‹ Œuvres de Goethe. 1Chapitre 1 sur 59 · TRA~CT)6N MUSELLE PAR JACQUES PORCHAT · texte numérisé non relu

TRA~CT)6N MUSELLE PAR JACQUES PORCHAT

PARIS LIBKAHUE HACHETTE ET C" ~9. HOUt-f.VAttD S.\)NT-OEBMA)K, ~0 La France veut conUaitre les peùptes étrangers; et ce désir, de jour en jour ptus prononce chez e)!e,â peut-être sa source principale dans io sentiment du r6!e social qu'elte est appeiee a rempur. Hn effet, s'il est un peuple qui doive servir de hen entre tous les autres, et les disposer do plus en plus à mettre en commun~ pour !e bien de tous, teur expérience et tours lumières, c'est assurément le peuple français. Mais, pour exerce sur les autres nations cette heureuse influence,' il faut qu'il apprenne h les connaure parfaitement, qu'H se rapproche d'elles, comme it désire qu'eUes viennent h lui. Ainsi disparaissent les préjugés hostiles, pour faire place h une confiance mutueue, condition nécessaire et garantie certaine d'une mutuelle affection.

Or il n'est pas de meilleur moyen d'approfondir la culture et la vie d'un peuple étranger que do faire connaissance avec ses grands écrivains. De là vient la faveur- croissante avec làquëne sont accuei! lies tes traductions qui les mettent à notre portée. Les ouvrages de Goethe devaient fixer tout particunërement l'attention de la France.

eoETHfi.–t 1 a* Plusieurs furent traduits du vivant même de l'autour, et, depuis sa mort, on s'est montre,'de ce coté dû Rhin, toujours plus empresse deconnaitrele grand génie qui, pendant un demi-sieclô, a gouverne les esprits en Allemagne) et dont l'influence, encore toute-puissante chez nos voisins) s'est depuis étendue dans le monde entier. Ce-pendant une traduction complète do ses Œuvres manquait encore a notre langue*. MM. L. Hachette et C" Ont voutu combler cette la-cune. Appelé par M* Ad. Régnier, membre dé l'Institut, a prendre, sous sa libérale direction, une certaine part a la traduction des Œuvres de Schilter', j'ai été conduit do ce premier travail a celui dont je présente aujourd'hui les résultats au public. Le conseil d'Horace peut être fort bon i Essayez longtemps ce que vos épaules suffisent ou se refusent a porter. Mais, dans les grandes entreprises) quoique témérité est souvent nécessaire au début. Cotte pensée m'est revenue a l'esprit plus d'une fois dans la longue et difficile carrière où je me suis si hardiment engagé, et, maintenant quoj'acheve ma tâche, je m'étonne encore plus d'avoir osé l'entreprendre.

Si quelque chose peut me servir d'excuse, c'est le mérite extraor-dinaire de l'écrivain dans la société duquel on m'appelait a vivre. Je fus séduite je l'avoue, par la perspective do suivre dans son ma-gnifique développement un auteur qui m'avait toujours captivé, et, depuis la première heure jusqu'à coHe-ci, frappé, au début m~mo de mon travail, parle coup le plus douloureux, j'ai trouvé dans mon )fnco d'interprète mieux qu'une distraction littéraire il m'a fortifié) il a élevé ma pensée dans les sphères supérieures) où la paix réside et parfois même la consolation..

Goethe exerce on euet une action bienfaisante sur touto~orsoune qui le pratique longtemps et qui veut sincèrement le comprendre; on cède au charme viviSant d'un commerce familier avec ce grand 1. J'ai connu toutes les traductions partielles qui ont paru jusqu'à ces der-niers temps; mais it ne m'appattient pas de porter un jugement sur le mérite absolu ou comparatif de ces divers travaux, dont plusieurs sont fort estimables. Sans me permettre sur le mien aucune rcfleiton ~ui sente t'apoiogio, J'osera) dire Mulement que ma traduction est, d'un bout à l'autre, une œuvre tndivi-due))e et indépendante on n'y reconnaîtra nu)Ie part !o travail do mes de-- TMciers.

