SECONDE PARTIE
Lorsqu'un état désert, pauvre , ignoré, prend subitement une nouvelle face : qu'arrivé, comme par un prodige, au faite de la grandeur, il étonne la terre de sa richesse et de sa gloireimprévue, il est presque impossible qu'il conserve long-temps cette splendeur miraculeuse, et sa chute est souvent aussi prompte que son élévation : c'est un arbre qui plie et va se briser sous le fardeau trop pesant de ses fruits sans nombre,
si la main du cultivateur oublie d'asseoir sur de solides appuis ses branches surchargées de trésors. Mais ces appuis d'un empire , quels sont-ils? Ce sont les instrumens mêmes qui servent le plus ordinairement à l'élever : les lois, le caractère du peuple et les mœurs.
Que ne puis-je, messieurs, m'élever en ce moment au-dessus de moi-même, égaler mon génie à celui de Léopold , et suivre dans son vol cet aigle audacieux qui semble dédaigner la terre et le repos! Ce n'est donc point assez pour lui d'avoir repeuplé ses provinces , rendu l'industrie et l'abondance à leurs habitans , créé la Lorraine, et de l'avoir créée heureuse? Léopold croit n'avoir rien fait tant qu'il reste quelquechose a faire pour la prospérité des Lorrains. « Je « descendrais aujourd'hui du trône , disait- « il, si je ne pouvais plus faire du bien à « mes peuples. » Il faut encore , avant d'assurer la durée de leur bonheur, qu'à sa voix leur caractère se forme; que les mœurs parmi nous reprennent leur antique pureté; que du sein du chaos sorte l'admirable édi-
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fice de nos lois. Les entreprises les plus épineuses sont les plus dignes de lui; un esprit vulgaire voit les difficultés attachées aux projets utiles , et les abandonne ; Léopold voit le bien qu'ils doivent produire , et les exécute.
Avant d'examiner les travaux de ce nouveau Lycurgue, demandons-nous : qu'estce qu'un prince législateur ? C'est un homme tout-puissant qui donne lui-même des bornes à son autorité , qui l'enchaîne volontairement sous un pouvoir supérieur , pour mettre ses sujets en sûreté contre ses passions ; c'est un maître qui dit à ses esclaves : Soyez libres et faisons ensemble un traité : vous m'obéirez sans murmure quand mes ordres seront équitables; moi , je protégerai vos travaux, vos fortunes, vos maisons : si je manque à ces devoirs , alors je deviens votre égal ; et la loi , notre commune souveraine, sera juge entre nous. C'est un héros qui fait le sacrifice le plus pénible, le plus honorable pour un roi, le sacrifice du pouvoir arbitraire. Demandons-nous encore:
Qu'est-ce qu'un sage législateur? C'est un
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philosophe dont lame est le sanctuaire de la justice ; sensible , ferme , généreux , ami de l'ordre et de l'humanité, qui , semblable au Dieu de l'univers, tient dans sa main tous les secrets du genre humain, profondément instruit de la situation, du caractère du peuple qu'il a policé, riche de tous les trésors du cœur et de l'esprit; car i! fait des lois qui donnent assez de confiance au faible , pour oser recueillir de son champ, de son industrie, tous les fruits qu'il peut en tirer, sans crainte de les voir dérobés par une main étrangère; au fort, assez d'effroi pour étouffer dans son sein le désir de l'usurpation et de la tyrannie; des lois avares de l'or et du sang des hommes, promptes à punir le crime, mais plus ardentes encore aie prévenir; qui mettent l'innocence accusée à l'abri des jugemens de la prévention, de l'ignorance, de l'erreur, ou lui laissent, lorsqu'elle est condamnée, des ressources contre l'iniquité, applicables à toutes les circonstances , sans être obeures ou trop nombreuses; qui entretiennent une harmonie constante dans les familles, entre jes rangs divers; des lois enfin qui , toutes
