‹ Œuvres de Gilbert précédées d'une notice historiqueChapitre 56 sur 134 · A M. DORAT · texte numérisé non relu

A M. DORAT

Un jour, pour dissiper l’ombre de ma tristesse,

J’errais dans les détours de ces bois de lauriers. Immortels ornements des coteaux du Permesse;

Devant moi s’avançaient des poëtes altiers.

Leurs pinceaux à la main, le lierre sur la tête :

Ce spectacle m’attire, et déjà je m’apprête A porter plus avant mes pas audacieux.

Quand un mortel frappe mes yeux.

La douce Volupté mollement étendue,

Près de lui sur des fleurs reposait demi-nue;

Et tandis qu’à l’écorce il confiait ses chants,

L’Amour, au doux sourire, aux yeux vifs et touchants, La tète sur son corps indolemment penchée,

Lui soufflait tous les feux dont il brûle les cœurs.

Les Grâces, à l'Amour enviant ces faveurs,

Et l’âme de dépit profondément touchée,

Autour de lui se rassemblaient en chœurs ;

Et, voulant que leurs mains eussent part à l'ouvrage. S’approchaient en dansant* et le semaient de fleurs ;

La Jalousie, en vain versant des pleurs de rage,

IVun antre mg criait : Ces fleurs sont des pavots. Curieux, je m’approche, et ne vois que des roses Brillantes par leur pourpre et fraîchement écloses; Connais-tu ce mortel, vainqueur de cent rivaux,

Me dit l’Amour, surpris de me voir sur ses traces,

Toi, dont l’œil, de sa gloire envisage l’éclat?

Oui, dis-je, quand on voit un mortel près des Grâces, Craint-on de se tromper en disant : C’est Dorât.

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