J'ai traduit, et soumis à ta révision de M. 'Ad. Régnier, )a'CMeh'< de TY~<e ent, ta J<~tot<e des Pdj/BtM, te St~e d'~ntfM et io n<fonnofr<. génie. Il'prbduit sur nous une Impression comparable a celle de l'unmense nature. Il nous laisse rarement mesurer les bomes de sa pensée; et nous fait rêver autant que réÛéchir. Il ouvre a la méditalion des perspectives sans JtiB]tës,e~ toutea faisant Jaillir de chafpte sujet des Oots de pensées fécondes, tl parait se plaire nous le présenter comme inépuisable~ nul ecrivajn ne réveille che~ nous avec plus de puissance le sentiment de l'ihnni. Il a un autre mérité, qui n'est pas sans liaison avec celui la il est toujours sincère, toujours vrai. Il est du petit nombre des au-teurs chez lesquels l'homme ne craint pas de se montrer a décou-vert; il admet ses lecteurs, sinon dans sou intimité,'du moins dans sa familiarité, comme un bon prince; et, parce qu'il respecte la nature humaine~ en lui comme on nous, il na s'abaisse jamais !t dissimuler: rare et précieuse qualité~ qui~ par une réaction natu-relle, eièvo aussi notre courage et nous communique la inemo indé-pendance. Ses hardiesses les plus grandes en sont bien moins dan-gereuses, si mémo olles n'en deviennent pas salutaires. Elles ont puissamment concouru à nous ouvrir tme ère uouvcHo/où toutes les opinions peuvent se produire sans réticence~ comme si la race humaine fût enfin parvenue a l'âge do virilitet Dans une époque pareille, on doit se sentir plus d'attrait pour le libre penseur qui marcha toujours en avant, sans trouble et sans crainte, et qui mérite une place eminehte parmi les initiateurs du genre humain. Goethe no vieillira jamais~ parce qu'il n'empri-sonne sa pensée dans aucune doctrine étroito. et prédestinée à vieillir. Il nous ouvre les portes d'un vaste avenir, dont il n'a pu sonder lui-même l'étendue, mais dont il a le pressentiment, et dans lequel il nous presse d'entrer avec Une joyeuse confiance. Et quelle,' sympathie no montrc-t-il pas pour tout véritable mëritot quelle admiration sincère pour les génies inventeurs) Toute son existence a lui-même fut recherche et travail chacun de ses ouvrées était l'expression d'un progrès nouveau do son ctro, un acte de sa vie en mêmo temps qu'une œuvre d'art. Do la vient qu'ils offrent~ dans leur ensemble et dans chaque genre, une merveilleuse variété. Ils sont à eux seuls une bibliothèque, et, s'ils ne disent pas tout, ils mettent sur là voie do tout.

Je n'ai pu résister au plaisir de présenter ici quelques-unes des réflexions que me suggérait tous les jours l'étude de mon auteur,

rnm'ACË.

!V mais il ser~UsUpernu de les étendre davantage, après.lànt de tra-vaux cri<!ques dont il a été l'objet jusqu'à ce jour. D'ailleurs, c'est chez lui, c'est dans ses propres ouvrages, qu'il faut chercher la plus judicieuse et peut-être la plus iniparttàle àpprectaHon do ses mé-ritesf Avec cette imperturbable objectivité/qu'on a justement signa-lée coiume le caractère fohdainehtàl de son génie, il s'observe et se juge ainsi que pourrait le faire un témoin étranger. C'est 1~ entre autres causes, ce qui donne asos écrits autobiographiques une si grande valeur. Apres les avoir tràduits~j'ai du renoncer au dessein qite j'avais d'abord de placer en tête do notre publication une notice sur sa vie. Oh trouvera bien plus et bien mieux dans nos vo-lumes \'III) IX et X, ou son histoire se mêle si heureusement a celle des lï'nf-jrs, des arts et dé la littéràturOt Seulement, quel-ques lacunes seront comblées par des notes supplémentaires, et les lecteurs me sauront gré de n'avoir pas enlevé a ces récits intimes/paruno anticipation indiscrète, une grande partie de leur intérêt.