différentes qu'elles sont entre elles par leur objet , liées par des rapports invincibles , parviennent également à ce but, la félicité constante des peuples etlagrandeurdel'état- Ici, messieurs, vous m'arrêtez, et dans ces deux portraits vous reconnaissez Léopold. Si les ouvrages de ce grand prince ne publiaient assez par eux-mêmes sa gloire et la sublimité de son génie, orateur ingénieux à profiter des moindres circonstances pour étendre la matière de son éloge , peignant avec feu les obstacles qu'il eut à surmonter, je vous promènerais, au flambeau de l'histoire, à travers les ténèbres qui couvraient avant lui notre législation, si l'on peut dire que nous en avions une : vous verriez la force décider encore du droit ; des coutumes gothiques , la plupart nuisibles au bien public, multipliées et variées à l'infini dans la même province ; le caprice des juges tenant lieu de règlemens dans les procédures, de formes dans les jugemens; les abus les plus bizarres érigés en autorités respectables; à peine quelques sages ordonnances, ou devenues impuissantes, ou tombées dans
l'oubli ; des tribunaux aussi barbares que nos usages; toutes les horreurs qui naissent des troubles éternels de la guerre , d'une véritable anarchie. Quels tableaux je formerais des malheurs produits par ce défaut de lois, ou parle bouleversement, le silence , la barbarie de celles que nous avions! La vie des sujets sans cesse exposée , leur fortune toujours flottante, toujours en butte au naufrage, àl'avidité des pirates ; la moitié des Lorrains courbée sous le joug d'une servitude avilissanteetdépouillée des privilèges du citoyen, jedirais presque du titre d'homme; le duel, ce monstre né de l'injure et du stupide orgueil, le glaive en main, levant une tète audacieuse et respectée , portant la désolation au sein des mères et des vieillards privés dans leurs fils de leur unique espérance ; combien d'autres calamités plus affreuses encore, retracées à vos regards, vous arracheraient des larmes, hélas! de pitié pour vos aïeux qu'elles ont déchirés, d'admiration pour le dieu tutélaire qui les a bannies loin de nous. Mais mon sujet n'est déjà que trop vaste. Je puis louer Léopold , et sur les maux que ces lois
ont anéantis, et sur le bien qu'elles ont fait? ou plutôt exposons simplement ses travaux. Chef-d'œuvre de l'art et du ciseau, ses statues vivantes n'ont pas besoin d'être vantées ; il suffit de lever le voile qui les couvre , et la beauté de l'ouvrage frappera les yeux les moins éclairés.
Commencerai-je par vous développer cette partie intéressante de ia législation, la plus nécessaire pour assurer la paix et le bonheur parmi les citoyens? je parle de l'administration de la justice. Eh! qui la porta jamais à un plus haut degré de perfection que le duc de Lorraine? Levez-vous, nobles et savans interprètes des lois; représenteznous Léopold renversant, d'un seul coup, tant de funestes tribunaux, les uns formés de juges aussi grossiers que le peuple factieux qui les avait élus, les autres déserts ou plongés dans un lâche assoupissement ; tous devenus le théâtre du désordre et l'écueil de l'opulence des particuliers. Déjà, sur les débris de ces tribunaux monstrueux, j'en vois s'élever de nouveaux: établir une salutaire et constante uniformité dans leur manière
de dispenser la justice, pour écarter les ténèbres dont la différence et le grand nombre des procédés judiciaires envelopperaient inévitablement les affaires les plus simples avant qu'elles fussent parvenues aux juges supérieurs; assigner clairement à chaque juridiction son ressort, son pouvoir, de crainte que la lenteur des arrêts ne consommât souvent la ruine des parties, tandis que les tribunaux disputeraient de leur compétence; affermir la subordination entre les différens corps, entre les différens membres, les assujettir à la plus sévère discipline : car il faut que le vaincu soit forcé de dire: ma cause était injuste, si des magistrats aussi respectables par l'austérité de leurs mœurs, par l'étendue de leurs lumières m'ont condamné; leur défendre de juger d'avance de la bonté du droit, ou sur la condition, ou sur la richesse des cliens; leur donner cette fermeté, ce courage stoïque qui brave le crédit des grands coupables, et les immole aux pieds du pauvre dont ils étaient les oppresseurs ; les remplir de sa majesté, de son esprit, de ses vertus: tellcssontlespremiers soins de Léopold.
