ODE A. S. A. S. LE PRINCE DE SALM-SALM
(iE Soleil qui nous luit , le Monde entier l'appelle Roi des astres nombreux dont l'Olympe étincelle,
Et chef-d'œuvre du Tout-Puissant.
Est-il donc le plus grand des flambeaux de la Terre , Ou le plus élevé dans les champs du Tonnerre ?
Non , non ; mais il est bienfaisant.
Tel on distingue Salm dans la foule des princes : Qu'un autre sous ses lois compte plus de provinces,
Qu'il ait plus de rois pour aïeux ; Eh quoi ! de la grandeur sont-ce donc laies marques? S'il fait le moins d'heureux, le premier des monarques
Est le dernier devant mes yeux.
Le Hasard, des hauts rangs dispensateur suprême , Rarement aux héros qu'il ceint du diadème
Asservit cent peuples divers; Sur des trônes obscurs il cache leur naissance :
DE GILBEPa.
S'il avait aux. vertus égalé la puissance , Salm eut régné sur l'Univers.
Oh ! que d'infortunés partagent ses richesses ! Tout parle, tout est plein de se» vastes ïarg<
Son peuple en instruit l'étranger ; La mère à ses enfans se plaît à les redire ; Et vaincus par ses dons, les cœurs, sous son empire ,
Courent en foule se ranger.
Rois , vous foulez aux pieds les droits de la Nature ! Seraient-ils donc pour vous un vain son , une injure.
Ces noms et de frère et de soeur ?
Savez-vous honorer et chérir une mère ? Jamais, sans défiance, avez-vous pu d'un frère
Presser le sein sur votre cœur ?
Ces paisibles vertus, au peuple abandonnées, A mon héros aussi le Ciel les a données,
Pour embellir ses jours heureux ; C'est elles qui d'un prince annoncent la sagesse : Comment un fils ingrat , un frère sans tendresse
Serait-il un roi généreux?
J'ai vu, j'ai vu les Arts, toujours sûrs de lui plaire . Ainsi que des enfans auprès d'un tendre père.
Se rassembler autour de lui; Déjà les Muses même, .1 sa eom honorées.
rôa OEUVRES
Célèbrent leurs beaux jours sur des lyres dorées, Présens de leur plus cher appui.
Tant de vertus , ô Salm ! auront leur récompense : Nous payons tous les biens qu'un maître nous dispense
De dons égaux , mais différens :
Les grands sont les auteurs du bonheur du vulgaire Le vulgaire , à son tour, est le dépositaire
De la célébrité des grands.
Ju sais qu'à de faux dieux un vulgaire stupide A prodigué souvent un renom plus rapide
Qu'aux vrais dieux , ses appuis constans. Mais qu'est-il ce renom ? C'est le brait du tonnerre , Qui , volant tout-à-coup aux deux bouts de la terre ,
Dure à peine quelques instans.'
Ceux qui , par des bienfaits, assurent leur mémoire, Seuls, vainquenrs'deroubli,verront fleurir leur gloire
Jusque cbez nos derniers neveux :
Le peuple 5 en la voyant, baisera leur image; Et les Muse:; jamais ne loueront un roi sage
Sans lui donner leur nom fameux.
Mais qui pourrait prétendre à ce tribut d'estime, Quand ces Muses n'ont point, dans leur langue sublime.
Immortalisé ses hauts faits ?
Leur voix commande au Monde, en règle les suffrages,
DE GILBERT. io3
Et la Postérité ne porte ses hommages
Qu'aux pieds des dieux qu'elles ont faits.
Oh ! si tu dois un jour, protecteur populaire, Me prêter un abri sous l'ombre tntélaire
Dont tu couvres tant de mortels; Oui , je veux à ton char lier la Renommée , Et que la main du Temps, par mes chants désarmée.
Ne puisse briser tes autels.
Le Génie est semblable à la vigne fertile : Est-elle sans soutien? l'on voit sa tige utile
Ptamper en étendant ses bras :
D'un raisin égaré que son front se couronne , De poussière souillé , vert encore en automne .
On le bannit de nos repas.
D'tth orme généreux est-elle soutenue ?
Elle s'élève alors , suspend près de la nue
Ses fruits qu'ont mûris kjs beaux jours: Enivre les humains de sa douce ambrosie, Et quandrormeauvieillin'es' plus qu'un tronc sans vie Fleurit et l'embellit toujoui -.
io4 OEUVRES
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