‹ Œuvres de FroissartChapitre 34 sur 75 · D*AI1IER1G0T MARCEL · texte numérisé non relu

D*AI1IER1G0T MARCEL

Saini-Ânthoine. Si fîit rechargié en la garde du visconte de Asay , lequel pour ces jours en estoit chastellain. On ne Vy garda goaires longuement , quant il fut rendu et dâivré au prâvort du Chastelet de Paris et amené en Chastelet. Bien est vérité que il o£froit pour sa raenchon soixante mille frans ; mais * on ' n*y youloit entendre. On luy respondoit que le roy estoit riche assés et que de son argent il n*ayoit que faire.

D^uis que Aymerigot Maroel fiit rendu au jurévost du Chastelet « on n*en flst pas trop longue garde. U fi&t jugié à m<Nrir honteusement « comme traittre à la courcmne de France. Si fiit mené ung jour sur une charrette en une place que on dist : aux Halles, et là tourné ou pilory plu- «eurs fois. Depuis on lisi tous ses fais pour lesquels il reoepvoit mort, et là fut delés luy longuement messire Ouillramie ' le Bouteillier ^ qui moult parla à luy : on supposoit que c^estoit pour les besongnes d'Auvergne et pour sçavoir la vérité d'aucuns capitaines que il y avoit , sa point estoient participans de ses me£Bsus. Les seigneurs le soeurent bien, mais je n*en peuls oncques rien sçavoir. U fut là exécuté. On luy trenga la teste, et puis fut esquartelé, et chascun des quartiers mis et levé sur une estache à quatre souveraines portes de Paris.

A* celle* fin vint Aymerigot Marcel. De luy, de sa fomme et de son avoir je ne sgay ^ plus avant.

Je me suis mis à parler tout au Jong de la vie Aymerigot Marcel et de remonstrer tous ses figds. La cause a esté que pour embellir sa lame et sa sépulture , car de bons et de mauvais on doit traittier et parler en une histoire, quant

^ Mal,— »^ I>e Trin.. Le Tran.— ^ Telle.— * Point aatieehcNM, ne.

DE LA TILLB d'aFRIQUB. 313

nous rapprocherons et toute la nuit enssieuvant , et h Tendemain nous prendrons terre par la grftce de Dieu tout à loisir, et nous logerons au plus près de la ville que nous pourrons hors du trait de leurs bricoles , et acosterons nostre ost des arbalestriers gennevois , lesquels seront tousjours prests aux deffenses et aux escarmuches. Nous supposons assés que quant nous deyrons prendre terre à Tissir hors des vaisseaulx , grant foison de joeunes escuiers des vostres requerront pour leur honneur et avancement à avoir Tordre de chevallerie. Si les enditterés doulcement et sagement comment ils se devront maintenir , ainsi que bien le scaurés faire. Sachiés , seigneurs , que nous sommes en bonne voulenté de nous acquitter envers vous, et de vous monstrer et enseignier par quel point, manière et ordonnance nous pourrons le plus adommager et grever nos ennemis , et rendrons ^ payne et soingnerons ' très-grandement * à nostre povoir, en tous estas, que la ville d*Affirique soit conquise, car par trop de fois elle nous a porté trop de dommages et de contraires ; car au costé ^ par devers nous *, elle est la clef de tout Tempire de Barbarie et des royaulmes qui s*ensieuvent : premièrement du royaulme d*Afirique, du royaulme de Thunes, du royaulme de Maroch et du royaulme de Bougie. Et, se Dieu consent par sagr&oe que nous Taions et que nous la tenons , tous les Sarrazins trambleront jusques en Nubie et jusques en * Surie ^, et de ce on parlera par tout le monde. Et, avecTayde des royaulmes crestiens voisins et des isles que nous tenons marcissans à Affrique , nous les pourrons très-bien tenir et raffreschir de * pourvéances et de nouvelles gens tous

*-* Soin et payne. — 'En tonta manière et* — ^ De par delA* —

••' Sjrie. — • NouveUes.

