LE ROI DE FRANCE
« les guerres ne leur fuissent si très-fortes venues sur ' les « mains * , et,' se nous y mettons bonne action , la paix ff en TËglise et nous en ordonnance de paix ou de longues ff trièves entre nos adversaires les Anglois et nous , vou- « len tiers entendrons à faire ce voyage, n
Ainsi se devisoit et parloit le roy de France à son oncle le duc de Bourbon et au seigneur de Coucy , et àemoura la chose en celle estât. Si retournèrent petit à petit les voiagiers qui ens ou voyage de Barbarie avoient esté , en leurs lieux , et le roy se tenoit ounyement pour lors à Paris , une fois au chastel du Louvre , à l'autre fois au bel hostel de Saint-Pol , ouquel hostel madame la royne Ysabel 88 tenoit.
Or advint en celle saison environ la Saint-Andrieu jsnssieavant que tous chevalliers et escuiers furent retournés du voiage de Barbarie et que ' Ten ne sçavoit de quoy parler ^ , d*un autre voyage promeu fut en lliostel du roy de France , et ne vous sçaroie pas dire dont la promotion vint premièrement ; mais le roy de France qui grant affection avoit 'en * armes , fut conseillié et enhorté , et luy fut dit ain^ : « Sire , vous avés dévotion et ymagination « très-grande , et bien le veons , de aler oultre mer sur ff les Sarrazins et de conquerre la Sainte-Terre d*oultre ff mer. » — « C'est vérité , respondy le roy ; toutes mes « pensées nuit et jour ne senclinent ailleurs. » Et ^ croy *, selon que je fais pour lors infourmé , que ce ' furent le '^ sire de la ^' Rivière '* et messire Jehan le Merchier, car ils estoient '' bien decelluy qui se nommoit pape Clément, lequel
Leur rojanme. — ^ * Toot le monde ne cetsoit d*en parier. — Aux. — *-• Trop est Toir. — ••• Fut par le conseil du. — " " Trimoille. — •• Trop.
se tenoit en Avignon *. Et tout ce que deux vouloient , il estoit fait sans moyen nul devers le roy, Dont respondirent ceulx qui parloient et, devisoient au roy pour lors , et dirent : « Sire , vous ne povés à conscience bonnement « faire ce voyage , se TÉglise n*est à ung. Si commenciés « au chief, et vostre emprise ara bonne conclusion. » — « Où 0 voulez-vous que je commence? » dist le roy. — a Sire, « respondirent ceulx , pour le présent vous n'estes de rien a chargié , ne ensonnyé. Vous avés triëves aux Anglois « pour ung grant temps. Si povés faire , se vous voulés , « la triève durant , un moult bel voyage ; et nous ne veons <( plus bel , ne plus raisonnable pour vous que vous alliés « vers Romme à puissance de gens d'armes , et destruisiés « cel antipape Boniface que les Rommains ont de force et' tr par erreur créé et mis ou siège cathédral Saint-Pierre 0 de Romme. Se vous voulés , vous accomplirés trop bien <c tout ce fait , et mieulx vous ne povés employer vostre « saison ; et * espoir ' , se cel antipape et ses cardinaulx a scèvent que vous veuUiés aler sur euls à grosse armée , « ils se mettront et rendront tous à merchy. »
Le roy pensa sur ceste parole , et dist que il y entendroit , car voirement , tout considéré , il se tenoit trop grandement tenu au pape Clément ; car f année passée il avoit esté en Avignon où le pape et les cardinaulx trèsexcellentement l'avoient honnoré et donné plus que il n euist demandé, à luy, à son frère et à ses oncles. Si s'ensieuvoit bien que il luy en * remersist * le guerredon , et aussi au département de Avignon il avoit dit et prommis au pape que il pourverroit à ses besongnes et y entendroit tellement que on s'en percheveroit , car il si sentoit tenu et vouloit estre.
* Et le pape d'eulx. — '*' Sachiét que. — ** Remérist.
