ENTRÉE A PARIS
Parisiens firent le mardi devant disner à la royne de France et à la duchesse de Thouraine qui nouvellement estoit venue en France et yssue hors Lombardie , car elle estoit fille au ' seigneur ' de Milan , et Favoit en cel an meismes espousée le duc Louys de Thouraine , et encoires n*avoit la jeune dame qui s*appelloit Valentine , entré en la cité de Paris , quant elle y entra en la compaignie de la royne '. Si luy dévoient les bourgois de Paris par raison sa bienvenue.
Vous devés scavoir que le mardy sur le point de douze heures vindrent les bourgois de Paris environ quarante tous des plus notables, vestus tous d'un drap tous parauls, À Tostd du roy À Saint-Pol et apportèrent ce présent que ils firent ^ au roy *, tout au long de Paris. Et estoit le présent en une littiôre très-richement ouvrée , et apportoient la littière deux fors honmies ordonnés et appareilliés moult proprement comme honmies sauvages ; et estoit la littière couverte d*un ciel fait d*une délie crespe de soye, par quoy tout parmy on povoit bien veoir les joiaulx qui sus la littière estoient. Euls venus à Saint-Pol ils se adreschèrent premièrement devers la chambre du roy qui estoit toute ouverte et appareillie pour eulx recepvoir ; car on sçavoit jà bien leur venue, et tousjours est bien venu qui apporte. Et mirent les bourgois qui le présent firent , la littière jus sur deux tretiaulx emmy la chambre, et se agenoullèrent devant le roy, en disant ainsi : c Très-chier sire et noble c roy , vos bourgois de * Paris vous présentent, ou joieux c advénement de vostre règne , tous ces joiaulx qui sont c sur ceste littiôre. • — c Grant merchis, respondi le roy ,
^ Due. — * Si devoiaot ao ro j les bourgeois de Parie pmr niton ■a IttenTenae « et Ue lui peièreat, et aoeti firent-ile à la rojne. — *-* A la rojae. — * La tille de*
DE Lk RBINB ISABEAU. 49
• bonnes gens ; ils sont beaulx et riches. » Dont se levèrent les bourgois et se retrairent arrière et prindrent congié, et le roy leur donna. Quant ils furent partis , le roy dist à messire Guillemme des Bordes et à Montagu qui estoient aveuc luy ; « Alons veoir de plus près les présens « quels ils sont. » Us vindrent jusques à la littière et regardèrent sus.
Or vueil-je dire tout ce qui sur la littière estoit et dont on avoit fait présent au roy. Premièrement il y avoit quatre pos d'olr , ' quatre * temproirs d'or , quatre sallières d'or , douze tasses d'or, douze escuelles d'or et six plats d'or ; et pesoient toutes ces vaisselles cent et cinquante mars d'or.
Pareillement autres bourgois de Paris très-richement parés et vestus tous d'un drap vindrent devers la royne de France et luy firent ' présent * sur une littière qui fat apportée en sa chambre, et recommandèrent la cité et les hommes de Paris à ly , ouquel présent avoit une nef d'or , deux grans flacons d'or, deux ^ dragiours ^ d'or , deux sallières d'or , six pots d'or , ^ douze lampes d'argent , ' six grans plats d'argent , deux bachins d'argent , et y eut en sonune pour trois cens mars, que d'or, que d'argent , et fut œ présent apporté en la chambre de la royne en une littière , siconmie icy dessus est dit , par deux hommes lesquels estoient figurés l'un en la fourme d'un ours , et l'autre en la fourme d'une licorne.
Le tiers présent fut apporté samblablement en la chambre de la duchesse de Thouraine par deux hommes figurés en fourme de Mores , noircis les viaires et bien richement ▼estus, tooailles blanches envolepées parmy leurs chiefs ,
•*-• Six- — •^ Plrésens. — •-• Drageoirs. — ' Six temproirs d'or. — c Dtnx doazainei d^escneUea d'argent.