fl4

SliGB

les jours , car ce sera ung oomnnin voyage , mais que il soit acquitté et accoursé pour &ire armes tous les jours sur les ennemis de Dieu et de conquérir tous les jours terre. Avant « chevalliers seigneurs , dirent les souve* rains patrons de Oennes en la conclusion de leur pro«* ces ; nous ne vous remonstrons pas ce par manidre de doctrine , ne de grandeur , fors par amour et humilité , car vous estes tous nobles , vail^sns et sages , et sçavés trop mieulx comment ce se peult et doibt faire et ordonner que nous ne fiûsons, qui meismement en parlons et devisons. » Adont respondy le shre de Gouçy et dist : Vostre parole ditte et remonstrée par advis ne nous doit fors grandement plaire , car nous B*y veons que tout bien et toute bonne ordonnance; et sachiés que nous ne ferons riens hors de vostre conseil , car vous nous avés çy amenés. Si désirons tous grandement h fidre armes ^ »

Ainsi fut proposé et advisé tràs en Fisle de Gomminières» présens le duc de Bourbon « le conte d*Eu et aucuns hauls barons de France « par les souverains patrons gennevois , comment, al approuchier la forte ville d*Afflîque et au prendre terre , ils se maintendroient. Quant tout fut bien advisé et ordonné par Tordonnance deé souverains patrons et de Fadmiral de la mer, et on vey le temps et la mer en point et Fair ooy , cler , séry et attempré , on se retray chascun seigneur en sa gallée entre ses gens , ainsi que ordonnés estoient, en bonne voulenté et en grant désir de veoir celle ville d*Affirique et de trouver leurs ennemis , c*est-&-«itendre les Samudns. Quant tous furent rentrés et par grant loisir en leurs vaisseaulx et leur navie fut toute ' arroutée * et appareillie , on sonna les trompettes de département ; on se mist an chemin.

* Et reeooonet. — ** ^preit^.

DE LA TILLB D'aFRIQUB. S15

C'estoit grant plaisance et grant beaulté de yeoir ces ^ rimeurs ' vogier par mer à force de ^ rimes ^ ; car la mer qni estoit belle , coye et appaisie de tous tourmens, se fendoit et bruissoit à rencontre d*eulx et se monstroit par samblant ([Vielle avoit grant désir que les crestiens venissent devant Âffrique. De Tisle de Comminôres où les crestiens estoient rafirescis et darrainement attendu Tun 1 autre, puet ayoir environ trente mille d*iaue. La navie des crestiens estoit belle et grosse et bien ordonnée. Grant beaulté estoit À veoir ces baniôres et ces penons de soye et de cendal armoiés des annes des seigneurs venteler au vent qui n'estoit pas grant et flamboier au soleil.

Environ heure de basse-nonne perceurent les crestiens les tours de la ville d*Âffirique , car les maronniers leur enseignièrent « et comme plus aloient avant et plus se veoient, et les povoit-on bien choisir et veoir. ' Toutes gens * en estoient resjouis et à bonne cause ou cas que ils y tendoient à venir. Et leur sembloit et estoit advis que lear paine estoit acquittée et leur voyage accomply.

Se les crestiens qui par mer nagoient , veoient Âffirique etrentrée delà terre du royaulme d*Âffirique, et, se en venant là etapprouchant ils en parloient et devisoient, vous povéset devés croire et scavoir l^ôrement que les Sarrazins , lesquels estoient en la ville d*Âffirique et sur leur garde , aussi en parloient entr*euls et devisoient, et premièrement à veue d*œil ils les choisirent , et quant ils les congneurent et la grant plenté de gallées et de vaisseaulx qui les approuchoient, si furent tous esbahis et dirent bien entre eulx, par rapparant que ils veoient, que grant pueple leur venoit ^ sus et que ils auroient le si^. Or sentoient-ils leur ville si forte et si bien garnie de murs et de tours et si bien pour-

