‹ Œuvres de Goethe. 1Chapitre 18 sur 59 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

M<xit)M, arHstM) ne distourM pas.

Qu'it ne soit qu'un souffle, votre poème.

t.e< ~en«e<t de hcc<ar.

Lorsque Minerve, pour favoriser son cher Promethce, lui apporta du ciel une coupe pleine de nectar, ann de rendre heureux les hommes~ son ouvrage, et de verser dans leur sein l'amour des beaux-arts elle courut d'un pied rapide, pour n'être pas vue de Jupiter) et, de la coupe d'or vacillante, quel-ques gouttes tombèrent sur ~a verte prairie.

Aussitôt les abeillcs survinrent et les sucèrent ditigcnuncht; le papillon s'empresse d'accourir) pour attraper aussi une gouttelette; l'araignée ditTorme ctic-meme s'y tra!nc et suce avidement.

Heureux sont-ils d'en avoir goûte, eux et d'autres délicates bestioles) Car ils partagent désormais avec l'homme le suprême bien, le génie de l'art.

Le Toyt~enr.

LE VOYAGEUR. Que Dieu te bénisse, jeune femme, toi et l'en-fant qui suce ta mamello Laisse-moi ici, au pied du rocher, à l'omhrc de cet orme, jeter bas mon fardeau, me reposer près de toi.

LA FEMMK. 0"el métier t'amené~ pendant la chaleur du jour, dans ce scnttcr poudreux? Vas-tu dans la campagne, portant de lieux eh lieux des marchandises de la ville?. Étranger, ma question te fait sourire) l LE VOYAGEUR. Jeh'apporteaucunesmarchahdiscsdc la ville. r~soircccommencc a devenir fràtche. Montre-moi la source où tu te dcsaltëreS) aimable jeune femme.

LA FEMME. Monte le sentier du rocher. Ya devant toi; a. travcrsicsbûissons passe le chemin de la cabane ou je de-meure, de la source qui m'abreuve.

LE VOYAGEUR. Des traces de l'industrie humaine parmi ces broussailles Ces pierres, ce n'est pas toi qui les as disposées, 6 nature, généreuse dispensatrice! ¡ LA FEMME. Plus haut encore t LE VOYAGEUR. Une architrave couverte hc mousse Je te recon-nais/génie plastique! Tu as gravé ton empreinte sur la pierre. LA t'EMME. Plus loin, étranger.

LE VOYAGEUR. Une inscription sous mes pieds Illisible). Les passants vous ont cnacces~ paroles, gravées profondément, qui deviez attester a mille descendants la pieuse pensée de votre maure..

LA FEMME. Étranger, tu regardes ces pierres avec 6tonne-ment? M y en a beaucoup, la-haut, de pierres, autour de mu cabane.

LE VOYAGEUR. Là-haut?

LA fEMME< A gauche) a travers le hallier; ici. Lu vovAGf:UR. 0 A!uscs) 0 Grâces) LA FRMMH. C'est là ma eabanCt LE voYAGEun. Les ruines d'un temple t LA FEMME. Ici prcs coule la source o~t je me désatterc. Lu VOYAGEUR. D'une ai!o cnnanuneC) tu planes sur ta scpui-turc, û génie! Ton chef-d'œuvre s'est écroulé sur toi, 6 im-mortel l ÏA FEMME. Attends, je vais te chercher le vase h hoire. Lu VOYAGEUR. Le lierre a revêtu tes formes élancées, divines. Comme tu t'élèves des décombres, û couple de coionncs) Ht toi, ta-bas, soeur isoléet. Comme, sous la mousse sombre, qui couvre vos têtes sacrées, vous contemplez avec une majestueuse tristesse vos compagnes brisées a vos pieds t A t'ombre des ronces buissonneuses, les débris et !a terre les couvrct)!, et les

POJÈSÏËS.

grandes herbes se balancent par-dessus. Est-ce donc ainsi, 6 nature, que tu respectes !è chef-d'œuvre de. ton chef-d'œuvre? Tu détruis sans pitié ton sanctuaire! Tes mains y sèment les chardons.

LAFËMME. Comme l'enfant dort t.~Yeùx-tû te reposer dans la cabane, étranger? Aimes-tu mieux rester'ici aU:grand air? II est fraisa tiens l'en~mt, et j~irà! puiser de l'caUi Dors, petit} dors. Le VOYAGEUR~ Ton repos cs~ doux. Comme il hagc'daus Une santé divine et respire, doucement ) Enfant ~hdf sur tes débris d'un passe sacre) que son esprit repose sur toi Celui qu'il en-vironne jouira de chaque jour/dans le sentiment de sa nature divine. Germe fécond, développe-toi, magnifique -parure du beau printemps) et brille entré tes égaux) Ht quand l'enveloppe de la ucur tombera nctric, que le fruit boni s'eJevc de ton sein et qu'i! mûrisse aux rayons'du sb!ci!) LA FEMME. Que DieU te veUi!te t. Et dort-il encore ?. Avec cette eau fraîche) je n~ai rien a t'offrir qu'un morceau de pain. LE VOYAGEUR. Je te remercie. Comme admirablement tout fleurit et verdoie alentour!

