‹ Œuvres de FroissartChapitre 39 sur 75 · FIN DE L*EXPÉDITION · texte numérisé non relu

FIN DE L*EXPÉDITION

le feist morir. Les seigneurs de Tost tels que Âgadinquor d*01oferne et Brahadin de Thunes et plusieurs autres se advisèrent que de sa mort ils n^avoient que faire , mais que il leur voulsist dire vérité , et luy firent dire que , se il Youloit justement respondre à tout ce que Fen luy demanderoit et que il ne desist nulle ^ menchongne ', ils luy sauveroient la vie et luy prometteroient de le renvoier sain et saulf et en bon point en son pays sur la première gallée ou nave qui de leur costé seroit envolée, fuist en la ' rivière ^ de Gennes ou à ^ Marceilles * , et à son département ils luy donroient cent besans d*or.

Le vallet qui se veoit en dangier , lorsque il ouy ces promesses, se réconforta et asseura ; car bien sçavoit que les Sarrazins, de ce que ils prommettent et jurent sur leur loy , sont véritables , ne jamais n enfrainderoient leur parole ; et vous savés que par nature chascun muert le plus tard qu*il puet. Si dist au ^ drugman * : « Faittes-les tous « jurer sur leur loy que ce que vous me dittes , ils me ten- « dront , et je penseray à mes besongnes, et de tout ce que « je seray • demandé '® et examiné , j'en respondray vou- « lentiers selon ce que j'en sauray. n

Le drugman remonstra tout ce à ses seigneurs, et luy orent en couvent à tenir fermement leur parole et promesse. « Or me demandés , dist le vallet , et je respon- « dray. » Là fut-il demandé dont estoit de nation. Il respondy : « De Portevances , » et l'appelloit-on Simon Mollebin , et estoit fils de ung patron dune gallée de Portevances. Adont fut-il " demandé " des noms des seigneurs de France ^* qui là avoient esté au siège. Il en nomma plusieurs ; car il avoit trop voulentiers compaignié les hérauls

••• Mensonge. — •• Terre. — ^ Maraeille. — *-• Drngemen. — • •• Interrogé. — "-•• Interroge. — *» Du fkit des Françow.

et bu avecques euls , et les avoit ouy parler ft la fois et nommer les seigneurs , et pour ce avoit-il retenu leurs noms. * Alors * luy fiit demandé ' se il sçavoit pourquoy si soubdainement ils s*estoient partis. Âd ce respondy assés * seurement * et dist : a De tout ce ne sçay-je rien, ne puis « sçavoir fors que par • souspechon ^ ; et selon ce que j'ay (( oy communément en nostre ost , car je ne fuis point au « parlement des seigneurs , mais la renommée commune tt couroit que les François se doubtôrent des Jennevois, que « ils ne les vendissent à vous par cautelle et trahison. Et f les Jennevois disoient de nostre costé que de tout ce il « n*estoit riens et que les François avoient fait et basty « sans raison ung tel escandôle sur euls , et se départoient « pour ce que en Tiver ne se vouloient là retrouver pour a recepvoir, ne attendre Taventure et le péril de prendre 0 ung si gi*ant dommage , que ils avoient eu une fois. » — « Quel dommage ont-ils eu ? » dirent les seigneurs au drug- « man. Demandés-luy. » Il luy demanda et il respondi : o Tel « dommage que le jour que la bataille se deubt faire de dix 0 des nostres à dix des vostres, de fait ils perdirent ce jour « environ de soixante chevalliers et escuiers tous de nom « et d*armes , et pour tant se sont-ils départis , comme « dient les Jennevois. »

De ces paroles fut bien creu le vallet, et, ad ce qu'ils monstrèrent , les seigneurs sarrazins en eurent grant joye , et ne fut le vallet enquis plus avant ; mais les Sarrazins luy tindrent • ce que prommis luy estoit *, car depuis *® il fut veu " à Portevances et à Jennes, et recordoit tout ainsi que advenu luy estoit , et à tout ce dire ne prendoit-il point de blasme.

•-■ Dont. — " Il fut interrogé. — *^ Sagement. — •-* Soppoftitîao* — •■• Toutes ses convenances. — ••"" On le vit revenu.