••• Rameurs. — ^ Ramet. — •^ Les crestieiia. — ' Coorir*

veae d*artillerie, que ce les oonfortoit et rendoit courage et grant hardement. Quant ^ entre eulx la première veue en fut veue * , afSn que ceulx qui estoient sur le pajs, fuissent resveilliés et advisés , ils sonnèrent, des tours là où ils estoient en leur garde et à leur usage, grant foison de tymbres et de tabours tant que la noise et signiâance des venans s'espardi sur le pays , car jà estoient venus et logiés sur la terre au lés devers eulx grant foison de Barbarins et de mescrëans que les roys d*Auffirique , le roy de Thunes et le roy de Bougie y avoient envoies pour deffêndre et garder la terre , que les crestiens n'entrassent , ne courussent à ce premier coup trop avant ou pays. Quant la congnoissance vint entre eulx par la noise des tymbres et des tabours que les crestiens approuchoient , si furent chascun sur lear garde , et s'ordonnèrent à leur ' usage ^ bellement et sagement, et envoièrent leurs cappitaines (les aucuns des plus expers) sur les ^ dunes * de la mer pour veoir Tapprouchement des François et comment pour ce soir ils se maintendroient , et aussi pourveirent grandement de tous apers compaignons les tours , les portes et les murs qui regardoient sur le havène d*Affrique , affin que par leur simplesse et petite garde ils ne recheussent dommage.

La ville d'Affrique, sicomme je vous ay dit autreffbis, est ^ malement * forte et * non pas ^^ à conquérir de " venue, se ce n'est par long siège par mer et par terre et par estre si puissant que pour résister par bataille à ceulx qui vouldroient lever le siège. Et je, Jehan Froissart, acteur de ces croniques , pour tant que oncques à Affrique ne fuy , ne avoye esté au jour que je m*en laissoy infourmer par les

*-* Les Ssnrtxiiis eurent la premi^ veue.. Lee Saraziiie les Teirent premièrement. — •-* Mode. — ^ Ri?es. — '•• Durement. — ••• N'est pss aisie. — *' Pleine.

dis chevalliers et escuiers qui ou dit voyage avoient esté, à la fin que plus justement en peusse escripre , leur demandoy la fachon « la manière et la grandeur ; et pour ce que trop de fois en mon temps je fuy en la ville de Calais , cils qui m'en esclairchirent la vérité et qui aussi en la ville de Calais avoient esté , le me ^ signifièrent * au plus prochain que ils peurent par aucunes manières , non pas de toutes, à la forte ville de Calais , et me dirent que de fourme elle estoit à manière d*un arc , et aussi est Calais , le plus large devers la mer. Celle ville à*Afirique, pour le temps que les seigneurs de France et d*autres nations furent devant en grant désir de la conquerre , estoit ' malement ^ forte et dose de hauls murs , et dru semées les tours ; et sur l'entrée ou bec de havène a une grosse tour souveraine des autres , et là sus celle tour avoit un bricole pour traire et pour jetter grans quarreaulx , et de ce estoient-ils bien pourveus. Tous les murs de la ville d*Âfirique au regard des crestiens estoient couvers et parés de draps et de tapis et à veue d*œil à manière de couvertoirs de lit et tous ^ gaunes * de couleur ou la greigneur partie.

Le soir que les crestiens approuchèrent la ville d*Âffnque, ils se tindrent à Feutrée du havène environ une lieue en mer et jeurent là à Tancre jusques à l'endemain. Celle nuit fist moult bel, moult cler et moult séry ; car ce fut au mois de juillet environ la Magdalène, et se tindrent tout aise de ce qu'ils avoient , et moult resjouis estoient de ce que Dieu les avoit si avant amenés que ils veoient devant euls la ville d'Âffirique.

Les Sarrazins qui estoient d autre part sur la terre et qui la contenance des crestiens avoient vev , eurent ce soir et celle nuit conseil ensemble comment ils se maintendroient,

*•• Figurèrent. — *^ Durement. — *-• Jannet.