La traduction des (cuvres de Goetne forme dix volumes. Cette traduction est complète, car les omissions ne portent que sur des productions do circonstance dont l'intérêt a disparu avec les occasions qui les ont fait na!tre. La nécessite do grouper dans un notnbro de tomes plus limité ce qui est sépare dans les éditions allemandes ue nous a pas empêche do suivre assez Cdëlement l'ordre adopté dans l'édition eh trente volumes in-8" (Cotta, Stuttgart et Tubingeh, 18&0-t85t), qui nous a servi do basot sans nous empêcher d'en consulter d'autres. Notre publication, dans l'ordre où nous l'avons disposée, présentera, nous osons l'espérer, un ensemble de na-ture a satisfaire les amis do l'illustre poète. On voit d'ailleurs que MM. L. Hachette et C" n'ont rien néglige pour la rondro digne do son objet et, à la distance ou je suis des habiles typographes qu'ils ont charges de l'impression, je leur ai dos obligations très-particu-lières pour les soins assidus qu'ils ont pris afin qu'un ouvrage si important onrtt toute la correction désirable. Notre premier volume comprend les Po~fM dtt~M, IesfeM<'M et le D<f<!tt or«'~a!-o<'C)<~)(a!, avec son CtWtMMt~atre, qui est aussi l'ouvrage do Goethe. Ce sont les quatre premiers tomes do t'cdition allemande, traduits au complot pour la première fois. L'abondance des matières a obligé les Éditeurs de diviser ce volume

-phÉFÂCE.

'V en deux parties } la première coinprohd tes Po~tM dtM~M, ]a se-conde, les PM~e~/le Ct~t) et son CoM!eH<au~ Les émules lyriques m'ont oSert des difnCtiltés que je ho m'étais point dissimulées) J'ai du souvent, selon le précepte de mon au-teur) àbordor mémo l'intraduisible. 'Que l'on vëuilfe bien se 1 représenter ce que deviendraient oh prose allemande les plus gta- t cieuses, les plus suaves inspirations des lyriques français, et l'on aura l'idée de ce que les fo~tM (~uet'~M et le D<fq!t devaient perdre hé- j cessairemehtdansmà traduction. Pour que je puisse espérer qu'elle ne paràitra pas sans charme et sans effet, j'ai besoin do cothpter sur le concours du lecteur. Que j'obtienne son inteDigehte sympa-thie, et, par une sorte de divination littéraire) it verra ces ueurs du génie allemand se produire a ses yeux dans leur fraîcheur et leur grâce natives. S'it trouve dans la traduction l'idée, le mouvement, l'émotion secrète, i! recomposera par la pensée l'œuvre poétique, a laquelle il prendra peut-être d'autant plus do plaisir qu'eue sera en grande partie sa propre création.

Les /~Mf<~ présentaient des difncultés d'un autre genre, mais qui n'étaient pas absolument insurmontables. Je me suis efforcé de rendre avec une exactitude sévère l'idée, qui) par le fond ou la forme, est quelquefois difficile a saisir, plus difficile a reproduire. Ç!l et la, quand la pensée offrait une véritable obscurité) préférant le rôle de traducteur fidèle à celui d'Interprète téméraire) je m'en suis tenu la version littérale.

Dans ce premier volume est résumée, on peut le dire, toute la vie de l'auteur les Po~tM ~tMt'<~ reflètent les sentiments, les pas-sions, qui l'ont agité des sa première jeunesse; le phifosophe se montre ensuite dans les 7~)~, qui sont le fruit d'une expérience consommée et do méditations profondes) enfin te poète sexagénaire nous offre dans le Ptt;a~ l'exemple rare d'une Imagination que les années n'ont pas refroidie; il retrouve dans le pur souffto de 1 l'Orient une jeunesse nouvoHo, et nous fait rcver avec bu les délices d'un éternel printemps.

Nos volumes H, III et IV comprennent le ?7~a/rc et Fau~. Du 77'M/rc, nous n'avons exclu que certaines pièces de circonstance, oubliées aujourd'hui; mais tout ce qui avait quoique intérêt pour l'histoire de fart ou du poète a été soigneusement conservé. L'ordre est, en généra!) le mcmo que dans les volumes VII)

pn~FÀCE.

YIII, IX, X, XI, XHet XilÏ de l'cdition allemande! seulement, comme nous De pouvions placer Famt dans' ua volume a part, nous l'avons mis à ta suite du ?~~r6, et c'est uniquement pour égaliser les tomes, que nous avons un peu recule la place d'TpAt~'MtC.

