‹ Œuvres de GilbertChapitre 2 sur 41 · SI R GILBERT · texte numérisé non relu

SI R GILBERT

misère pour l'amour de la vérité , à la faveur d'un parti qui mène à tout ce qui entoure" ses créatures les plus méprisables d'autant de renommée qu'il leur plaît d'en exiger; d'un parti qu'on n'a jamais attaqué impunément, qu'on n'a jamais servi inutilement , et qui aujourd'hui, comme alors, est maître de flétrir la vie, de paralyser le génie d'un homme de bien, et d'élever aux nues la réputation d'un libellisre, dont tout le mérite consiste dans un dévouement servile aux principes de la secte.

On assure que Gilbert arriva à Paris sans autre ressource que les vers dont se compose son début poétique* . Lui seul, du moins dans la confiance d'une jeunesse inexpérimentée, put regarder comme une ressource auxiliaire je ne sais quelle recommandation qui lui avait été donnée pour d'Alembert. Celte erreur ne dura pas long- temps : ii trouva dans les apôtres de la nouvelle philosophie des âmes sèches, froides, inexora-

1771, in-8 , et 1772, même format , augmenté 'l'un rhant tfAbel et d'autres ouvrages.

blés, qui usaient leur philanthropie d'apparat en brochures sentimentales, et qui n'en gardaient rien pour soulager en secret le malheur : école d'hvpocrisie et de mensonge , qui n'attestait l'humanité que pour séduire la confiance, qui n'a fondé que des ruines , et qui n'a pas laissé, pour compensation de tout le mal qu'elle a produit, la trace dune action honnête: Rebuté par les superbes protecteurs qu'on lui avait promis , Gilbert chercha un appui plus sûr dans ses propres talens; mais il ne savait pas que le talent lui-même était inutile quand i'1 ne> portait pas le sceau des philosophes, et qu'il n'avait pas reçu de ces tyrans de la littérature une sorte d'émancipation. Son ode sur le Jugement dernier, ouvrage très-inégal sans doute, mais que personne à l'Académie française n'aurait été alors capable défaire, ne fut pas même admise au concours. Cette disgrâce eut pour Gilbert l'avantage peutêtre funeste de lui révéler son véritable talent. Déjà le dégoût, la lassitude, la douleur lui avaient inspiré une première satire: c'était une plainte faible, dénuée de vigueur

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et de coloris. L'indignation dicta la seconde , et l'indignation fait les bons vers. Mais cette peinture énergique du Dix -huitième siècle , qui donna aux bons esprits la mesure du talent de Gilbert, n'était pas propre à le reconcilier avec les philosophes. On sait qu'ils se sont toujours empressés de faire cause commune avec ce siècle dépravé , chaque fois qu'il a été attaqué dans son esprit et dans ses mœurs. C'est une chose assez facile à comprendre : la corruption de la morale publique , le désordre , la confusion des idées , la décadence rapide des institutions, étaient en grande partie leur ouvrage, et ils avaient un certain intérêt à le défendre. Dès ce moment , Gilbert ne put rien produire qui ne fût frappé d'avance de leur réprobation ; et comme l'opinion était dirigée par eux d un bout à l'autre de la France , comme ils la gouvernaient , surtout dans les palais des grands dont ils étaient à la fois les instituteurs et les parasites ( car personne n'ignore que les systèmes destructeurs de la société , dont nous voyons aujourd'hui les effets, durent lew

premiers progrès à la classe même qui avait le plus de motifs appareils de les combattre), le poëte, repoussé de toutes les avenues de la fortune, resta sans protection, sans secours, et bientôt sans asile, au moins s'il faut les en croire. Le seul archevêque de Paris obtint pour lui une pension modique , que ces philosophes, si bien pensionnes, qualifièrent d'aumône, et dont il ne jouit que peu de temps avant de succomber à une affection mélancolique, naturelle ou accidentelle, qui avait pris le caractère de la folie , et qui fournit un nouveau texte à leurs injures et à leurs mépris.

On ne saurait croire combien ces philanthropes encyclopédiques, qui ont laissé tant de successeurs , avaient d'horreur pour la misère , avec quelle superbe insolence ils expriment leur dégoût quand il s'agit d'un infortuné , d'un malade , d'un fou qui est abandonné de sa famille ou qui n'en a plus. Il faut lire, pour en juger , une lettre de celui d'entre eux qui mérite le plus d'égards puisqu'il s'est repenti, de La Harpe, qui n'est pas plus excusable dans cette occasion que

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