VI BRIOSCHI
manifesterons à l’Académie des sciences de l’Institut de France. où Halphen avait pris une place considérable, la part que nous prenons au deuil que lui cause cette perte cruelle.
Un des historiens modernes les plus illustres, dont le nom est répété également dans l’Europe et dans l'Amérique, tant est puissant l'intérêt de son œuvre, Green, l'historien du peuple anglais, s'exprime. ainsi dans la conclusion de la préface où il explique la méthode qu'il a suivie dans son travail. : « J'ai placé Shakespeare parmi les héros du siècle d’Élisabeth et Les découvertes scientifiques de la Société royale à côté des victoires de Cromwell (1). » Gertes, on peut envier une nation chez laquelle on conçoit et l’on écrit l’histoire avec un programme aussi élevé, avec une conscience aussi entière de l’avenir de l’humanité, et où l’on juge d’un point de vue aussi haut l’ensemble de ces qualités. Mais c’est à nous, à nous les ouvriers de la science, qu'il appartient de mettre en pleine lumière et à leur vraie hauteur toutes les manifestations scientifiques destinées à durer; c'est nous qui avons l'obligation de rendre un juste hommage au nom de ceux qui ont largement contribué au progrès scienufique, le devoir d’honorer les premiers la chère mémoire de ceux qui disparaissent.
Georges-Henri Halphen est né à Rouen le 30 octobre 1844. Tout enfant, à quatre ans, il perdit son père; peu de temps après, sa mère l’emmena à Paris. Il fit ses études au lycée Saint-Louis : il obtint les plus hautes distinctions dans ses classes et même au concours général. Il fut admis à l'École Polytechnique en 1862, et les aptitudes naturelles qu'il avait pour les mathématiques se développèrent rapidement; en seconde année, son esprit pénétrant, sa rapide intelligence avaient déjà excité l'admiration de ses maîtres et de ses camarades.
À sa sortie de l'École Polytechnique, il entra dans l’arme de Partllerie : là, pendant la guerre de 1850-1831, pendant le second siège de Paris, 1l donna, sur les champs de bataille, les preuves d’une bravoure qui lui valut la croix de chevalier de Ia Légion d'honneur. I fut ensuite attaché à la Direction générale de l’Artllerie et nommé
(1) «Thave set Shakespeare among the heroes of the Elizabethan age and placed the scientific inquiries of the Royal Society side by side with the victories of the New (Model. » Green, Short History of the English People, Preface Lo the first edition.)
NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE G.-H. HALPHEN. VIT en 1873 répétiteur d'analyse à l'Ecole Polytechnique : il occupa ces fonctions pendant quatorze années, les trois dernières en qualité
d’examinateur d'entrée.
En 1852, il épousa M'!° Aron, dont il eut quatre fils et deux filles (!).
Pour les qualités morales, dont Halphen était si richement doué, je ne puis mieux en parler qu’en vous citant un fragment de la lettre que m'adressait récemment M. Henri Aron, adjoint au maire du 1° arrondissement de Paris, son beau-père, qui a bien voulu, sur ma prière, me communiquer les renseignements que je viens de donner : « Fils affectueux et tendre, écrit M. Aron, le meilleur des époux et des pères, le plus noble et le plus chevaleresque des caractères, c’est un savant dont la France s’honorait, un soldat valeureux, un homme d’une modestie parfaite, doux aux faibles et à ses inférieurs, que pleurent sa famille inconsolable et ses nombreux amis. Nommé membre de l'institut en 1886, à la presque unanimité des suffrages, il avait été, 1l y a quatre ans, promu officier de la Légion d'honneur; il venait d’être nommé membre du Conseil de perfectionnement de l’École Polytechnique; il allait être élevé au grade de lieutenant-
l colonel d’artillerie. »
J'en ai fini avec l’homme; permettez-moi de m’étendre un peu plus sur le savant.
Son œuvre est si variée, si étendue, qu'il est malaisé d’en faire le compte dans ces courtes pages. Déjà, en 1885, quand l’Académie des Sciences lui conférait le prix d’Ormoy pour les sciences mathématiques, M. Jordan, rapporteur de la commission, la définissait ainsi : «L'œuvre de M. Halphen est très considérable. Parmi les quatrevingt-dix mémoires dont elle se compose, plusieurs forment de véritables volumes de 200 à 300 pages in-4°. Ils se distinguent par des qualités de premier ordre : les questions traitées sont toujours importantes et difficiles; les solutions, élégantes et rigoureuses, ne sont jamais abandonnées à moitié chemin; les applications sont variées et intéressantes. »
Cette œuvre, déjà si considérable il y a quatre ans, s’est singulièrement augmentée depuis lors : c’est en effet à cette dernière période qu'il faut assigner cet admirable Trarté des fonctions ellip-
(!) [Une troisième est née postérieurement à la rédaction de cette notice.]