‹ Œuvres de FroissartChapitre 5 sur 75 · S6 LOUIS D ANJOU · texte numérisé non relu

S6 LOUIS D ANJOU

sons qui faisoient guerre d'Anglois, ne s'en peuissent excuser , se, en la paine qui mise y estoit, par leur ooulpe ils y eschéoient.

Pareillement le mareschal de France messire Loys de Sanssoirre les vey et oy lire et en eut la copie , et bien luy besongnoit , car il estoit regard et souverain des loingtaines marches de Languedoch , mouvant de la rivière du Rosne et du pont d^Âvignon en advironnant les séneschaussies que je vous nommeray , où moult de terres et de seignouries appendent, jusques à la rivière de Dourdonne : premièrement la sénescbaussie de Carcasonne , la séneschaussie de Thoulouse , la sénescbaussie de Roergue , la sénescbaussie de Caoursin , la sénescbaussie d*Agen ^ , la sénescbaussie de Bigorre , la sénescbaussie de Pierregortb et la sénescbaussie de Limoges. En ces séncscbaussies avoit encoires plusieurs fors et garnisons qui petitement vouloient obeyr à trêves, ne à pais, mais tendoient tousjours à faire guerre , tels que ceulx de * Catetulier * et du fort cbastel de Lourde séant en Bigorre sur les frontières de Berne, et trop fort les doubtoient et ressongnoient les pays voisins.

En ce temps estoit traittié le mariage de Louys d*Ângou lequel s'escripvoit jà roy de Naples , de Sécille et de Jbérusalem et conte de Prouvence , à la fille du roy Piettre d'Arragon. Si vint la royne de Naples sa mère en Avignon veoir le pape Clément , et y trouva le seigneur de Coucy et amena en sa compaignie son jeune fils Loys. Le sire de Coucy fut mouH lye de sa venue. La royne dessus nommée

* Et de Qoercj. ^ *-* Chattel-Toilier.

ÉPOUSE TOLANDB d'aRAGON. 27

fht du pape Clément et de ses cardinaulx recueillie trèsnotablement , car bien le valoit , et sachiés que ce fut une dame de grant fait et de très-grant pourchas , car point ne dormoit en poursieuvant ses besongnes. Si fut prié le deigneur de Coucy de aidier à convoier son fils ens ou royaulme d*Arragon , et estre delés luy tant comme il auroit espousé. Le seigneur de Coucy ne luy euist jamais refifusé , ainchois se ordonna de tous poins pour aler en Arragon , et s'ofiry encoires et dist ainsi : « Certes madame , je ne fey voiage , passé sept ans , plus voulentiers que je feroie celluy d*aller ^ ens es marces de Sécille et de Napples * avecques monseigneur vostre fils , se le congié avoie du roy nostre sire. » — a Grant mercis , seigneur de Coucy , dist la ' dame ^ , nous veons bien Tostre Toulenté , mais à présent il nous souffist, se vous aies avec nostre fils jusques en Arragon , et la royne d*Arragon vous verra voulentiers , car vostre fille a espousé son frère messire Henry de Bar. » Le sire de Coucy s accorda à ce voiage bien liement. Le jeune roy de Sécille se mist au chemin bien accompaignié de bons chevalliers et escuiers , et le sire de Coucy en sa compaignie , quant il eut prins congié au pape et à sa mère tout en pleurant ; et bien y avoit raison au départir que la dame et son fils euissent les coeurs destrains, car ils aloient en ung loingtain * voyage * et eslongoient l'un l'autre ^ , et si ne sçavoient mais quant ils se verroient , car il estoit ordonné que , le mariage fait , ils monteroient en mer (le jeune roy et la jeune royne) au port de Barselonne et s'en yroient au plus droit comme ils pourroient pour arriver au port de Naples ou là ' près.

•-• Josqnes en Aragon. — •-* Royne. — •■• Pays. — * Moult grandement. — 'Au ploa.

S8 LOUIS d'aiuoc

Tlmt exploitta Is jimie roy de SéciUe qui! paaea Monpellier et Bésiert et Tint à Nerbonne , et là trouva le oonte de Nerbonne qui le reohupt lyement et tontee ses gens âutsi. Si se niffi^esdiirent eols et leore che?aiilx img jour « et puis se partirent et prindrent le chemin de Perpignan : e*est la première yille du royaulme d*Ârragon. La venue du jeune roy Loysestoit bien soeue en la court du roy d*Arragonet delà royne. Si avoient envoyé devant leurs gens pour enls recepvoir et festoier, ainsi comme il appartenoit ; car partout 4>ù ils venoioit, passoient et arreetoient , ilsestoient délivres etdeflfraiés.rtlesconduisoientle viscont» de Roquebertin et messire Raymon de Baghes. Tant chevauchèrent qulls vindrent en la dté de Barselonne, où le roy, la royne et leur fille estoient. Si fîit le jeune roy Loys recueillie A très-liement et bénignement * ; et par espéoial la royne d*Arragon fat ' moult fort ^ resjouye de la venue du seigneur de Couoy , et en sceut à son fils, qui devoit estroi très-bon gré de tant qu*il Tavoit amené en sa compagnie , et bien dist que tout le demeurant en valloit grandement mienlx.

