ODE AU ROI
JtJLoi prodiguer aux grands de serviles hommages , Et dans mes humbles vers mendier leurs outrages ! Non, non; l'art des Neuf Sœurs est-il Fart de flatte! ? Hélas ! jamais ces grands leur daignent-Us sourire ,
Et d'une fleur parer la lyre
Qui s'avilit à les chanter?
Aitîsi ces dieux de bronze , enfans de l'Ignorance , Ouvrent les yeux sans voir celui qui les encense , N'entendent ni ses vœux, ni ses accords flatteurs, Dorment sur leurs antels quand l'homme les l'éclame.
Dieux vains , dont le culte diffame
Leurs insensés adorateurs.
Heureux qui , satisfait de lumières bon; A d'utiles travaux consacre ses années !
DE GILBERT. g 7
Ignorant le désir d'éterniser son nom !
Malheureux qui se voue aux Nymphes du Perrnesse, S'il ne possède pour richesse Qu'un grand cœur et son Apollon !
Ils ne sont plus ces jours où les Muses chéries , Sous l'appui des héros , par des routes fleuries , Ainsi qu'à la fortune arrivaient aux honneurs : Sur le Monde en tyran le Yice altier domine,
Et des arts toujours la ruine
Suit de près la perte des mœurs.
O crime ! ô des mortels ingratitude extrême ! Le citoyen, les rois, les états, le Ciel même, Tout reçoit de nos chants un renom glorieux ; Et pour vivre jouet du mépris populaire ,
Il suffit , aux yeux du vulgaire ,
De parler la langue des dieux.
Fuyez , semez les champs de vos lyres hrisées , Muses , fuyez des lieux où vos voix méprisées Ne sauraient plus fléchir les Destins irrités : Ces hois, du fier sauvage empire immense et somhre,
Tous offrent déjà sous leur omhre
Un temple que vous méritez.
Jadis, vaste forêt, notre Univers barbare
T oyait, comme ces bords dont la mer nous sépare,
L'homme errer, habitant des antres ténébreux :
Vous chantez; nos forets, nos déserts s'embellissent,
Et les rochers s'enorgueillissent,
Changés en palais fastueux.
Que d'empires naissans ! de cités florissantes ! Partout régnent les mœurs; partout des lois prudentes Gouvernent d'un frein d'or peuples et potentats; La Victoire les suit : souveraine des ondes ,
L'Europe enferme les deux mondes
Dans l'enceinte de ses états.
Ce que vous avez pu , vous le pouvez encore : Tremble , Europe : ah ! bientôt l'éclat qui te décore Va suivre les Neuf Sœurs dans ces mondes nouveaux : Oui, tremble; c'en est fait ,1e dieu des Arts se venge ;
La nuit sombre en jour pur se change ,
Tes esclaves sont tes rivaux.
Je vois, je vois de loin l'Amérique étonnée Sortir du fond des eaux , de villes couronnée ; Les forets du Mexique errantes sur nos mers ; Les mers couvrir nos bords de nations années :
Nos campagnes de morts semées ;
L'Europe entière dans les fers.
Dieux! éloignez de nous ces funestes ravages; Restez, Muses, daignez, embellir nos rivages!
La France a relevé vos autels abattus;
Sous l'ombrage des lis brille un jeune monarque .
Qui près de son trône vous marque
Une place, ainsi qu'aux Yertus.
Par lui de l'Hébcon l'Indigence bannie N'osera plus trancher les ailes du Génie: Prompt à toucher le ciel de son front radieux , Il commande ; et , suivis d'un respect légitime ,
Voyez les Arts par son estime ,
Yengés d'un mépris odieux.
ioo OEUVRES