‹ Œuvres de GilbertChapitre 10 sur 41 · LE JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT DERNIER

ODE

(Jcet.s Liens vous ont produits vos sauvages vertus, Justes ? vous avez dit , Dieu nous protège en père ; : Et partout opprimés, vuus rampez abattus Sous les pieds du méchant, dont l'audace prospère.

« Implorez ce Dieu défenseur ; En faveur de ses fils qu'il arme sa venge Est-il aveugle et sourd? est-d d'intelligence

« Avec l'impie et l'oppresseur?

MÉchajts, suspendez vos blasphèmes.

Est- ce pour le braver qu'il nous donne la voix ? Il nous frappe , il est vrai ; mais , sans juger ses lois, Soumis, nous attendons qu'il vous frappe vous-mêmes.

« Ce soleil, témoin de nos pleurs, Amène à pas pressés le jour de sa justice. « Dieu nous paiera de nos douleurs; Dieu viendra nous venger des triomphes du \ îce.

« Qu'il vienne donc ce Dieu, s'il a jamais été ! « Depuis que du Malheur les Vertus sont sujettes , « L'Infortuné l'appelle et n'est point écouté. « Il dort au fond du ciel sur ses foudres muettes.

« Est-ce là ce Dieu généreux ?

« Et vous pouvez encore espérer qu'il s'éveille ? " Allez, imitez-nous , et, tandis qu'il sommeille,

« Soyez coupables , mais heureux. »

Quel bruit s'est élevé? La trompette sonnante

A retenti de tous côtés; Et, sur son char de feu, la Foudre dévorante

Parcourt les airs épouvantés.

Ces astres teints de sang, et cette horrible guerre

Des vents échappés de leurs fers , Hélas! annoncent-ils aux enfans de la Terre

Le dernier jour de l'Univers?

L'Océan révolté loin de son lit s'élance ,

Et de ses fiots séditieux

Court, en grondant, battre les cieux.

Tout prêts à les couvrir de leur ruine immense. C'en est fait: l'Éternel, trop long-temps méprise ,

Sort de la nuit profonde Où loin des veux de l'homme il s'était repose : Jl a paru; c'est lui, son pied frappe le Monde,

Et le Monde est brisé.

Tremblez, humains: voici de ce juge suprême

Le redoutable tribunal.

Ici perdent leur prix l'or et le diadème:

Ici l'homme à l'homme est égal.

Ici la Vérité tient ce livre terrible

Où sont écrits vos attentats:

Et la Religion, mère autrefois sensible, S'arme d'un cœur d'airain contre ses fils ingrats.

Sortez de la nuit éternelle,

Rassemblez-vous, Ames des morts ;

Et, reprenant vus mêmes corps, Paraissez devant Dieu: c'est Dieu qui vous appelle.

Arrachés de leur froid repos , T.r.s Morts du sein de l'ombre avec terreur s'élancent, Et près de l'Eternel en désordre s'avancent , Pâles, et secouant la cendre des tombeaux.

< ) Sioh ! oh ! combien ton enceinte immortelle Renferme en ce moment de peuples éperdus ! Le Musulman, le Juif , le Chrétien, l'Infidèle, Devant le même Dieu s'assemblent confondus. Quel tumulte effrayant ! que de cris lamentables '■ Ciel ! quipourrait compter le nombre des coupables .'

Ici près de l'ingrat Se cachent l'imposteur, l'avare, Phomi< i

Et ee guerrier perfide Qui vendit sa patrie en un jour cie combat.

Ces juges trafiquaient du sang de l'Innocence

Avec ses fiers persécuteurs :

Sous le vain nom de bienfaiteurs, Ces grands semaient ensemble et les dons et l'offense. Où fuir , où vous cacher Pl'oeil vengeur vous poursuit, Vous, brigands, jadis rois, ici sans diadème. Les antres, les rochers , l'Univers est détruit :

Tout est plein de l'Etre-Suprème.

Coupables, approchez:

De la chaîne des ans les jours de la Clémence

Sont enfin retranchés.

Insultez , insultez aux pleurs de l'Innocence :

Son Dieu dort-il ? répondez-nous.

"Vous pleurez! Tains regrets! cespleurs font notre joie- A l'ange de la Mort Dieu vous a promis tous ,

Et l'Enfer demande sa proie.

Mais d'où vient que je nage en des flots de clarté!

Ciel ! malgré moi , s'égarant sur ma lyre , Mes doigts harmonieux peignent la Yolupté ! Fuyez, pécheurs, respectez mon délire.

Je vois les élns du Seigneur Marcher d'un front riant au fond du sanctuaire. Des enfans doivent-ils connaître la terreur lorsqu'ils approchent de leur père ?

Quoi! de tant de mortels qu'ont nourris tes bontés,

Ce petit nombre , ô Ciel ! rangea ses volontés

Sous le joug de tes lois augustes !

Des vieillards ! des enfans ! quelques infortunés ! A peine mon regard voit , entre mille justes ,

S'élever deux fronts couronnés.

Que sont-ils devenus ces peuples de coupables

Dont Sion vit ses champs couverts ?

Le Tout-Puissant parlait : ses accens redoutables

Les ont plongés dans les enfers.

Là tombent condamnés et la sœur et le frère , Le père avec le fds , la fille avec la mère ; Les amis , les amans , et la femme et l'époux , Le roi près du flatteur, l'esclave avec le maître; Légions de mécbans , honteux de se connaître, Et livrés pour jamais au céleste courroux.

Le Juste enfin remporte la victoire , Et de ses longs combats , au sein de l'Eternel ,

Il se repose environné de gloire.

Ses plaisirs sont au comble , et n'ont rien de mortel;

Il voit, il sent, il connaît, il respire Le Dieu qu'il a servi , dont il aima l'empire :

11 en est plein , il chante ses bienfaits. L'Eternel a brisé son tonnerre inutile ; Et d'ailes et de faux dépouille désormais , Sur les mondes détruits le Temns dort immobile.

ODE

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