318 siioB

car bien veoient que la ville d*Afirique seroit assiégie. Ils parlementèrent entre eolx selon leur usage et disrent ainsi : « Vecj nos ennemis venus, et prendront terre, se ils pôventt « et assiégeront celle ville d*Affrique qui est la clef et entrée « de tous lesroyaulmes et seignouries de par deehà. Si nous « fault avoir conseil comment nous nous maintendrons et « déduirons à leur venue & rencontre d*euls , et se nous « leur deffendrons à prendre terre. »

Là fut dit et proposé entr'eulx par la parole d*nn vaillant Sarrazin , lequel s*appelloit ^ Mandifer *, que honnourable chose leur seroit à garder ' la venue et rentrée de la terre , et que, se ils ne la gardoient, et deffendoient à tout le moina que leur povoir et devoir en feissent, car à blasme et h reprouche leur toumeroit, s'ainsi ne le faisoient. La parole du Sarrazin fut longuement soustenue, et sembloit aux vaillans hommes de leur costé raisonnable et honnourable , quant ung autre anchien Sarrazin parla , qui grant * crédence * avoit entre eulx, ainsi que on monstra , et estoit celluj sire d*une cité en Âflrique que on clayme Maldages, et le Sarrazin on nommoit Bellius.

Cils Bellius disf et proposa tout le contraire que Mandifer avoit dit et proposé ; et à ses paroles mist grant raison : « Seigneurs, dist-il , nous sommes cj envoies pour tenir la « frontière et garder le pays , mais il ne nous est pas du « roy d*Affrique, ne du roy de Thunes commandé , ne « estroittement enjoint que nous courons sus , ne comba- « tons nos ennemis soudainement sans avoir plus grant « advis , conseil et ordonnance. Et à la parole que je vous « propose et mets en terme , je vous y rendray vraye rai- « son et solution. Premièrement vous devés croire et scac voir que ceste armée que les chrestiens ont fidt et font pour

•^ Midifer — » Et deflbndre. — ^ CrMit.

DE LÀ VILLB D*AFR1QUB. 219

venir par deçà , a esté de long temps entre euls advisée et promené et conseillie , et ceulx qui viennent et sont sur la mer en gaUées et en vaisseaolx , sont droittes gens d*armes de fait et d*emprise « sages , advisés et confortés et qui ont grant désir de faire armes , se nous nous mettons sur le rivage à rencontre d*euls. Ils sont pourveus de ^ bons arbalestriers de Gennes à grant foison « car jamais ' ne ' vendroient despourveus. Contre ceulx aurons-nous le premiôrain' assault. Ils ont ars forts, longs, durs et roys ^, jettans et traians. Nous ne sommes pas armés, ne paveschiés pour résister à rencontre de leur trait. Nos gens qui se verront et sentiront blechiés , reffoseront et reculeront, et les Oennevois approucheront et prendront terre malgré nous. Les gens d^armes de leur oosté , qui se désireront avanchier et qui ' tendront * à venir à terre , ystront hors de leurs vaissaulx et verront nostre petit convenent. Si nous assauldront aux lances et aux espées , et nous desconflront ^, et , se ce advient , la ville d*Affrique est perdue pour nous sans recouvrer ; car cils qui sont dedens et qui la gardent , se * desconfiront de euls-meismes« car avant que nos gsms soient venus et rassamblés , ils Tauront prinse par assault ou par traittié , et la fortiffleront tellement que trop nous pourroit couster au ravoir ; car les François et ceulx qui sont venus en leur compaignie pour faire armes , sont trop expers en armes et trop soubtils. Pour ce je dy qu*il vault trop mieulx , tout considéré , que point à ce commencement ne voient nostre puissance, ne essaient. Aussi nous n*avons pas gens assés pour les combatre, et tous las jours nous en viennent et venront. Si conseille pour le

• Grant foiaon de. — " N'en. — * Et loing.— •-• Tendent.. Attendent. — * De fait. — ' Eibahiitmt et.

