Oeuvres de Gilbert
JNicolas-Joseph-Laurf.> tt GILBERT naquit en 1731 à Fontenai-le-Chàteau, près de Remiremont en Lorraine, d'une famille pauvre, qui eut le malheur de regarder l'éducation littéraire comme une ressource pour un enfant qui n'en avait point d'autres. Ses parens pouvaient faire de leur fils un ouvrier, qui vivrait paisible encore du travail de ses mains, et qui jouirait d'une douce obscurité , à l'abri de la haine et de l'envie. Ils eurent le tort chèrement expié de l'exposer à l'infortune et aux horreurs d'une mort prématurée à laquelle il ne manqua aucune espèce d'angoisses. Non contensde lui avoir procuré le premier enseignement dans les écoles qui étaient à leur portée, ils épuisèrent leurs derniers moyens pour l'envoyer terminer ses études au célèbre collège de l'Arc, dans la ville'de Dole. Ii y a peu d'années que
le professeur qui avait enseigne à Gilbert les règles de la versification française, et qui
n'existe plus maintenant, se flattait d'avoir fait des poètes de tous ses écoliers, un certain Gilbert excepté. Ce Gilbert était précisément le grand satirique de notre siècle, qne des inégalités, des fautes de goût, des incorrections, des bizarreries, des taches I rop nombreuses enfin , n'empêcheraient pas d'être cité parmi les premiers poètes de son temps, et peut-être avant eux, si au lieu d'avoir eu des philosophes pour adversaires, il les avait eus pour amis. Il était fort maladroit de s'attaquer aux hommes qui font les réputations en France, depuis que l'esprit de sophisme a usurpé les droits et l'empire de la morale; et c'est ce qui arriva à Gilbert, soit qu'un mouvement de dépit ou un simple caprice ait déterminé son choix ; soit, comme j'aime mieux à le croire, qu'il ait généreusement sacrifié les intérêts de sa fortune à ceux de sa conscience. Il faut saw>ir quelque gré de ce genre d'abnégation aux hommes doués d'un certain talent, qui ont préféré le dédain, la proscription, la