‹ Œuvres de FroissartChapitre 42 sur 75 · AMBASSADEURS ANGLAIS · texte numérisé non relu

AMBASSADEURS ANGLAIS

Environ la Ghandelleur vindrent autres nouvelles au roy de France et à son conseil, dont Ten ne se donnoit de garde, ne point on ne pensoit sus , ne avoit pensé. Le conseil du roy d'Angleterre et * le plus prochain * qu'il euist et le plus privé de sa chambre furent envoies en très-bon arroy et moult estofféement à Paris devers le roy de France , et de celle légation estoient les souverains messire Thomas de Persy, messire Loys de Clifibrt et messire Robert Bricquet. Encoires y avoit-il des autres chevalliers en leur compaignie ; mais je n'en oy pour lors plus nommer.

Quant ces trois chevalliers d'Angleterre et de la chambre du roy furent venus en la cité de Paris, il en fut très-grans nouvelles. Si estoit bien leur venue au devant signifiée au roy de France , car le roy d'Angleterre luy avoit rescript et envoyé lettres par certain message en luy faisant savoir que il envoyeroit prochainement pardevers luy à Paris de son plus espécial conseil , et que il s'i laissast trouver. Si désiroit* forment le roy de France sur la fourme et teneur de ces lettres de savoir quel chose ce pourroit estre que le roy d'Angleterre pour le présent si hastivement vouldrbit traittier et proposer.

Si descendirent ces chevalliers d'Angleterre messire Thomas de Persy et les autres en la rue que on dist à la Croix-ou-Tiroy à l'ostel et enseigne du Chastel-Festu , et là se logièrent. Pour lors le roy de France estoit ou chastel du Louvre , et son frère le duc de Thouraine avec luy , et ses trois oncles en leurs hostels à Paris, et le connestable messire Olivier de Glichon.

Le jour que les Anglois vindrent à Paris , ce fut après nonne. Si se tindrent à Paris tout ce jour et la nuit enssieuvant À leur hostel sans point yssir hors. A l'endemain sur

Let pluB prochAim.

le point de noeuf heures ils montôrent tous à cheval moult honnourablement et s*en alèrent au Louvre devers le roy qui les attendoit, son firère et ses oncles aveuc luy, le conte de Saint-Pol aussi , le sire de Coucy , le connestable de France , messire Jehan de Vienne , messire Guy de la Trimouille et plusieurs autres barons de France. Ils descendirent en la place devant le chastel et entrèrent en la porte. Tout premièrement ils trouvèrent le seigneur de la Rivière, messire Jehan le Merchier , messire Élyon de Lignach , messire Pierre de Villers , messire Guillemme de la Trimouille et messire Guillemme Martel qui les recueillièrent comme les chevalliers de la chambre du roy ^ et les emmenèrent là dedens moult doulcement en une belle chambre où le roy les attendoit. Quant ils furent là venus , ils ostèrent leurs chapperons et s*enclinèrent tout jus.

Messire Thomas de Persy tenoit les lettres de créance que le roy d'Angleterre envoioit au roy de France ; si les bailla au roy qui les prist , et en prendant il âst lever les chevalliers *. Quant ils furent levés , ils se trairont arrière, et le roy ouvry les lettres et les lisy , et bien vey que il y avoit créance. Si appella son frère ' et ses oncles et leur monstra les dites lettres. Adont dirent ces seigneurs qui là estoient : « Monseigneur, appelles les chevalliers, et sachiés a quel chose ils veulent dire. » Le roy le âst. Les chevalliers anglois furent appelles et demandés ^ quel chose ils vouloient dire.

Messire Thomas de Perssy parla et dist ainsi : a Chier « sire , rintention de nostre seigneur le roy d'Angleterre a est telle que voulentiers il verroit que de son plus espécial « conseil tels que ses oncles monseigneur de L^mcastre et

* D'Angleterre. — ' Qui les avoient présentées. — * Le dnc de 'Aaraine. — * De la créance.