220 8IÉGB

mieolx que nous leur laissons prendre terre et par loisir. Us n'ont nuls chevaulx pour courir sur le pays , et point ils n*y courront, mais se tendront tous ensemble et tousjours en doubte de nous. La ville d*Affrique n'a garde d*euls, ne de leurs assauls , car elle est forte assés et bien pourveue. L*air est chault, et encoires sera-il plus chault. Us seront logiés au soleil , et nous en fueillies. Ils aléseront et gasteront leurs pourvéances ; ils n*en auront espoir nulles , se ils logent icy longuement, et nous en aurons à plenté, car nous sommes sur nostre pays. Ils seront souvent escarmuchiés et resveilliés à leur dommage , et non au nostre. Ils se lasseront et taneront, car point ne lès combaterons. Autrement ne les povons-nous desconfire , car ils ne sont pas fais , ne usés de Tair de ce pays quiest selon leur nature tout contraire. Us n'auront nulle doulceur pour eulx raffreschir, et nous en aurons assés. La grant chaleur du soleil et la peine qulls auront d*estre toudis prestB exï armes pour la doubtance de nous , les mettra légiërement en une ^ enfermeté * et maladie par incidence aventureuse , et ce que ils ne sont pas ' (aits * , ne nourris de nostre ayr , par quoy ils mourront communément. Ainsi en serons-nous bien vengiés et sans cop férir. Je n*y voy de ma partie meilleur conseil, et, se je Ty veoie ou savoie , je le diroie voulentiers et le mettroye avant. »

A la .parole de Tanchien chevallier sarrazin s'accordèrent tous ceulx qui à ce conseil estoient, pour tant que ils le sentoient seur et ' usé * d'armes. Et fut ordonné de par euls et commandé sur la vie que nul ne se avançast de aler escarmuchier sur la marine aux chrestiens sans commandement ^ • mais se tenissent tous quois et en paix à leurs

•-• InflrmiU. — ^ Forti. — ^ VûU — ' D'eolx.

logis et laissassent prendre terre aux crestiens et arriver et logier. Geste parole et ordonnance fut tenue , ne nuls ne Teuist osé brisier , et envoiôrent de leurs archiers

une quantité en la ville d*Affrique pour le aidier à garder et deSendre , se mestier estoit. Ainsi se tindent les Sarrazins celle nuit et Tendemain , que oncques ne s*amons* trôrent « et sembloit que il n*y euist nuUuy sur le pays.

Quant les crestiens orent celle nuit jeu à Tancre , ainsi que je vous ay dit , à rentrée de remboucheure de la mer du havène d'Affrique , et ce vint à Tendemain , le jour fut bel et cler , et Tayr séry , coy et attempre. Le soleil se leva , qui fut bel , gent et plaisant à regarder. Dont se commencièrent à resveillier et appareillier toutes manières de gens d*armes , et avoient grant désir de approuchier la ville et de prendre terre. Trompettes et ^ claronceaulx ' commencièrent à sonner ens es gallées et vaisseaulx et à mener grant noise.

Quant le jour fut tout venu , sur le point de neuf heures « et que les crestiens eurent beu ung coup et mengié une souppe en vin grec « malvoisie ou grençce , dont ils estoient largement ' pourveus ^ , si furent plus ^ lies * et plus légiers. Jà estoit ordonné dès Tisle de Cominiëres , sicomme je vous ay icy dessus dit et recordé , lesquels vaisseaulx iroient premiers et lesquels ^ après *. Il m*est advis que on mist ou premier chief en entrant ou havène une manière de vaisseaulx courans lesquels on nomme brigantins , et cils estoient pourveus et garnis de bricoles et de canons. Quant ils furent arroutés et mis en ordonnance , ainsi que aler dévoient « ils ouvrirent le havène et entrèrent dedens en traiant et saluant la ville du trait * de leurs bricoles. Lies

••* Clairons. — •-* Aisés. — •^ Joyeax. — '•• Sleavroient. — * Do leart archers et.

ttt SliGI

mors dd la ville et les tours estoient pavesobiés de tapis mouilliés pour résister oontre le trait. Ces brigantins passèrent ooltre sans dommage et prindrent le havène.