C'est dans ces trois Volumes que le génie de oethe se montre avec le plus d'edàt. On~ admire la ~distance qu'il à parcourue du ~~c de ~aN<an< jusque Tp~t~nM.' mais ces évolutions ou plutôt ces transformations dé sa pensëo ne peuvent s'eipliquer que par l'histoire de sa vie.

Là deuxième partie de ~'<tt~ n'avait pas encore été donnée en français sans coupures; Elle ouïe de grandes dlîncultcs au traduc-teur, mais de bien plus grandes encore au commentateur et aucri-tique. Je me suis, en générait borne a la traduction/sans me char-ger du commentaire. Et peut-être le mieux serait-il de laisser le lecteur a ses impressions particuJiëres dans coite œuvre, ou règne si librement la fantaisie. Ne pressons pas trop ces figures aériennes { elles en perdraient leur charme, et souvent même elles en seraient anéanties. N'est-ce rien que de faire un beau rcve? Livrons-nous à l'enchanteur avec une volohtedocilo! quand nous l'aurons suivi jusqu'au bout dans son merveilleux domaine, il nous restera sans doute bien dés énigmes a résoudre, mais nous aurons trouvé un piaistr véritable dans ces poétiques mensonges et ces inconcevables mystères, qu'une critique aventureuse nous gâte plus souvent qu'elle nelesëclaircitt Le V* volume do la traduction renferme ~ferKtann et Por<<~ l'~c/o~cMe et le lloman du ~eHCt'dt Ces trois poèmes narratifs sont aussi groupés dans le V* tome de l'édition allémande. Pour complé-ter le notre, nous y avons ajoute !</Mr et les Affinités ~<'<a'M, qui Eont téunis dans le quatorzième du texte* Ainsi compose, le cinquième volume nous semble offrir lo double avantage d'une cer-taine hannonio et d'une grande variété les trois poèmes, traduits en prose, ont pris quelque chose do l'aspect.du roman, et le lectoür trouve, à la suite les uns des autres, cinq récits, qui, certes, no manquent pas do diversité.

N0)1~ tome VI est rempii par les /i<!n~M d'apprentissage de tt't~Mt ~e)~(e)'. C'est aussi la première fois que ce roman célèbre est douné en français dans une parfaite intégrité. Le nouveau tra--

PRËFÀCR. VU ~ductenr a observa pour cet ouvrage la règle, qu'il s'était d'ailleurs ~~mposéo pour tout'son travail, do rendre exactement son autour, ~~sans se permettre ni changements, m adoucissements, ai coupures. gNotre sixième volume est donc la. reproductJtôn complète et ndele ~du quinzième de l'original..

Nous pouvons eh dire aùtahtdn!VÎÎ' de It traduction, qm donne intégralement ie'sëHièmë du texte i'il comprend les ~tM~<~ ~ot/aye de I~~tM ~~er~les Et!~M~ d'~M~~ a~MM< les i~~u~/e~nt~~etùne~o~~c.

Le 'VIÏP renferme t~rt~ e~o~M. Souscotitresignincatti, Goetne ~~aconte avec defail~sdneufahce'et sa jeunesse etiles prémiërës ~~xpenençés désaxe. C'est !a matière des volumes XVIÏ etXYltî ~~e l'édition aJiemandet

Le tome IX comprend les ~pya~ e/! ~MM~ e~ 7~a~ (tomea '` at XIX do l'orignal).

~Le tome X renferme la CtiMtpagtt~~e France les ~ttna~M) ~94 a 1822, et plusieurs pièces détachées, d'un intérêt tout partir-- ~Iie!'((omes XX et suivants du texte).

Ici s~anete mon travail) qui peut être coasidor~ comme complat.

ost évident que je n'ai pas eu a m'occuper des traductions que ~~octho a données lui-même .do quelques ouvrages modernes. La ~ot respondance, les Mélanges divers, pourront donner lieu quelque ~oUr a une publication intéressante, mais ils ne font pas une paitio ~essentielle des Œuvres. Quant aux..travanx scIentiBques, on sait ~[ue Gootho n'a jamais voulu les reunir a ses ouvrages littéraires. ~Is ont subi lo sort de tous les livres de science, ils ont vieilli, par ~euito du progrès rapide des connaissances humaines; mais~ comme on y retrouve quelques-unes de ces conceptions fondamentales ~iont l'influence sera toujours sentier mes Éditeurs ont pense qu'il ~Borait intéressant d'onlir dans un volume a part l'analyse des idées ~cientiHquesdo Goethe.