Où trouveriez vous des ordonnances plus parfaites que les siennes? Faut-il décider de la fortune , faut-il décider de la vie d'un sujet? Toutes les faces sous lesquelles peut se présenter une affaire sont prévues. Dans quelle occasion la conduite du juge n'est-elle pas tracée avec une exactitude scrupuleuse, et toujours de la manière la plus convenable? Combien de précautions ordonnées, de peur que l'innocence ne soit immolée sous les apparences et le nom du crime ! Mais le crime lui-même ne mourra pas à chaque instant dans une longue attente de son supplice ; l'usurpateur ne dira point dans son cœur avare : Ces champs que j'ai ravis sont désormais les miens; trop pauvre , ce n'est point par des pleurs que leur vil maître saurait acheter une lente justice. La marche de la justice est rapide ; le prix onéreux de ses oracles modéré. Comme l'absent, la veuve, le pupille sont favorisés. Comme la clarté de la loi désespère l'avide chicane! Ici, la pauvreté devient un titre sacré pour obtenir sans or une vengeance plus prompte. Quelle sagesse , quelle humanité perce dans chaque
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ligne de nos ordonnances! Oui , sans doute, elles auraient seules assuré le nom de Juste à leur auteur; mais ce n'est point une vaine renommée que cherche le duc de Lorraine, c'est le bonheur de son peuple, et chez lui les entreprises utiles succèdent sans relâche aux belles actions.
Cette source intarissable de débats , de troubles , la multitude et la diversité des coutumes dans un même pays, ravagea trop long-temps le nôtre : Léopold a conçu le projet de le soumettre à des lois uniformes ; projet salutaire, mais périlleux, qu'il eût consommé, si le Ciel n'avait si tôt marque le terme de ses jours. Ne voyez-vous point avec quel art il préparait secrètement cette révolution nécessaire? Une partie de nos provinces, gouvernée par des usages pleins d'inconstance, de contradictions et d'obscurité, gémissait abandonnée à d'éternels orages , et des institutions qui devaient affermir la tranquillité, la fortune des particuliers, étaient la cause même de leurs discordes et de leur ruine. Ces usages viennent d'être anéantis; le prince corrige, éclaircit, s'efforce
de concilier ceux des autres cantons, leur donne une forme plus durable , et cependant les rapproche par degrés des lois de la capitale; pareil à ces hommes qui , pour former un canal majestueux et. navigable, rassemblent de toutes parts les eaux , et les amènent , par une pente insensible, dans le vaste lit qu'ils ont creusé. Ces adroites réformes , commencement fructueux d'un dessein non fini , facilitent encore le ministère de la justice, en précipitent les arrêts; car moins les coutumes sont multipliées, plus les études du jurisconsulte sont bornées , plus il peut consacrer de momens à juger les peuple?.
Mais à quoi servent les lois si le prince ne les fait observer ? Ah ! gardons-nous de douter de la vigilance de Léopold. C'est peu de surveiller lui-même les tribunaux supérieurs, premiers dépositaires de ses lois; il dit à d'austères censeurs : Parcourez mes villes ; examine z la vie, les mœurs, l'activité des magistrats ; interrogez sot leur intégrité le dernier des citoyens; prêtez une oreille attentive à ses plaintes on publiques ou
secrètes ; que les opprimés soient aussitôt vengés, les abus déracinés, les malversateurs punis ; volez et revenez au pied du trône instruire un maître tremblant, et de ce que vous aurez vu, et de ce que vous aurez fait. O tendres inquiétudes d'un père sur le sort de ses enfans ! Faut-il donc que chaque sénateur soit son image vivante? Il le veut au moins. Ne croyez point qu'd attache à la magistrature une indigne vénalité. Il ne sait trop que l'homme n'achète jamais d'une moitié de sa richesse le pouvoir de servir ses semblables. Celui que l'or peut décorer d'une dignité se propose, en l'acquérant, ou d'anoblir son opulence roturière , ou de s'ouvrir le chemin d'une fortune plus brillante ; dans la première vue, c'est souvent un efféminé qui cache, sous la pourpre, la mollesse, l'ignorance la plus honteuse; dans l'autre, il s'engraisse peut-être du sang des malheureux ; et pour l'état, le sénateur oisif, le sénateur avare ou ignorant, sont un égal fléau. Les talens vertueux ont seuls droit de prétendre à ce noble emploi ; et de même que Charles XII,
prince tout guerrier, était le premier soldat de son royaume , Léopold , prince tout citoyen , est le premier magistrat de son empire.
