagiés ou portés par terre ; mais ils se tindrent si bien que point ne obéirent, et passèrent oultre en ûusant leur tour , et puis revindrent sur leur lés. On les raffirescy de nouvelles glaives : ils les prindrent et misrent en Tarrest et esperonnèrent les chevaulx. De oe second coup ils se donnèrent sur les heaulmes très-grans horions tant que on vey les estincelles de feu saillir ; autre dommage ils ne se firent. Les coups croisièrent. Us passèrent oultre et firent leur tour, et revint chascun sur son lés. Gaires n*7 séjournèrent, quant ils esperonnèrent aucques d'un point les chevaulx et abaissèrent les lances *. En devant s'estoient bien advisés , ne point ne vouloient faillir de attaindre Tun Fantre. Le tiers coup de la jouste fut bel, car ils se consieuvirent amont eus es lumières des heaulmes si dur et si roit que les pointes des glaives si prindrent et attachèrent. De ce coup tous deux s*en desheanlmèrent si nettement que les

^ Lan.. Lëaii« — * Aucques (Tim point.

DE SÀlRT-IIfGLETB&T. 449

tissus des heaulmes rompirent et voilèrent jus sur la prée « par derriôre les crupes des chevaulx. Bien se tindrent les jousteurs , car point ne chéirent. Ils passèrent oultre ^ en faisant leur tour, et puis par bon arroy ils revindrent chascun entre ses gens. Cils estoient tous prests , qui recueillierent les heaulmes et les portèrent ens es lieux dont ils estoient partis.

Pour ce jour les jousteurs cessèrent, ne nuls depuis ne se traist avant de la partie des Anglois. Dont s'en vint le conte de Hostidonne , le conte Mareschal , le sire de Gliffort , le sire de Beaumont , messire Jehan Glifeton , messire Jehan d'Âubrechicourt, messire Thomas ' Scoenhorne ' et tous les chevalliers qui jousté avoient les quatre jours, en une compagnie devers les ^ seigneurs ^ firangois et les remercièrent grandement de leurs esbatemens , et leur dirent : a Tous « chevalliers et escuiers de nostre compaignie qui jouster « vouloient, ont fait armes. Si prendons congié à vous, car « nous retournerons À Calais et de là en Angleterre. Nous « sçavons assés que* qui vouldra jouster à vous et faire « armes il vous trouvera icy les trente jours durans selon * la « teneur ^ de vostre crj. Nous revenus en Angleterre, nous « vous certiffions que à tous chevalliers et escuiers que « nous verrons et qui de ces armes nous parleront , nous « leur dirons et prierons que iL^ vous viengnent veoir. » — « Grant merchis , respondirent les trois chevalliers, et ils

• seront recueillies de bonne voulenté et délivrés au droit

• d'armes , ainsi comme vous avés esté. Avec tout ce nous « vous remercions grandement de la courtoisie que vous « nous avés faitte. »

Ainsi sur cel estât doulcement et amiablement se dépar-

* Ordonnéement. — *•* Soorboume.. Scomeboime. — *-* Che?aliert. — *'* Lee termee.

190 lovm

tirent de la place de Saint-Ingheleverth les Anglois des François, et 8*en retournèrent à Calais. Oaires n'y ajournèrent. Ce fut le samedi au matin qu'ils entrèrent ens es ▼aisseaulx passagiers. Ils orent bon vent , ils vindrent . devant midi à Douvres. Si yssirent hors des vaisseaulx et entrèrent en la ville et se trairent chascun à son hostd. Si furent le samedi tout le jour et le dimence jusque* après messe et boire en la ville de Douvres, et s*i raflfresdiirent euls et leurs chevaulx. Et le dimence ils vindrent au soir et an giste en la ville de Rocestre et Tendemain À Londres. Si se départirent là et prindrent çongié Tun À Tautre , et retourna chascun en son lieu.

Les trois chevalliers de France dessus nonunés tindrent leur place et leur journée vaillamment à Saint-Ingfaeleverth.

Vous devés scavoir , sicomme icy dessus je vous ay ^ dit, que quant la compaignie des Anglois ot prins oongié aux dievalliers de France, le roy de France et le sire de Oarensièrea qui lÀ * estoient ' tous descongneus et qui veu avoient les armes faittes, s*en vindrent ce soit* gésir à Marquise , et À Tendemain qui adjouma le vendredi « ils partirent bien matin de là en retournant ^ vers Paris * et ne * finèrent de errer ^ , si furent venus à Cray sur la rivière d'Oise , où pour ces jours la royne de France se tenoit. * Peu * de gens sceurent où le roy de France avoit esté , fors que ses plus ** secrets " varlets de chambre.

Depuis la route des Anglois desquels je vous ay parlé , retournée en Angleterre , il n*est point venu en ma cognoiasance que nuls yssist hors d'Angleterre , ne venist à Saint- Ingheleverth pour faire armes ; car cils qui jouster vouloient et ausquels les nouvelles venues estoient, première-

• Nornin^ et. — " S*estoient teniu. — •^ En France. — •^ Cmterrai de ehetaochier. — ^ Petit — ** «* Secrétaires.. Cbertaini.

DE SAINT-INGLBYERT. 151

ment se cueilliôrent et accompaigniôrent tous ensemble et retournèrent tout ainsi. Néantmoins les trois chevalliers dessus nommés se tindrent sur leur place les trente jours tous accomplis et oultre , et puis s*en retournèrent tout par loisir chascun en son lieu. Quant ils furent ainsi venus , ils alèrent veoir le roy de France et le duc de Thouraine ' et les seigneurs à Paris , qui leur ârent bonne chière , ce fut raison ; car vaillamment ils s*estoient portés et avoient gardé Tonneur * du rojraulme de France.

Je me suis souffert à parler et de remettre avant une autre moult haulte et noble ' emprise qui se fist en celle saison de chevalliers de France et d^Angleterre et d^autres pays oultre mer ou royaulme de Barbarie. Si ne le vueil-je pas oublier , ne laissier derrière. Mais pour ce que j*avoie encommencié à parler des armes de Saint-Ingheleverth , sicomme il est icy-dessus contenu, je les ay voulu poursieuvir ; et puisque je les ay conclûtes , je me remettray aux autres nouvelles et m*en raffreschiray ; car tels choses , au dire et mettre avant , me sont grandement plaisantes , et » se plaisance ne m*euist encline au ditter et à Tenquerre , je n'en fusse jà venu à * chief .

Or dist le texte de mon * procès ^ sur lequel je voeul procéder, que en celle saison nouvelles s*espardirent en France et en plusieurs pays que les Genevois vouloient faire une armée pour aler en Barbarie et de eulx-meismes * donner ' grant avantage de pourvéances tant de biscuit, d*eaue doulce et de vin aigre , de gallées et de vaisseaulx à tous

• Et le duc de Boargongne, — ■ Du roy et. — • Matière et. — ♦ • Bout. — •-' Propoi. — •"• Ayoient.

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