Quand je commençai ma grande entreprise, j'avais l'espoir d'y ~associer mon nls, et cotte analyse était un des travaux que jo lui résor-vais. A son défaut, un jeune savant, qui fut son confrère', M. Ernest ~Faivro, honorablement connu par une très-belle étude sur Goethe', t. Dans !a Soc~t6 de Mo'ogie, dont M. Rayer est !e pr~idcnt. Mon fils en g<tait senr~tairc. w- 2. Voyez, dans !a Jtet'Me fontfmporat'h~, les année: Vu et vin. VU!

actuellement professeur a la Faculté des sciences de Lyon, a b!en voulu se charger do ce travail, qui est achevé et qui formera le complément de notre publication.

En terminant ma tâche) je dois remercier les hommes obligeants qui me l'ont souvent rendue plus facile. Quoique mon pays natal confine aux terres allemandes, je n'en suis pas moins de race la-tine je n'ai jamais écrit et parlé que la langue française; Lau-sanne est aussi loin de Weimar que Paris peut l'être, et Goethe devait me présenter parfois des difficultés que je n'aurais pas eurmontécs, mémo avec le secours des commentateurs, qui m'ont rendu toutefois do nombreux services mais j'ai trouve des secours plus précieux encore dans les lumières de quelques littérateurs allemands', placés a ma portée, et toujours prêts à répondre aux questions que je leur avais soumises.

Un homme dévoua, un ami, m'a seconde jusqu'à ce jour, avec un zële soutenu/dans toute là suite de mon travail, c'est M. Henri Wehrli, auteur d'une grammaire estimée et professeur de langue et do littérature allemandes. Chaque semaine, nous passions quelques moments ensemble, pour éctaircir les passages obscurs ou difficiles, et ces utiles conféronces étaient en mémo temps pour moi un agréable délassement. Je dois on outre à M. Wehrl! plusieurs notes précieuses. Cet homme, aussi modeste que savant, no trouvera jamais trop petite l'idée qu'on voudra se faire do son ohligeant con-cours, et mon amitié no la trouvera jamais trop grande. Le premier volume présentait des difficultés particulières. Pour aplanir celles que je n'avais pu soumettre à M. Wchrii, dont tous les moments étaient alors occupés, j'ai recouru à M. Win'ehn Neumann, ancien professeur de théologio aux universités do Herliu et do Hrosiau, savant orientaliste, autour do plusieurs ouvrages re-marqués. Il a bien voulu entendre la lecture du premier volume tout entier, et j'aime a rcconna!tre ici que ses conseils m'ont en-gagé souvent a faire de précieuses retouches. M. Hermann Wiener, professeur do littérature grecque à l'Académie do Lausanne, ma donné, avec le plus aimable empressement, la solution ingénions-) de plusieurs difficultés, ainsi que l'avait fait son confrère, M. Fré-déric Nessier, quand je m'occupais do la part qui m'était échue dans la traduction de Schiller. Jo regrette do ne pouvoir nommer ici toutes les personnes auxquelles j'ai recouru, au besoin, pour

PRÉFACE. IX ohtcuu' d'elles les renseignements et ies explications que leur position ou leurs connaissances spéciales les mettaient eh état de me donner. Il h~cst pas un sent de ces emprunts faits auc tumicres de bienveillants amis dont je ne conserve un affectueux souvenir.

Mais quels témoignages de reconnaissance ne dois-je pas mes honorables Éditeurs, qui m'ont donne la marque de confiance la plus signalée} en me chargeant d'une entreprise a tous égards si considérable et en me remettant le soin de réaliser leur généreuse pensée Nul no peut s'y méprendre les vues les plus élevées du patriotisme et le noble désir do rapprocher l'une de l'autre deux grandes nations sont les premiers mobiles de publications pareilles, ot, si elles n'inspiraient pas aux hommes éclairés'de tous les pays une vive reconnaissance, il faudrait désespérer des progrès do la haute et saine littérature.