Après vindrent gallées armées et vaisseaulx d*ane flote par bonne ordonnance. Au veoir Farroy et comment ils entrèrent ou havène d*Affirique , c'estoit grant plaisance. En tournant sur la terre ^ vers ' la marine a ung chastal malement fort et ' autentique ^« et a grosses tours , et par espédal il y a une tour qui garde de leur lés la mer et la terre. Ens et sur celle tour avoit une bricole qui pas n*estoit oiseuse , mais traioit et jettoit quarreauls contre la navie des crestiens ; et sur chascune des tours de la ville au lés devers la marine avoit aussi pour deffense une bricole bien jettant. Au voir dire , les Sarrazins s'estoient pourveus de long temps , car bien espéroient à avoir le siège devant euls « sicomme ils eurent.

Quant les crestiens entrèrent ou havène d'Auffirique pour prendre terre , ' ce fut grant beaulté et grant plaisance * au veoir leur arroy et à oyr claroncheaulx et trompettes sonner et bondir si dèrement que la mer et la terre en retentissoient. L& boutèrent plusieurs chevalliers ^ et vaillans hommes * de France et * d'ailleurs ^* hors leurs banières premièrement. L& y ot plusieurs chevalliers nouveaulx fois ; et par espécial le sire de Ligne « du pays de Haynnau , devint là nouvellement chevallier et estoit nommé Jehan , et le fut ûàt de la main de ung sien cousin et vaillant homme qui s*appelloit messire Henry d*Antoing , et bouta là hors le sire de Ligne premièrement sa banière à sa première chevallerie , laquelle est d*or à une bende de gueules , et estoit delés luy son cousin germain le sire de Havrech , de Haynnau.

• ' Sos. — ^ Antiqaa. — M n iiiaott moalt bel éL pUiasat. — * Eica jen. — * Da roTamiM. — ^** Dm aoftrM nstions.

DE LÀ VILLB D*ÀFRIQUB. 225

Ainsi s^avançoient de grant voulenté tous chevalliers et escuiers , et prindrent terre , et se logièrent sur la terre de leurs ennemis à la veue des Sarrazins à ung mercredy la nuit de la Magdalône , qui fut en Tan de Nostre-Seigneur mil CCG. IIII" et dix. Et tout ainsi qu'ils arrivoient et prendpient terre , ils se logièrent à l'ordonnance de leurs mareschaulx. Meismement les Sarrazins qui estoient dedens la ville d*Âuffrique et qui Tarroy en veoient , recommandoient et moult grandement prisoient Tordonnance. Et pour ce que les grosses gallées ne povoient mie approchier la terre , ils se mettoient en bateaulx qui jusques à terre les amenoient, et sieuvoient la baniôre Nostre-Dame.

Âssés paisiblement souffrirent les Sarrazins qui pour lors dedens la ville d'Âfirique estoient et dehors , aux crestiens prendre terre , car ils veoient bien que de euls assaillir ils n*avoient pas l'avantage. Et ainsi que les Franchois venoient baniôres desployées, et pennons au vent desployés armoiés de leurs armes , ils se logiôrent et prendoient terre et place etk^is par l'ordonnance des mareschauls. Le duc de Bourbon « qui pour lors estoit souverain cappitaine de tons euls , fut logié ou mylieu de tous , moult honnourablement et très-puissamment selon la quantité de gens que ils estoient et les charges que les seigneurs avoient , et estoit la devise du dit duc et sa banière pour lors toute playnement armoiée des fleurs de lis de France à une blanche ymage de Nostre-Dame Vierge , la mère de Jhésu-Crist, ou mylieu assise et figurée à ung escuchon de Bourbon dessoubs les pies del ymage. Et premièrement je vous nommeray les seigneurs de nom qui estoient à son destre.

Au lés destre delés le duc de Bourbon estoient logiés en regardant la ville , premiers messire ' Guy ' de la Tri-

Quillemme.