282 LE EOI DE PRANCE
Pour ces jours estoient à Paris le duc de Berry et le duc de Bourgoingne. Si fut proposé et dit gënérallement et accorde que tantost à ce mars qui approuchoit , le roy de France se départiroit de Paris , et se mettroit au chemin pour aler vers Savoie etLombardie, et enmenroit le ' conte*, de Savoie son cousin germain aveuc luy , et devoit avoir le roy de sa charge son frère le duc de Thouraine à quatre mil lances , le duc de Berry à deux mil lances , le duc de Bourgoingne à deux mille lances , le connestable de France À deux mil lances de Bretons et de Saintongiers et des basses marces , le duc de Bourbon à mil lances , le sire de Coucy et le conte de Saint-Pol à mil lances. Et dévoient ces gens d^armes estre paies et délivres pour trois mois , et ainsi de terme en terme. Quant ces nouvelles furent venues et sceues en Avignon au pape ' et aux cardinaulx , si furent grandement resjoys , et leur fut bien advis que leur besoingne estoit ainsi comme achiévée.
Encoires estoit propose ou conseil du roy et advisé pour le meilleur , pour ce que Ten ne vouloit point le duc de Bretaigne laissier derrière , que le roy le manderoit et prieroit qu'il s ordonnast pour aler ' en ce voiage * contre ^ luy. Le roy luy manda et escripvy • notablement ' et luy envoia ses lettres par ung de ses huissiers d'armes , homme d'honneur , et luy signifioit par le contenu de ses lettres tout Testât et ordonnance d*icelluy voiage. Quant le duc de Bretaigne ot leu les lettres que le roy luy envoioit , il se tourna d'autre part et commença à rire et appella le seigneur de * Monbouchier ^ qui estoit en sa présence , et luy dist : « Regardés et entendes que monseigneur m'escript. « Il a entreprins de à ce mars partir de France et che-
•-• Duc. — • Clément — * • Aveuc. — • ' Amiablement.— • • Mont bonrchier.
« vaEachier vers Romme et de destruire par puissance de <( gens d*armes quil veult mener en sa compaignie , le a pape Boniface et les cardinaulx. Si m*ait Dieu et les « sains , il n'en fera rien. Il aura temprement autres « estoupes en sa quenouille. De ce que fol pense , assés <c remaint. Et me prje que je luy vueille tenir compaignie (( à deux mil lances en ce voiage. Je le vueil de tant bien « honnourer et doy , que de luy rescripre. Je luy rescrip- « ray liement affin que mieulx se contente. Et , se il va ou 0 voyage dont il m*a escript , il ne yra pas sans moy « a puisque il veult que je luy tiengne compaignie ; mais , je « vous dy , sire de Moubouchier , que je n en traveilleray tt jà homme des miens , car de tout ce que ils ont proposé « et * proposent * , il n'en sera rien ^. »
Le duc de Bretaigne rescripvy unes lettres moult belles et moult doulces au roy de France , et les apporta l'uissier d'armes qui les autres avoit apportées , et retourna devers le roy à Paris. Si luy bailla les lettres du duc de Bretaigne. Le roy les ouvry et lisi et se contenta assés du contenu en icelles et de la response du duc.
A Tapparant que on veoit * le propos du roy , se tenoiton , ne nuls ne le contredisoit , mais plaisoit moult grandement à tous chevalliers et escuiers du royaulme de France et des tenures de France pour ce que ils en pensoient mieulx à valloir. Et pour mieulx employer leur saison , se ordonnoient toutes gens d'armes sur cel estât , et meismement le clergié par les provinces se vouloient taillier et ordonner pour envoier à leurs ^ coustages * à Romme de leurs gens avec le roy. Or ^ retourna • ce voyage tout à néant , sicomme le duc de Bretaigne le avoit proposé , et je vous diray par quelle incidence.
Dit — • Fait. — * La voalenté et. *— ••• Despemi. — *•• Tourna.