11 n'a pas tenu à mes éditeurs que celte bojlo tache né fut par-tagée entre mon fils et moi, et ne devint pour nous deux une source de pures et durables jouissances. Puisque Dieu ne l'a pas voulu, t qu'il me soit permis do consacrer ici quelques lignes à la mémoire du collaborateur que j'ai vu succomber dès les premières pages, ot qui n'a pu, selon son pieux désir, me rendre léger le fardeau que j'ai du porter sans lui, soutenu par la pensée do payer sa dette a la Franco en même temps que la mienne.

Après neuf ans d'études dans la Faculté de médecine et dans les hôpitaux de Pans, mon fils, qui avait obtenu les modestes cou-ronnes, présage ordinaire de plus glorieux succès, tauréat des hôpi-taux lauréat do la Faculté de médecine, fut contraint par la ma-ladie d'interrompre sa pratique commencée dans la capitale, et d'aller chercher la santé dans le midi. Cependant j'avais dit adiou comme lui à ce Paris, qui nous avait fait un accueil si favorable, et qui nous était toujours si citer. Retiré à la campagne, près do Lau-sanne, je vis arriver en mpme temps, d'Jtalio, mon fils, toujours souffrant, ot, do Paris, les Œuvres do Goethe, dont la traduction nous était demandée. Le malade jeta sur les volumes un regard oit je crus voir briller il en feuilleta quelques-uns, et moi avec l'illusion qui nous trompe jusqu'au dernier moment, je me figurai qu'il me serait donné d'accomplir avec lui cette grande tacite. Avec lui, je le savais bien, le travail do la révision devait X P~FACH.

m'être facile. Déjà nous avions fait les deux parts, et je venais h peine d'achever ~moH< (le premier ouvrage qui m'ait occupé)~ je traduisais Ca*~ de Fct'/<c/«'H~fH, quand je me vis réduit à mes seules forces par le plus rude coup dont un homme puisse être frappe.

Que les lecteurs veuillent me pardonner si, dans Je moment so-lennel ou je leur présente le fruit des longues et tristes années qui ont suivi ce jour,je laisse échapper devant eux cette plainte; qu'Us me permettent do nommer ici mon ttls unique et bion-aimé, et d'assurer du moins a sa mémoire la durée du travail de son père. La vie d'Albert Porchat fut courte, mais elle ne fut pas inutile. Il fit partie do cette jeune et courageuse élite que nous avons vue, en quelques années, braver, dans leurs plus redoutables foyers, trois épidémies de choiera, et secourir, avec un zèle infatigable, les victimes des guerres civiles. Il eut le bonheur de porter a bien des malheureux assistance et consolation. Chéri do ses pauvres clients pour sa douceur et son humeur compatissante, aimable et bon camarade, disciple affectionné et docile, il a laisse dans bien des cœurs de précieux souvenirs.

Dirai-je que, dans mes travaux, c'était, depuis longtemps, son suutage que je souhaitais avant tout autre; que, si j'obtenais quelque marque d'estime, j'en étais encore plus touche pour lui que pour moi? Et maintenant il n'est plus la, dans !a circonstance la plus importante do ma vie littéraire, pour attendre avec moi l'arrêt do la critique il n'est plus la pour me féliciter ou pour me consoler.

Ces épanchoments, auxquels je me suis livré avec un abandon qu'une indulgente pitié excusera sans doute, je voudrais qu'ils ne fussent pas stériles pour autrui; je voudrais que mon malheur put servir a plusieurs d'exemple et d'avertissement. Je dirai donc a tous les parents dont les fils consacrent leurs belles années des études longues et fatigantes c Ne souffrez jamais qu'oltes com-promettent leurs forces corporelles; soignez l'éducation physique avec. la mémo vigilance que l'éducation intollectuelto. Je dirai encore aux pères qui sont libres de choisir la carrière o!) ils appel-leront leurs fils Autant qu'il se pourra, faites-leur suivre colle que vous parcourez vous-mêmes, et dont vous connaissez lescon-ditions, les difficultés, les périls. Outre que', vivant de la même

PRÉFACE. XI ~S vie, occupés dos mémos intérêts, vos fils seront plus a vous pen-dant que vous serez ensemble sur la terre, vous aurez plus do chauces de les y laisser Qorissânts après vous, ce qui est le vœu suprême d'un père. »