1S4 siiGB

mouille à baniëre, seigneur de Sully ; messire ^ Guillemme * de la Trimouille son firère à pennon ; le seigneur de Vodenay à baniëre ; messire Hélion de Lignach à pennon ; le seigneur . de * Rous * , breton » à pennon ; le seigneur de Tors à pennon ; messire Jehan Harpedane à pennon. Âpres estoient en ordonnance les Haynuiers , et avoient en leur estandart la devise monseigneur Guillemme de Haynnau , pour ce temps conte d'Ostrevan « ainsné fils du duc Âubert de Bavière, conte de Haynnau, de Hollande et de 2^11ande, et estoit la devise en la baniôre sur Testandart de une haise d*or assise sur une champaigne de gueules. Là estoient le sire de Havrech à baniëre , le sire de Ligne à baniôre ; et puis messire Phelippe d*Ârtois, conte d*Eu, à baniëre, le seigneur de Matefelon à banière, messire Boniface de ' Calam * à pennon ^ , le seigneur de Linières à banière , le seigneur de Vinay , le seigneur de Ghin à baniëre , le seigneur d'Aineval à baniëre , le frère du mareschal de Sansoirre à pennon , messire Gaultier de Chastillon à pennon , messire Jehan de Chastel-Morant à banière , messire Jehan de Trye à pennon , le seigneur de Coucy à banière et plus estofféement que nuls des autres , excepté le duc de Bourbon , le seigneur de Licques à pennon , messire Estienne de Sansoirre à pennon ; et puis le pennon du roy de France et de sa devise ; et delés le pennon du roy de France estoit messire Jehan le Barrois des Barres à pennon armoié de ses armes , et puis messire Guillemme Morlès à banière , le seigneur de Bours à pennon , messire Jehan de Longueval à pennon , messire Jehan de Roye à banière , le visconte d*Au8nay i banière , monseigneur Tamiral à banière, qui 8*appelloit messire Jehan de Vienne. Après s'ensieuvent oeulx ' du senastre lés *•

•^ Oiij.— «^ Reoi.— "^ CalAin. — ' La t^eschal d'Eu à pennoa. — ^ Qai aa lét MiiMtra estoient, tant bannerée comme antres peaMnciera.

Au costé senestre du duc Lojs de Bourbon estoient tous ceulx que je vous nommerâj, tant banières comme pennonchiers. Et premièrement le sire d*Âufemont à banière ; messire Jehan de Beaufort, fils bastard au duc de Lancastre, àbaniôre; messire Jehan le Bouteillier, anglois, à pennon ; messire Jehan de ^ Carma ' à banière ; le soudich de FEstrade à pennon ; messire Jehan de Hangiers à pennon ; messire Jehan de Harcourt à banière ; le seigneur de Garensières à banière ; monseigneur Bérault , conte de Clermont et dauffin d* Auvergne, à banière et en bon arroj ; messire Hugues Daufi^ son frère à pennon ; le seigneur de Bétencourt à pennon ; le seigneur de Pierre-Buffière à banière ; le seigneur de Sainte-Sévère à banière ; monseigneur dit le Louvart , mareschal de Tost , à pennon ; monseigneur le ' Borgne ^ de Beausse ^ à pennon ; monseigneur de * Louin ^ à banière ; messire Gérard de Louin * à pennon ; le seigneur de Saint-Germain à banière ; et puis le pennon sur Testandart de la devise au duc de Bourgoingne ; messire Phelippe de Bar à banière ; messire Gueffroy de Chargny à banière ; messire Loys de Poitiers à pennon ; messire Robert de Cabroles à pennon ; le visconte d'Usés à banière ; le seigneur de * Mongent '^ à banière ; le seigneur de Ville- Noefve à pennon ; messire " Engorgié d*Ambise ''à pennon ; messire Guillemme du Molin à pennon ; monseigneur de Longin à pennon ; messire Alain de la Ghampaigne à pennon. Et devés sçavoir que tous ces banerets et pennonchiers que je vous ay nommés et devises , estoient en front et en monstre devant la forte ville d*Afirique ; et encoires y avoit-il grfint foison de bons chevalliers et escuiers, tous vaillans hommes de courage et d'emprise, qui estoient logiés

«-■ Crama. — ^ Bègue. — *■• Viauase. — •*' Lonin. — • Son frère. — •-'• Montagut. — "•• Engorget d'Amboiae.

Page 1