Entrez avec moi dans le conseil ; contemplez ce héros, fils, allié de tant de souverains, ceint lui-même du bandeau royal; toujours assis à la tète du sénat, quelquefois il se plaît à descendre au second rang; et cette voix , qui commande à des milliers d'hommes, ne croit point s'avilir en rapportant devant ses sujets les causes de l'infortuné. C'est ainsi que les dieux de la fable , descendus de l'Olympe, souvent se changeaient en simples bergers. C'est ainsi qu'un grand homme, après avoir donné des règlemens salutaires, des ministres zélés à la justice, était encore l'âme de ces augustes corps, arbitres de la vie et de la fortune des sujets.
Maintenant j'ai de plus nobles efforts, de plus hauts faits à décrire : jetons les yeux sur ces branches de législation, qui, semblables à de majestueuses colonnes , ornemens et soutiens à-la-fois de nos temples, forment l'opulence des états dont elles sont
encore les principaux appuis, soit en favorisant la population, soit en ranimant l'industrie, soit en assurant l'ordre etl'aisance parmi les différentes classes de citoyens. N'attendez pas que j'étale à vos regards une foule d'ordonnances utiles, mais d'une importance vulgaire. Entre les grands objets qui s'offrent à mon esprit, je choisis les plus frappans; je vous dirai : C'est en vain que les passions tourmentent le cœur de ces enfans; retenus par la crainte de perdre l'héritage d'un père, respectant ses volontés, ils ne contracteront plus, dans un âge encore aveugle, des nœuds mal assortis, cause fréquente et de leur infortune et du désordre de leur famille; mais ce père, à son tour, dominé par l'avarice, ne pourra désormais interdire à ses fils , dans un âge plus mûr, un hymen nécessaire à leur félicité. Léopold a fixé la durée de l'autorité paternelle et de l'obéissance filiale. Ce pupille, dont une majorité précoce faisait la perte, plongé dans la misère, n'accusera plus de ses égaremens des lois qui le rendaient trop tôt maître de sa fortune : le terme des tutelles est sagement reculé. Cette fille in-
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fortunée, qui porte dans ses flânes le gage de son déshonneur, fruit déplorable d'un amour illégitime, loin de tromper la nature pour prévenir le bruit de son opprobre, on viendra faire l'aveu, effrayée par l'aspect du châtiment; et ces magistrats, dépositaires de son secret, chargés de veiller sur elle, répondront au prince du sujet dont elle l'aurait privé par leur faute. Ces habitans, excités par diverses franchises, s'empresseront, les uns à choisir des compagnons, à donnei des élèves à nos ateliers, des cultivateurs à nos champs; les autres, à couvrir la terre d'édifices , ceux-ci à changer des déserts plantés d'arides bruyères en guérets fertiles. Et toi, jeune et tendre épouse, tu ne baigneras plus de larmes ta couche solitaire , tremblante pour la vie de ton époux absent, à qui l'impatience de revoir ce qu'il a de plus cher fait affronter l'ombre dangereuse des nuits; l'homicide voleur, vovant dans tous les Lorrains autant de satellites armés par l'espoir des récompenses pour le surprendre et l'enchaîner, a laissé nos chemins en sûreté. Le supplice, L'infamie suivront le
duel, et cet illustre vieillard ne pleurera plus la mort de sa race entière, assassinée dans son dernier rejeton par la vengeance déguisée sous le nom de l'honneur. Ces malheureux, qui craignaient de se montrer industrieux, de donner le jour à. leurs semblables, peuple avili d'esclaves, dont quelques seigneurs ou leur prince même devaient être un jour les héritiers, au mépris de leurs proches, deleurs fils peut-être; ces malheureux, délivrés de leurs fers, marcheront les égaux des autres citoyens, s'applaudiront d'être pères. Le duc de Lorraine sacrifie la moitié de sa richesse ; mais ses états ne seront remplis que d'hommes heureux et libres, et c'est assez pour lui. Oh! qui peindrait dignement, qui pourrait compter les exploits de ce législateur? Imaginez tout le bien qu'on peut faire aux humains par le secours des lois : Léopold en a fait davantage.
