AUX OBSÈQUES DE LAGUERRE
Comptes rendus de l’Academie des Sciences, t. 103, 1886, p. 425.
L'École Polytechnique perd une de ses gloires. Pendant vingt-deux ans, Laguerre lui a prodigué son rare talent, son zèle infatigable. I la représentait aux yeux de cette jeunesse, chaque année plus nombreuse, qui, dans un loyal concours, brigue, à force de travail, l’entrée de notre grande École. Devant ce public déjà très clairvoyant, l'École Polytechnique, placée si haut dans l'opinion, grandissait encore, représentée par Laguerre.
Tous connaissaient sa science presque sans limite, comme aussi la loyauté, les scrupules qu’il apportait à ses jugements. Mais qui soupconnait seulement son extrême bienveillance, je dirai presque sa tendresse pour cette jeunesse d'élite? Qui, sauf ses collègues, dont tant de fois il a su adoucir ou changer le verdict?
Cette grande douceur se dissimulait parfois sous des dehors austères, qui le faisaient redouter un peu, bien à tort.
C’est là d’aulleurs un trait essentiel de sa physionomie morale : son cœur ne livrait pas facilement ses trésors.
Les amis qui ont pu y pénétrer éprouvent à ce souvenir une ineffable tristesse... |
Au nom de l'Académie des Sciences et de l'École Polytechnique, j'adresse à Edmond Laguerre un suprême adieu.
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