11 est bien souvent trompé de nos jours, ce désir, qui féconde comme il enchante ta vie Là civilisation moderne, avec sa marche audacieuse et ses dures exigences ) moissonne bien des printemps 1 Elles sont toujours plus vraies, ces douloureuses paroles de notre

poéte, qui sait prêter tant de force et de charme aux accents do la

divine pitié i Ce n'est pas toujours !e père, satisfait do mourir,

qui, du bord de la fosse, salue avec tendresse son digne fils uons--

sant; ces paupières, qui volontiers s'abaissent, le plus jeune no les

forme pas toujours au plus vieux, l'homme robuste à l'inSrme. l'lus souvent, hélas 1 la destinée renverse l'ordre des jours un vieillard

sans appui pleure on vain ses fils et ses petils-fils; il reste comme S~ un tronc mutilé, autour duquel la grêle orageuse a jonché la terre ~~do rameaux fracassés.

Et pourtant il faut remplir les devoirs de la vie, Je touche au ? terme do mon travail, mais la nuit aussi s'approche, « pondant la--

quelle on ne peut plus travailler. Sans me ralentir un moment, je consacre a l'oeuvre qui s'achève les dernières veilles, avec autant S d'ardeur et de persévérance que si un heureux succès pouvait encore me donner le bonheur.

lausanne, t2 novembre )8Gt. METHE.–t. t

DÉDICACE Le matin approchait i ses pas ëffarouchëreht le léger soin-mën qui th'enchamait doucement, si bien que, m'étant réveUté, je sortis de ma tranquille cabane et je gravis la montagne, l'âme épanouie. A chaque pas, je Jouissais de voir la fleur nou-velle qui s'inclinait, pleine de rosée {l'aurore naissante sf 1. Les pbésiésiyrtquës de Goetho,dont)aforme est variée avec un' art admi-rable, sont écrites la plupart en vers rimes; un certain nombre te sont en vers rhythmiques mais, dans cet!es même du premier genre, e rhythme est tou-jours soigneusement approprié au caractère du sujet et & !a nature des sehtiments..

Les poésies de Goethe furent presqu toutes inspirées par la réalité; elles se tient aux événements de sa via; eUes sont t'histoire de son coeur; mais elles ne sont p~tnt ici rangées dans t'ordrë des temps: Eites permettraient, -elles appel-leraient peut ~tre de longs commentaires. Cependant nous avons cru devoir faire un dsago tr~s-sobre et très-réserve des sources auxquelles il nous eût été faciled'emprunter des annotations détaillées. Beaucoup do choses s'expliqueront par tesJ~mou'Met)a Con'MpoitftanM de Goethe: On ne trouvera ici que les notes indispensables la c)art&, et peùt-étre ces gracieuses poésies gagneront-elles quelque chose a sa présenter sans l'appareil scientifique dont les entoure a t'et-ces, en Allemagne, ie xete des Commentateurs. montrait avec enchantement, et tout était rafràtchi pour me rafratchirt comme je montais, une vapeur lentement s'élevait en longs replis du neuve dés prairies. Elle s'abaissa et changea sa course pour m'envelopper, et déploya ses àites autour de ma tête: je ne pouvais plus jouir du beau spectacle un voilé grisâtre me dérobait la contrée~ bientôt je me vis comme plonge dans les s nuages; et; seul avec moi-même, enfermé dans le crépuscule< Tout & coup le sotett sembla percer une clarté se ni voir dans lebrouillard} ici, il rabaissait) pour s~écouler doucement vers la plaine la, s'élevant, il se divisait autour des bois et des hauteurs. Qu'il me tardait d'adresser au soleil !e premier salut! J'espérais le voir doublement beau âpres la brume. La lutte aérienne fut longtemps indécise enfin une vive lumière m'environne et je reste ébloui.

Bientôt un secret mouvement du cœur me rendit le courage d'ouvrir les yeux !e ne pus hasarder que des regards furtifs, car tout semblait brûler et flamboyer. Alors ~portée sur les nuages, une femme divine vola devant mes yeux. De mes jours je ne vis une plus belle figure elle me regarda et sus-pendit sa course flottante.

t Ke me connais-tu pas? dit-elle d'une bouche d'où s'exha-laient des accents pleins d'amour et de candeur? me reconnais--

,f.-<~ t j tu; moi qui versai maintes fois le baume le plus pur dans les blessures de ta vie? Tu .dois connaître celle a qui ton âme ardente s'attacha de noeuds de plus,en plus étroits~ pour une alliance éternelle. Ne t'ai-jc pas VU) avec les larmes brûlantes ju cceur, encore enfant, languir et soupirer après moi? 1 Oui; m'écriai je, en me prosternant avec une joie céleste longtemps j'ai senti ta présence tU me donnais le repos, quand la passion se déchatnàft sans relâche dans mes jeunes mem-bres. Comme avec une aile divine, dans l'ardeur du jôur~ tu as rafraîchi doucement mon front lu m'as dispensé les meiiieurs dons de la terre, et je veux que tout bonheur ne me vienne que partoi.