Que dis -je? sans les mœurs, quels biens sauraient produire les plus florissantes, les pUi . sages lois, ou plutôt de quels maux ne sont-elles pas l'origine? Les assassins, les brigands sont punis, leur trépas diminue le
nombre des sujets: en voit-on moins de vols, moins de meurtres? Le particulier s'enrichit; 11 en aime davantage la débauche, le faste, avant-coureurs certains de sa ruine prochaine. L'état se peuple; mais c'est de médians. Eh! comment pourrait subsister une société composée de pervers? Avouons-le donc, messieurs, les lois peuvent donner un moment d'éclat aux empires, mais les mœurs seules en assurent la durée : disons plus, les lois n'ont de force, de véritable utilité que par les mœurs. Aussi leur rétablissement est-il un des premiers vœux de Léopold; et sous le meilleur des princes , le plus fortuné des peuples doit être le plus vertueux.
S'il est vrai qu'une licence effrénée accompagne toujours les longues guerres et le bouleversement des états ; que l'extrême misère, comme l'expérience l'atteste, déprave les âmes; si les cœurs corrompus sont capables des plus horribles excès; enfin, si l'impunité multiplie les crimes et les coupables; hélas! avantLéopold,quel théâtre affreux de vices , de déréglemens étaient nos provinces! Mais jetons un voile sur le tableau de celte d<
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pravation générale : fils barbares, est-ce à nous de divulguer les égaremens de nos pères? Considérez au contraire la vertu rappelée sur nosbordsjd'où l'avait bannie le malheur des temps; voyez la bonne-foi, la confiance refleurir dans le commerce; l'indulgence, l'union régner entre les artistes; la franchise, la droiture, et non cette politesse étudiée, masque ordinaire de la perfidie, triompher dans la société. Avec quelle bienveillance l'étrangcrest accueilli! quel empressement à secourir les malheureux! Ne diriez-vous pas que les Lorrains sont une nation de sages et de frères? Changement extraordinaire, dont la gloire est encore due à Léopold! Que ne peuvent le génie et l'amour du bien, unis à l'autorité suprême! La concorde établie dans le sein des familles, tous les ordres de l'état sagement policés, l'indigence publique convertie en richesse, la religion protégée, les plaisirs, les festins du peuple réglés par de sévères ordonnances, la débauche proscrite, le jeu discipliné, mille autres sources de corruption anéanties, une paix constante, tout concourt à cette réforme des mœurs , déjà
corrigée par les grands exemj verain étonne la patrie. Eh! quelle influence n'ont point les actions des tètes couronnées sur les mœurs de leurs sujets! Ce courtisan, ce ministre qui contemple sans cesse dans ce héros uu maître uniquement occupé de la félicité commune, s'y dévoue à son tour par ambition même, devient désintéressé, bienfaisant, s'approprie, si j'ose le dire, l'âme du prince; et le citoyen, servile imitateur des grands, ne trouvant plus en eux des hommes dédaigneux, trompeurs, se rend à son tour plus humain envers ses égaux; les vertus du chef se communiquent à la nation entière; ce sont des feux rapides qui courent d'arbre en arbre, et se répandent sur une forêt immense.
Au milieu de ces révolutions étonnantes, le caractère des Lorrains, dénaturé durant ce siècle d'infortune qui précéda le règne de Léopold, se développait, se décidait insensiblement. De la culture assidue des arts renaquit notre aptitude poury réussir; du souvenir de nos misères passées, cette économie domestique, calomniée par nos ennemis