‹ Œuvres de GilbertChapitre 14 sur 41 · ODE A. S. A. S. LE PRINCE DE SALM-SALM · texte numérisé non relu

ODE A. S. A. S. LE PRINCE DE SALM-SALM

(iE Soleil qui nous luit , le Monde entier l'appelle Roi des astres nombreux dont l'Olympe étincelle,

Et chef-d'œuvre du Tout-Puissant.

Est-il donc le plus grand des flambeaux de la Terre , Ou le plus élevé dans les champs du Tonnerre ?

Non , non ; mais il est bienfaisant.

Tel on distingue Salm dans la foule des princes : Qu'un autre sous ses lois compte plus de provinces,

Qu'il ait plus de rois pour aïeux ; Eh quoi ! de la grandeur sont-ce donc laies marques? S'il fait le moins d'heureux, le premier des monarques

Est le dernier devant mes yeux.

Le Hasard, des hauts rangs dispensateur suprême , Rarement aux héros qu'il ceint du diadème

Asservit cent peuples divers; Sur des trônes obscurs il cache leur naissance :

DE GILBEPa.

S'il avait aux. vertus égalé la puissance , Salm eut régné sur l'Univers.

Oh ! que d'infortunés partagent ses richesses ! Tout parle, tout est plein de se» vastes ïarg<

Son peuple en instruit l'étranger ; La mère à ses enfans se plaît à les redire ; Et vaincus par ses dons, les cœurs, sous son empire ,

Courent en foule se ranger.

Rois , vous foulez aux pieds les droits de la Nature ! Seraient-ils donc pour vous un vain son , une injure.

Ces noms et de frère et de soeur ?

Savez-vous honorer et chérir une mère ? Jamais, sans défiance, avez-vous pu d'un frère

Presser le sein sur votre cœur ?

Ces paisibles vertus, au peuple abandonnées, A mon héros aussi le Ciel les a données,

Pour embellir ses jours heureux ; C'est elles qui d'un prince annoncent la sagesse : Comment un fils ingrat , un frère sans tendresse

Serait-il un roi généreux?

J'ai vu, j'ai vu les Arts, toujours sûrs de lui plaire . Ainsi que des enfans auprès d'un tendre père.

Se rassembler autour de lui; Déjà les Muses même, .1 sa eom honorées.

rôa OEUVRES

Célèbrent leurs beaux jours sur des lyres dorées, Présens de leur plus cher appui.

Tant de vertus , ô Salm ! auront leur récompense : Nous payons tous les biens qu'un maître nous dispense

De dons égaux , mais différens :

Les grands sont les auteurs du bonheur du vulgaire Le vulgaire , à son tour, est le dépositaire

De la célébrité des grands.

Ju sais qu'à de faux dieux un vulgaire stupide A prodigué souvent un renom plus rapide

Qu'aux vrais dieux , ses appuis constans. Mais qu'est-il ce renom ? C'est le brait du tonnerre , Qui , volant tout-à-coup aux deux bouts de la terre ,

Dure à peine quelques instans.'

Ceux qui , par des bienfaits, assurent leur mémoire, Seuls, vainquenrs'deroubli,verront fleurir leur gloire

Jusque cbez nos derniers neveux :

Le peuple 5 en la voyant, baisera leur image; Et les Muse:; jamais ne loueront un roi sage

Sans lui donner leur nom fameux.

Mais qui pourrait prétendre à ce tribut d'estime, Quand ces Muses n'ont point, dans leur langue sublime.

Immortalisé ses hauts faits ?

Leur voix commande au Monde, en règle les suffrages,

DE GILBERT. io3

Et la Postérité ne porte ses hommages

Qu'aux pieds des dieux qu'elles ont faits.

Oh ! si tu dois un jour, protecteur populaire, Me prêter un abri sous l'ombre tntélaire

Dont tu couvres tant de mortels; Oui , je veux à ton char lier la Renommée , Et que la main du Temps, par mes chants désarmée.

Ne puisse briser tes autels.

Le Génie est semblable à la vigne fertile : Est-elle sans soutien? l'on voit sa tige utile

Ptamper en étendant ses bras :

D'un raisin égaré que son front se couronne , De poussière souillé , vert encore en automne .

On le bannit de nos repas.

D'tth orme généreux est-elle soutenue ?

Elle s'élève alors , suspend près de la nue

Ses fruits qu'ont mûris kjs beaux jours: Enivre les humains de sa douce ambrosie, Et quandrormeauvieillin'es' plus qu'un tronc sans vie Fleurit et l'embellit toujoui -.

io4 OEUVRES

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