GOETHE. 1 3J
mVAK.
Je voudrais être, hoh~ pas un rabbin (cela ne me tente guère), mais Ferdoucy, Motanabbi, et tout au moins le roi 1
H~eta.
Parle, sous quel signe céleste se trouve le jour où mon cœur) qui est pourtant 'mon bien propre, ne s'envolera plus, et s~ii venait ~s'ënvolër~serâit tout près de moi pour se laisser at-teindre? C'est sur le coussin moelleux et tendre, où mon cceur repose auprès du sien. llseem.
Mtttem.
Comme les brillants, dont les facettes dardent mille couleurs~ entourent là petite boutique de l'orfèvre du bazar, ainsi de jolies fillettes entourent le poète aux cheveux gris. UNE jËuKE FfLLË. Yas-tudéja rëchanter Souleika? Nous ne pouvons la souffrir. Ce n'est pas pour toi, c'est pour tes chan-sons, que nous voulons, que nous devons lui porter envie. Hn effet; quand même elle serait laide~ tu en ferais la p!m belle créature; c'est ainsi que nous avons lu mille choses sur Dschcmil et l!otcinah.
))ais, justement parce que nous sommes jolies, il nous plairait bien aussi que l'on voulût nous peindre; et, si tu le fais avec complaisance, tu recevras un joli salaire.
llATEM. Viens, brunettc, nous y réussirons tresses, peignes, grands et petits, décorent la tête mignonne et proprette, comme la coupole décore la mosquée.
'roi, blondine, tu es si gentille et, de toute manière, si délicate, que d'abord, et non sans cause, on pense aux mi-narets.
Toi, là derrière, tu as des yeux de deux façons; tu peux te barvir de chacun à part comme il te plaît cependant je ferais bien de t'éviter.
Avec ses paupières légèrement pressées, qui protègent le globe del'œil, l'un annonce la friponne des friponnes; et pour-tant le regard de l'autre est si honnête t Tandis que l'un jette l'hameçon qui blessé, l'autre se montre secourable et salutaire je n'estimerai jamais heureux quicon-que ne jouit pas de ce double regard.
Et je pourrais vous louer toutes ainsi, et je pourrais ainsi vous aimer toutes /car/ëh'meme temps que je vous célébrais, je chantai aussi ma maîtresse. r UNE JEUNE FïLLE. C'est le plaisir du pôëtë d'être esclave) parce que l'empire en découle pour tùi; cependant il hè doit jamais ressentir plus dë'joie que si la bieh-aim~e chante elle-même. Sait-elle composer de ces chans6ns''qui voltigent sur nos levresîCâr, ce qui la rend fort suspecter c'est qu'elle agit ea secret.
HATEMt Qui sait ce quelle peut taire? Connaissez-vous un secret si profond? Une chanson que vous avez sentie'vous-memës, que vous avez vous-mêmes modulée,' s'échappe 'de vos lèvres:
0 poétesses, aucune de vous ne l'égale, car elle chante pour me ptaire, et vous chantez et n'aimez que vous< UNE JEUNE FiLLEt écoute, tu nousas présente sous des:traits menteurs Une de ces houris a la bonne heure t mais que pas une sur la terre ne se flatte de l'être.
M~tem.
Boucles charmantes, vous me tenez captif dans l'ovale du visage a vous, serpents bruns et chéris, je n'ai rien qui puisse répondre; Rien que mon cœur il est toujours le même, il se gonfle, épanoui coinme une jeune neur; sous la neige et l'affreux brouillard un Etna se déchaîne devant toi.
Tu me fais rougir, comme l'aurore les sombres pentes de ces montagnes, et Hatem'sent une fois encore le souffle du printemps et les ardeurs de l'été.
Verse, verse encore un flacon Cette coupe, je la bois à mon amie t Si elle trouve un monceau de cendres, elle dira H s'est consumé pour moi.* JI
titoctettM.
Je ne veux jamais te perdre t L'amour donne force a l'amour. Tu seras, avec ton ardente passion, la parure de ma jeunesse. 1. loi la ime manque dans le text eUe sera parfaite s) l'on veut lire Goethe au lieu de //o<<m.
DIVAK.
Ah ) que ma tendresse est nattée, lorsqu'on !oUe mon poète! Car l'amour est ta vie, et l'esprit; la vie dé ia vie. Ne permets pas a ta bouche vérmeine de'maudire les impor-tunitës la douleur d'amour a-t-et!e autre chose a faire qu'à cherchersaguërisoh? f Es-tu sépare de ta bien-aimee~ comme l'Orient de l'Occidéht, ton cœur s'élance dans tous les déserts~ il est partout lui-même son guide i pour les amants, Bagdad n'est pas totn. Votre univers brisé veut toujours se compléter en soi ces yeux limpides ) ils brillent, ce coeur) il palpite pour moi. Oh t pourquoi nos sens sont-ils si nombreux! Us portent !e trouble dans le bonheur. Si je la vois, je désire être sourd, et aveugles! je l'entends.