90 «HTIÉB A PÀBIS
gî^omme se ce fassent Sarrasms ou ^ TartreB ' , et estioit U litti^ tieUe et riche et couverte d*an 4éUé eoeuvre-cUef 4e Boye oonuoe les autres et aconvoje et adextrée de doua bourgois de Paria veatas moult richeiaeat et tous d'un parement, lesquels firent présent à la duchesse dessus ditte, ouqueï présent ayoit une nef d*or , ' deax dragiours d*or , deux grans plas d*or, deux sallières d*or « six pos Caif;ent, six plats d*argent, deux douxaines d^escuelles d*argent , deux douzaines de ^ saulaiers ^ d*argent » deux dousaines de tasses d'argent, et y avoit en somme» que d*or , que d'argent « de deux cens mars. Le présent re^ouy grandement la duchesse de Thouraine , et ce fut raison ; car il estoit tpôs-riclie et bel , et remercia gnmdeQMnt et ttgmnent ceulx qui présenté Favoient , et auisî la banne ?iUe de Paris par qui celloy proufSt TciflK>it
Ainsi, en ce jour qui fut nommé marredi , furent fais , donnés et présentés au roy et À la royne et À la dudiesse de Thouraine ioeulx trois présens. Or considérés la grant Talleor des présents et aussi la puissance des Parisiens ; car il me fut dit (je acteur de ceste histoire) que tous les trois présens que je vey , avoient cousté plue de soixante mil counmnes d'or.
Ces présents fais et préaentés, il fut heure d'aler dianer. mais ce jour le roy , les dapies et les seigneurs dianèrent en chambre pour plus légièrement ayoir fait , ear sur le point de trois heures après disner on se doToit traire ou champ de Sainte-Katherine , et là estoit Tappareil fait et ordonné tràs-grant pour jouster , de loges et * de honrs ^ ouvrés et charpentés pour la royne et les dames. Or tobs
*•* Tsrtam. «« • Ua gn&t pgl d*or. — ^ SslîArss. -- *-* 0*^«mIui. findi.
DE Ul ftEnn I8ABIAU. Il
vMÎKje Boaittièr par otàoùimxae lès èhevaUiers (fii «toient dadens , et s'appelloient les chévalliei^ dià Ray dm Soleil éWk Bt qvoyqiM oe fiiist potir œs jours la devise da roy i A esteit le roy de cèulz de dehots, et jousta comme les autres à orains , pour conquerra les pris par amleSi se il en poToît anroir Taventure ; et estoient les cheyallièrs trente ^ : tout premier le duo de Berry , secondement lé duc de Bourgoin^ gne , le duc de Bourbon , le conte de la Marche ^ messire Jaques de Bourbon son firôre, messire Guillemme de Namur^ mettire Oliyier de Glichon ^ connectable de France i mes* sire Gaultier de Vienne , seigneur de Pagny » messire Guy de la Trimouille * messire Guillemme son frère» messire Phelippe de Bar , le seigneur de Rochefort « br^p ton , le seigneur de Rays , le seigneur de * Beaumanoir ' » messire Jehan de Barbenchon, dit TArdenois ^ le Hazle de Flandres , le seigneur dé ^ Coursy ^ , normant > messire Jdian de Bartw « le s«gneur de Nantoullet, le seigneur de Bochefoucault» le seigneur de Gaîensidres, messire J^an Harpedane , le baron dlvery , messire Guillemme * Marchière ^ , messire Regnault de Roye , messire Godeffiroy de Ghaigny , messire Cbarlei de Hangiers et mesmre Guilr lemme de Lingnac.
Tous ces cheyallièrs estoient armés et parée en leurs targes du Ray du Soldl « et furent sur le point de trois heures après * nonne * en la place de Sainte-Katherine , et jà estoient venues les dames ^ la royne de France toute première» et fut amenée jusques lÀ en ung char tant richement a>uyert pour que le corps de ly , et les autres dames et duchesses chascune en très-grant arroy , et montèrent et entrèrent ensôs eschafauls qui ordonnés estoient pour elles.