LA FEMME. Mon mari reviendra bientôt des champs. 0 homme~ reste, reste) et prends avec nous le repas du soir. LE VOYAGEUR..C'est ici votre demeure?

LA FËMME.~Là) entre ces murailics. La cabane, c'est mon père qui l'a bâtie avec des briques et des décombres. VoUa notre demeure. Il me donna a un laboureur et mourut dans nos bras. As-tu dormi) mon cher coeur? Comme il est gai et voudrait jouer) Le fripon! 1

LE VOYAGEUR. 0 nature) éternellement féconde) tu produis tous les êtres pour jouir de la vie bonne mcrc, tu as pourvu tous tes enfants d'un héritage, d'une cabane t l'hirondelle sus-pend sa maison a la corniche, sans savoir que! ornement cHo couvre; la cheniHe entoure de son fil le rameau doré, pour en faire la maison d'hiver de sa couvée~ et toi, tu t'arranges parmi les ruines augustes du passé une cabane pour tes be-soins, 6 homme, et tu jouis de la vie sur les tombeaux Adieu, heureuse femme l

LA FEMME. Tu ne veux pas rester?

LE VOYAGEUR. Dieu vous garde et bénisse votre enfant t LA FEMME. HeurcUx voyage! 1 LE VOYAGEUR. Où me mène le sentier qui traverse cette mon-tagne?

LA FEMME. À Cumes.

LE VOYAGEUR. Quelle distance y a-t-il ? t LA FEMME. Trois bons milles.

LE VOYAGEUR. Adieu. 0 nature., dirige mes pas, dirige la coursede l'étranger qui chemine & travers les tombes sacrées du passe conduis-le au gtte tutelaire; abrite contre le vent du nord) et où le bosquet de peupliers préserve des ieux du midi; i et, quand je retournerai, le soir~ à ma cabane, dorée parle der-nier rayon du soleil, fais que j'y trouve, pour me recevoir, une femme pareille, avec son enfant sur le bras 1

Chant matinal de t'mrdttt.

Le temple est bâti pour vous, nobles Muses, et dans mon cœur en est le sanctuaire.

Au jour naissant, quand le soleil me réveille, joyeux, ardent, je regarde autour de moi déesses immortelles, vous m'envi-ronnez dans la clarté sacrée du matin.

Je vous prie, et ma prière n'est qu'un chant de louanges, et les joyeux sons de la lyre accompagnent ma prière. Je m'avance a l'autel, et je lis, comme cela convient, dévote-ment ma liturgie dans le saint Homère.

Et lorsqu'il m'entraîne dans la mêlée des guerriers aux cœurs de lion, et que les fils des dieux, montés sur leurs chars, livrent l'attaque, brûlants de fureur Et lorsque le coursier tombe devant le char; que, pelc-meie, amis, ennemis, se roulent dans le sang des morts Que le fils des itères, avec son glaive enflammô, les immole par milliers, jusqu'au moment ou lui-même, dompté par une main divine, II tombe sur le bûcher qu'il s'est lui-memeconstruit lorsque les ennemis, insultent, outragent son beau corps Alors je me mets à l'oeuvre vaillamment; le charbon devient une arme dans ma main, et sur ma haute cloison mugissent les flots du champ de bataille.

Eu avant 1 en avant t A grand bruit retentissent les hurle-mehts de l'ennemi mrieux, bouclier contre bouclier, l'épée sur le casque, et, autour du mort; la mort.

Je m'élance en avant, en avant ils combattent autour demi, les vaillants amis, plus vaillants quand ils versent des pleurs de rage.

Ah sauvez combattez t sauvez-le emportez-le dans le camp, et versez sur le mort le baume et les larmes, honneur funéraire! 1 Et quand je reviens ici, tu me reçois 6 maîtresse, chérie, hélas en image seulement, et brûlante encore dans l'image t Ah comme tu reposais a mon coté et me regardais avec lan-gueur, et comme de mes yeux pénétrait dans mon cœur le désir de prendre le crayon l Comme je me repaissais de tes yeux, de tes joues et de ta boucha et sentais dans mon sein la jeunesse et la vie d'un dieu t Oh 1 reviens donc et reste dans mes bras et désormais plus de batailles toi seule dans ines bras ) l Tu seras pour moi, 6 bien-àimée~ l'idéal universel~ tu seras la madone, avec un premier-né~ un divin enfant sur ton sein. Et je veux) nymphe, te surprendre au fond du bocage. Oh t ne fuis pas ma poitrine velue, mon oreille dressée. Et je veux, comme un autre Mars, reposer auprès de toi, puis-sante déesse de l'aniourj et nous envelopper d'un tuet et crier M'Olympe « Vienne qui voudra d'entre les dieux envier notre bonheur, dusse-je voir la jalousie grimaçante enchatnée par magie au pied du lit t tt'MMMf pètntre de p~y~t~e.

J'étais assis un matin, sur Une,pointe de rocher; mes yeux étaient nxés sur !c brouillard; tendu comme une toile gri-sailléc, il couvrait tout dans la plaine et la montagne.

Un enfant se place a mon c6té et dit Ami, comment peux-tu tranquillement regarder d'un œil nxe la toile vide ? As-tu peut-être perdu à jamais toute envie de peindre et de mo-deler ?

Je regarde l'enfant et je me dia Ce bambin voudrait-il faire le maître ?

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