Je ne te nomme point. J'entends~ i est vrai bien des voix qui te nomment sans cesse, et chacun t'appeiie sienne tous les yeux croient se diriger vers toi presque tous en sont punis par tes rayons. Ali) quand je m'égarais, J'avais beaucoup de com-pagnons i'dcputsque je te connais, je suis presque seul il me fautj6Un~ de mon bonheur avec moi-même, et couvrir et cacher Iadoûcëlumierë<' r Elle sôUrit,' et dit i Tu vois comme il (ut sage} comme; i) fut nécessaire de vous dévoiler, peu "de chose ) A peine es-tu préset'vc de la plus grossière imposture, a~ peine es-tu maure du premier désir d'enfant, que déjà tu te crois Un être surhu-main tu'hegligës de rempnr le devôir'de l'homme t A quel degré es-tu difrérënt des autres ? Sache te connattre'ët vivre enpaixaYCclëmondë.

–Pardonne-moi.m'ëcriai-je, mes intentions ëtàieht bonnes. Est-cë;en vam que j'aurai les <yëux ouverts ? Une joyeuse ar-deur circule dans mes veines; je connais toute la valeur de tes dons. C'est pour d'autres que s'amasse en moi ce noble trésor je ne puis, je ne veux plus, enfouir le talent. Pourquoi cherche-rais-je avec tant d'ardeur le chemin, si je ne dois pas le mon-trer a mes frères?

Et comme je parlais, l'auguste créature jeta sur moi un re-gard de compatissante indulgence, je pouvais me lire dans ses yeux, voir ce que j'avais fait de mal et de bien. Elle sourit, et déjà j'étais sauvé mon esprit s'élevait a des joies nouvelles je pouvais désormais, avec. une intime confiance, m'approcher d'elle et la contempler de près.

Alors elle étendit la main vers lescouches de vapeurs légères et de brume qui l'entouraient des que sa main les presse, c)les se laissent saisir, elles se laissent entraîner, et les nuages dispa-raissent. Mon oc!) pouvait de nouveau se promener dans la vallée; je regardai le ciel il était clair et sublime. Je la vis elle seule porter encore le voile le plus pur; il glissait autour d'elle a mille plis ondoyants.

Je te connais, je connais tes faiblesses; je sais quelles vertus vivent et couvent dans ton coeur. te! fut son langage t je l'entends toujours me dire Heçois ici ce que je t'ai depuis longtemps destiné il ne peut manquer rien l'homme heureux qui reçoit ce don avec une âme tranquille, ce brillant tissu des vapeurs matinales et des rayons du soleil, le voile delà poésie, que te présente la main de la Vérité. Et s'il vous arriver h toi et h tes àmis~ de sentir au ntiHe~~ du joUr une chaleur sunbcante) déployez ce Vpi!e;dans l~atr: soùdaihun vent h'à!s comme la bnse du Sbtrvo~ son murmure~ et les émanations embaumées des Heurs Yôus caressent de leur haleinet H ~expire) te soùfRe des soUcts ter-restres ~te sépulcre se iràhsifbrmé en un lit de Duages chaque noi de la vie est apa!se îe jour devient riant, ta nuit lumi-neuse.

Venez donc~ tnes amis soit que te fardeau de ta vte pèse sûr vos sentiers de p!us en ptûs{ soit qu'une; bënedicnon noùvëne embeHisse de flÈUrs vôtre carrière) ta décore de fruits dorés nous irons ensemble au-devant du lendemain i Ainsi nous vi-vronS) ainsi nous passerons d'heureux jours, et) lorsque nos descendants porteront nôtre deuit, notre amitié subsistera tou-jours pour leur Joie. ~`

Page 1