*Biia eh peint. -^^ BéiQBMnU ^ ^Tùrgj. — ^ MutM.. Mirtiel. — •^ Dîner.
tS SRTBÉB A PARIS
Après vint le roy de France tout appareiUié pour jouster , lequel mestier il faisoit moult voulentiers , et quant il entra sur le champ , vous devés savoir qu*il estoit bien accompaignié et ^ adoubé * de ce que à luy appartenoit. Si encommencèrent les esbatemens grans et rades , car trèsgrant foison de seigneurs y avoit de ' toutes pars ^, et vous dy que roessire Jehan de Haynnau , conte d*Ostrevant » jousta moult bien , et aussi firent les chevalliers qui avec luy venus estoient , le sire de Gommegnies , messire Jehan d^Ândregnies , le sire de Cantaing , messire Ansel de Trasegnies et messire ^ Pinquart * de Herimes. Tous le firent bien à la loenge des dames. Et aussi jousta moult bien le 4uc dlrlande qui pour ces jours se tenoit en France auprès du roy , car il y avoit esté mandé. Aussi jousta moult bien ung chevallier alemant de dessus le Rin qui se nommoit messire Servais de ^ Millaude *.
Si furent ces joustes fortes et rades et bien joustées, mais il y avoit tant de chevalliers que à paines se povoient-ils assener de plain coup , et la foule des chevauls et la pouldrière y estoit si grande que ce les grevoit et empeschoit par espécial trop grandement. Le sire de Coucy s*i porta grandement bien , et durèrent les joustes fortes et rades jusques à la nuit que on se départy , et furent les dames ramenées à leurs hostels. La royne de France en son arroy fut menée à Saint-Pol, et là fut le souper des dames si grant , si bel et si bien estofi*é de toutes choses que * à paines '^ seroit du recorder. Et durèrent les danses et festes jusques à soleil levant\ et eut le pris des joustes pour le mieulx joustant de tous et qui le plus avoit continué de
" krréé. — »^ Tous pâjt. — *♦ Clinqoart. — '•• Mirmuda.. Merânda. — ^** Paine.
DE LA EBINB ISABBAU. 23
œolx de dehors , par Tassentement et jugement des dames et des hérauls , le roy de France , et de ceuls de dedens le Hasle de Flandres , firère bastard à la duchesse de Bourgoingne. Et pour tant que les chevalliers se plaindoient de la grant pouldrière qu'il avôit fait le jour de joustes, et disoient les aucuns que leurs îais en avoient esté . perdus , le roy ordonna que l'en y pourveist. Si furent prins plus de deux cens porteurs d*eaue , qui arrousôrent la place le mercredi et amenrirent grandement la pouldrière ; mais , non obstant les porteurs d*eaue , encoires en y eut-il & plenté.
Ce mercredi arriva en Paris le conte de Saint-Pol qui revenoit tout droit d'Angleterre et s'estoit moult hasté pour estre à celle feste , et avoit laissié derrière en Angleterre messire Jehan de Chastel-Morant pour rapporter là chartre de la tresve par mer et par terre. Si fut le conte de Saint- Pol le très-bien venu du roy et de tous les seigneurs , et estoit, à celle feste et dalés la royne de France , sa femme qui fut moult joieuse de sa venue.
Le mercredy après disner se trayrent trente escuiers qui attendans estoient sur le champ où Ten avoit jousté le mardy , et là vindrent les dames en grant arroy , sicomme elle estoient venues le jour devant , et montèrent sur les hours qui ordonnés et appareilliés estoient pour elles. Si commencèrent les joustes fortes et roides qui furent bien joustées et continuées jusques à la nuit que Ten se départy et retourna aux ^ hostels *. Et fut le souper des dames à Saint-Pol , qui fut grant et bel et bien estoffé , et là fut donné le pris par Tassentement et jugement des dames et des hérauls , et Feut ung escuier de Haynnau , qui se nommoit Jehan ' du ^ Floyon , venu en la compaignie du
*^ Chaaean à ton hottel. — *-* De.