Ce mariage se fist et conforma entre ces deux enfians « mais, pour tant que Tyver approuchoit , ïen détria leur voyage de euls mettre en mer ; car par yver les haultes mers sont feUes et périlleuses. Si fut dit que Ten feroit les pourvéances cel yver tout bellement, et au mars qui venoit, ils passeroient oultre.

LesiredeCouqr, luy estanten Ârragon devers le roy et la royne qui le veoient moult voulentiers, rechupt lettres du roy de France et fat mandé de retoum«r * arrière *. Il prist congié au roy d*Arragon et à la royne et au jeune roy de

tji

MoqH rieliemeiit. — *^ Trop. — ^ Par Avigaoa<

iPOCSB TOLAia>B d'àragon. 99

MdUe et à sa femme et aux seigneurs d'Ârragon qui là eitoieat , et puis se mist au retour , et euist prins le loisir de retoamer par Avignon , mais il s'envoya excuser an pape et à la royne de Naples ets*en retourna par Auvergne ens ou royanlme de France*

Quant le mariage fîit fiât du jeune roy de Sécille et de la royne flUe du roy Piettre d*Arragon , parmy le mariage Aûsant , il y eut entre les parties grandes aliénées , et dévoient les Arragonnois à une quantité de galléee servir et aidier le jeune roy de Sécille et de Jhérusalem et mener ens ou royaulme de Naples et non laissiar tant qu'il seroit tout an dessus et asseur de Naples, de Sëdlleetdes appendances Puille et Galabre et la cité de Gaiette où Marguerite de Duras se tenoit , qui luy faisoit guerre et qui damoit avoir droit & ^ Téritage dessus nommé *, et le dévoient les Arragonnois servir à deux cens lances à leurs * coQstenges ^ et '^ deux mil * arbalestriers et mille brigans.

Quant la doulce saison de mars fut venue et que les vens se commencèrent à appaisier , et les eaues de leur fureur à retraire , et les bois à raverdir , et que les pourvéances fturent fisdttes à Barsdonne sur les gallées » et tous ceulx venus et appareilliés, qui avec le jeune roy Loys dévoient aller et voiagier , le jeune roy Loys et sa femme prindrent oongié au roy d*Arragon et à la royne qui tout en plourant leur donna , et fut de la bouche de la royne sa fille recommandée au conte de Rodôs , ung moult vaillant chevallier, et à messire Raymond de Baghes. Ces deux en prindrent la charge par espécial , quoyque le conte ^ de Durgel ' et le conte de la Lune fuissent en bon arroy en la compaignie et ou chemin du convoy. Si furent sur les gallées bien quinze cens lances , deux mille arbalestriers et deux mille

Che paji. — •-* CotiBtages. — " MiUs. — " D'Urgel.

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gros varlets aus lances et aus pavais, et s'en aloient ainsi forteflés de bonnes gens d'armes et d*archiers et de bon conseil pour mieolx résister à rencontre de leurs ennemis » et pour la doubte des rencontres sur mer qui bien se povoient faire, car le chemin par mer de Barselonne dont ils partoient, tant que on soit en Naples , est moult long , et Marguerite de Duras leur adversaire povoit bien sçavoir aucunes choses de leurs besongnes : pour ce vouloient-ils estre au-dessus de leurs emprinses.

Nous nous souffrerons à parler pour le présent du jeune roy de Sécile et parlerons des besongnes de France , car c*est nostre principale matière , et des incidens qui y sourdirent.

Vous devés scavoir que assés tost après que ceste grant feste eut esté à Paris , sicomme il est cy- dessus contenu , et que les choses furent appaisics, et les seigneurs et les dames retrais et ^ revenus * chascun et chascune en son lieu , et que le roy de France vey qu'il avoit trièves aux Ânglois trois ans advenir , il ot dévotion et ymagination de visiter son royaulme , voire les loingtaines marches de la Languedoch ; car le sire de la Rivière et messire Jehan le Mercbier, qui en ce temps estoient les plus prochains de son destroit conseil , luy enhortoient et disoient que bon seroit qu'il s*allast esbatre jusques en Avignon et veoir le pape ' et les cardinaulx qui le désiroient fort à veoir , et aussi de ce voiage il alast oultre jusques à Tboulouse ; car ung roy en sa jeunesse devoit visitter ses terres et congnoistre ses gens et sçavoir et apprendre comment ils

*-■ Remis. — * CléoMiit.

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