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« monseigneur dTOTch et monseigneur de Glooestre et « aucuns prélats d^Ângleterre « là où le pays d'Angleterre « de sens ' le plus se confie, fuissent en la présence de vous f et de Yoatre conseil assés prochainement sus fourme et « estât de tndttië de paix. Et, se par aucune voye convena- « ble et raisonnable on povoit entre vous et luy vos con- « joinds et vos ' adbers ' trouver moyen et conclusion de f bonne paix , il en auroit ^ grant joye , et ne plainderoit i point la peine , ne le traveil de luy , ne de ses hommes « pour venir ou pour envoyer souflSsamment les dessus « nommés par dechà la mer , fuist en la terre d*Amiens où f ailleurs , là où Tassignation sera fiBiitte. Et sur cel estât f sommes-nous çy venus et envoies pour en sçavoir vostre f entente. »• — « Messire Thomas , respondy le roy , vous f nous soies le bien venu , ft de vostre parole avons-nous « grant joye. Vous ne vous partirés pas si très-tost de f Paris , et nous en parlerons à nostre conseil. Si vous en « ferons response si très-eonvenable avant vostre départe- « ment , que bien vous devra souflSre. » De ceste response se contentèrent les Anglois très-grandement.

Adont le roy entra en autres paroles , et puis vint Feure du disner. Lies chevalliers d^Angleterre furent retenus pour disner en Fostd du Louvre et * rechargiés * au seigneur de Coucy et au seigneur de la Rivière, lesquels les prindrent et les menèrent en une chambre parée et ^ atoumée * moult richement , et là avoit-on couvert une table pour euls. Si y disnèrent bien et par loisir , et leur feirent compaignie à table le connestable de France et le sire de Coucy ; et quant ils eurent disnë , ils retournèrent en la chambre du roy , et là furent tant que on apporta vin et espices ea

* Et crédenoe. — *^ Adhérent. — > * Moult. — ** Bailliés en charge, — '-• Ornée.

grans drajgeoirs d'or et d'argent. Le vin et espices prinses , les chevalliers d'Angleterre prindrent congié au roy et aux seigneurs et se départirent de la chambre ; puis avalèrent les degrés et vindrent en la place et montèrent sur leurs chevaulx et retournèrent en leur hostel.

La venue de messire Thomas de Perssy et des chevalliers d'Angleterre et les nouvelles que ils avoient apportées, pleurent ^ moult grandement * au roy de France et au duc de Bourgoingne ' et à plusieurs autres du conseil du roy , et non pas à tous et par espécial à ceulx qui aidoient à soustenir le pape d'Avignon ; car ils veoient bien que par ces nouvelles et par ces traittiés qui se commençoient à entamer où le roy de France se endinoit , entre le roy de France et le roy d'Angleterre , ^ retarderoit grandement le voyage qui estoit emprins pour aler à Romme et destruire pape Boniface et les cardinaulx et retourner à la crédence et subjection du pape Clément d'Avignon. La chose estoit si haulte et si belle du traittié de la paix ^ et tant touchoit pour le prouffit commun de toute crestienté que nuls n'osoit parler du contraire ; et le duc de Bourgoingne et son conseil aveuc le roy et son frère * et le duc de Bourbon estoient tout en ung.

Le roy âst très-bonne chière à messire Thomas de Perssy et aux Ânglois ; mais en leur compaigme avoit ung chevallier lequel on appelloit messire ^ Robert * Bricquet que il ne veoit pas trop voulentiers pour tant que il estoit de la nation de son royaulme de France , * et '® tousjours avoit esté ou navarrois ou anglois , et encoires estoit-il de la chambre du roy d'Angleterre. Si s'en dissimuloit " tout ce qu'il povoit assés sagement '* ; mais quant il parlementoit à

'** Qrandement bien. — ' Son onde. — ^ Sa. — * Qui s^eottiiioit et proposoit. — 'Le duc de Thourainne. — '"• Jehan. — •-*• Où. — " Le roy. — " Che qu'il poToit.

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