EIfTBiB Â WêMm M LA lUIlB ISABEAU.
d'Oitiwfin , et de ctmkt de dedans Teot «ng eeemr en dtto de Boai^oingiie , qui a'appeUoit Jehin de * Pool-
Anooim ' le Jeedy jonstàrent chevalliov et mc\ tous eMemUe , et furent les janstes fortes et roîdes et bien joQstéee , osr eiiesoim se penoit de Usn taire , et joustàmt josqoss à la soit ; et fut le souper des dames et des damoi-* selles à Saint-Pol , et là fiit donné le pris des joustee « et Teat pour oeolx de dehors meosire Gharlee des Armoise , et de eeutx de dedens ung escniers de la royne de Frsnœ, que on appelloit ^ Konk *.
Le vendredi donna le roy de Franoe à dlsner à toutes Iss damas et damoiseiles , et fut le disner grant et bel et moult bien estoffii , et advint que sur le deffaillement de ieeUny dkner « le roy eéant à tablSt la duebesse de Berry , la daehssne de Bouif^mngne , la duchesse de Thouraine , la contasse de Saint^Pol, la dame de Coucy et grant foison de damss , entrèrent en la salle qui estoit ample et large (celle qui estoit fieûtte nouvellemant pour la feste) denz ehevalliers montés aux chevauls, armés de toutes plèem pour la jouste , les lanoes en leurs * peins ^ « et estoit Fun massifs Ragnaalt de Roye, et l'antre messire Bottthicaalt le jeune , et là joustàrent et radement Tantûst vindrsnt ' autres disvalliers : messire Regnault de Trye , massirs Ouillemme de Namnr , messire Charles des Armoyes , le sire de Garensiéres , le sire de Nantoulet FArdenois de Donstevène • et [dusieurs autres, et joust^ reat illec Men par l'espace de deux heures devant le roy et les dames. Bt quant ils furent assés esbanoiés , Us s^an retoumôrsnt en leurs hostsls*
•^ Pobite«a.. PokèM. — * De raehaf.— ^ Coqs. — •-' Maint. — ' A CM àma chavmlliert.
TRàTB ENTRE LES VRARÇàlS ET LES ANGLAIS. 8t
Ce vBndredy prindrent coi^é au roj et à la tojm let dames et les damoiselles qui retourner Toaloient en leurs lieux , et pareillement firent les seigneurs , qui partir vou*' kneat. Le roy de France et la rojme au congié prendre FBDMrcihidrait grandement tous ceufac et toutes Qelles qui à aols parioient et qui à la feste venus et venues estoient
Aprâs celle grant feste de laquelle je vous ay parlé et que tous seigneurs et dames qui esté y avoient , furent retournés en bonne paix et amour en leurs lieus , le seigneur de Ghastel-Morant que le conte de Saint-Pol avoit laissié en Angleterre , retourna arrière en France devers le roy et son conseil, et monstra la chartre de la trêve donnée, accordée et séellée du roy Rlchart d*Ângleterre et de ses oncles et de tous ceuls ausquels il en appartenoit , ' à durer trois ans par terre et par mer ; et chantoient ainsi les paroles qui en la chartre estoient contenues , que quiconques Fenfrainderoit ou briseroit , par quelque manière ou condition que ce fuist , il estoit tenu comme trahitre et * escheu ' en peine de pugnition mortelle. Et pour ce que le seigneur de Coucy estoit souverain capitaine esleu par le roy, et son conseil à garder et defibndre les loingtaines marches entre la rivière de Dourdonne et la mer et tout le pays d^Auvergne et de lâmosin , on luy lisi tout au long devant luy ; et puis luy furent baillies et délivrées pour monstrer, se mestier faisoit, à tous ceulx qui à rencontre Touidroient riens dire, ne aler, * pour quoy * ceulx de Ventadcur » de Calttset , * d*Orbest^ , d^Ousach et des garni-
• A tçsToir. — " Enchen. — •-• Par.. — •■' D^Orbaii.