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..^^«c^aufc î^ Svnzins entre euLs que en trop grant

,^^^ 5^ !i4^vMda( j^urde des Jennevois, ne des François ,

^v ,^aiw kvaat Affirique Us n'avoient prins * bonne

^»,H . Nî^ . - uiU» de ce jour en avant ils se pounrerroient et

.oiO^tâ»'^*^^^ P^^ sagement. Et dirent que ils garderoient

,,^>^><ivo4 IfMftTs bondes de mer de leurs royaulmes , car

>^,^ ,^4^1 t^a leur puissance ; et par espécial ' de Testroit ^

4 ^\^Ui il» feroient trôs-soingneusement garder que

«M^icidL « 00 Yénissiens ne passeroient point par là pour

„^* .w^UMir des terres en Flandres mener leurs marchan-

jM^ sétt» paier si grant ^ treu * que tous seroient esmer-

^«kiiM^ « ^ encoires seroit-ce par grâce et par congié.

>i(» li>ttt ce les Âffriquains proposèrent ensemble, ils le liMiài^ ^t se aliôrent ensemble tous les royaulmes sarrazins v^ c^ bondes au lés devers soleil de nonne et vespres, Vi^iHque, Thunes , Bougie , Maroch, Belmarin , Tramess^^uMtt et le rojaulme de Grenade. Et entreprindrent H)^ ces royaulmes à garder fort et soingneusement leurs yoir« et destroits et misrent gallées années sus la mer en ^nM quantité pour estre seigneurs et maistres de la mer , ^ tout pour la grant hayne que ils accueillirent et orent aux François et aux Jennevois pour le siège d*Âfinque ; #t si constraindâ^nt tous alans et venans par mer , sique moult de grans meschiefs depuis en sourdirent , et par celle très-grant constrainte que les Sarrazins firent , ils furent seigneurs des mers , sique toutes marchandises qui venoient de Damas , du Quaire , d'Alexandrie , de Venise , de Naples et de Jeunes furent ung temps tellement renchiéries en Flandres , que de plusieurs choses on ne povoit recouvrer pour or , ne pour argent , et espécialement toute espicerie fut trop malement renchiérie.

••Nul prouffit. — ■-• Les dastroits. — " Tribut.

Vous avés cy-dessus bien ouy recorder comment le département du siège d*Âfirique se fist. Tous rappassèrent la mer ceulx qui se départirent , combien que ce ne fîit mie tout à ung port , car il en y ot aucuns qui eurent des tourmens et des tempestes plusieurs sur la mer, tellement que les plusieurs ne retournèrent fors àgrant dangier. Toutefois la greigneur partie d*euls retourna à Jeunes. On faisoit en ce temps aval France processions pour euls à celle an que Dieu les voulsist sauver , car Ten ne sçavoit que ils estoient devenus , ne on n'en ouoit nulles nouvelles.

La dame de Coucy , la dame de Sully , la dauffine d'Auvergne et toutes les dames de France , qui y avoient leurs seigneurs et maris , estoient en grant ennuy le terme que le voyage dura , et quant les nouvelles leur vindrent que ils avoient jà rappassé la mer , se forent toutes resjoyes. Le duc de Bourbon et le seigneur de Coucy retournèrent tout * coitteusèment * et laissièrent tout leur arroy derrière et vindrent à Paris environ la Saint-Martin en yyer. Le roy de France fot moult resjoy de leur venue et demanda des nouvelles de Barbarie et du voyage comment il s'estoit porté. Ils luy en recordèrent tout ce qu'ils en savoientet que veu en avoient. Le roy en ouoit voulentiers parler. Aussi faisoit lé duc de Thouraine son frëré , et ad ce respondy le roy et dist : « Se nous povons tant faire que paix soit en u rÉglise et entre nous et les Anglois , nous ferions voutt lentiers ung voyage pardelà pour exaulchier la foy a crestienne et confondre les incrédules et acquitter les « âmes de nos prédicesseurs le roy Phelippe» de bonne « mémoire , et le roy Jehan nostre • tayon * ; car tous « deux Tun après Tautre ils prindrent la croix pour aler tt oultre la mer en la Sainte-Terre , et y fuissent aies , se

Quoiement. — •^ Ayeul.

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