Dans lé lointain meme~ si près de toi! Et soudain survient te tourment. La tu me partea encore ta, tout'a à coup je te revois.
Comment pourrais-je être serein encore) loin du jour et de la lumière? A présent, je veux écrire; à boire je ne trouve au-cun plaisir.
Quand elle voulait m'attirer, elle n'usait pas de paroles et, comme la langue s'arrêtait, la plume s'arrête aussi. Courage, aimable échanson remplis la coupe en silence. Je n'ai qu'à dire: 'Souviens-toi. on sait déjà ce que je veux.
a Quand je me souviens de toi, reprend soudain l'échanson, mattrc, pourquoi ce silence? Saki' voudrait bien entendre tou-jours de toi des leçons nouvelles. JI 1. L'cchanson; selon de Hammer, te Sakas de la Cyropédie. Si je m'oublie' sous le cyprès, IL n'en tient nul compter et pourtant dans ma retraite, je suis aussi sage, aussi prudent queSalomôn.
t~MMHtte (pade).
Et pourquoi le chef des cavaliers n'enVoié-t-il pas ses mes-sagers de jour en jour ? Il à pourtant des chevaux et il sait é écrire.
Il écrit le taiik et il sait écnre ëlëgammëht le heski* sur lé papierde soie. Que son écnture me tienne lieu de lui. La malade ne veut pàS) ne Yeut pas guérir de sa douce soui~ frahce; elle, que guëriràient des nouvelles de sbaijién-aime, elle est malade.
~'tnmmte (parte encore).
S'il écrit en neski il exprime un sentiment ndele s'il écrit en talik, c'est de quoi me charmer. L'un ou l'autre~ qu'importe? 'l il aime 1-
LWRËDESOULmA.
Je voudrais bien réduire ce livre ) aun qu'il fat aussi serré que les autres} mais comment voulez-vous abréger pages et paroles, quand la folie de l'amour vous entraîne dans les lon-gueurs?
Regarde, bien-aimée, ces riches rameaux en bouquet; i laisse-moi te montrer les fruits entourés d'une coque verte et piquante.
Us sont dés longtemps suspendus, pelotonnés, tranquilles, ne se connaissant point, une branche flottante les berce pa-tiemment Mais, par une force intérieure mûrit toujours et se gonue le'noyau brun; il voudrait se faire jour et verrait le soleil vo*lontiers.
h rottt:, écriture persane; n<<<!), écriture arabe. b82 La coque ss'éclate, le fruit sedétacho et tombe avec joie; ainsi tombent mes chansons, amoncelées dans ton sein.
axmteimnn Au bord de la riante fontaine qui se jùue en légers iRlets, je ne savais ce qui" me tenait r enchaînée niais mon chiffre s'y trouvait) légèrement tracé de ta main je Laissai les yeux t atoidévoùée.
Ici) au bout du canal de la grande allée/je levé les yeux de nouveau~ et je vois encore mon c!nHrc trace d'une main déli-cate reste,'reste-mordevôuet 1 e
Hm~ent* Puissent l'éàu jail!issahte, ondoyante, les cyprès, te dire tDeSoufeikaaSôuIëikajëYaisetjeviens.' »
MoMteitta.
A peine t'ai-je retrouve et ranhnd par mes baisers et mes chants, que je te vois silencieux et renferme en toi-même dis-moi ce qui t'oppresse et te trouble et t'angoisse. ·
M~tem.
0 Souleika/dois-jelc'dirc? Au lieu delouer~ je voudrais me plaindre. Autrefois tu ne chantais que mes chansons, toujours répétées éttoujôurs nouvelles.
Ccelles-ci,jc devrais peut-être les louer encore, mais elles sont supposées {elles ne sont pas de Hafiz, de Nisami, de Saadi, dëDschami.
Je connais toutes celles do nos porcs; chaque syllabe, chaque note en est gravée dans ma mémoire celles-ci sont nouvelles 1 Elles furent composées hier. Parle < as-tu formé do nouveaux liens? Cette haleine, est-ce Une haleine étrangère, qu'avec une si joyeuse audace tu me fais respirer Qui t'anime aussi bien) qui se joue aussi bien dans l'amour, attirant, invitant a l'union des cœurs avec autant d'harmonie que la mienne?
ahunettm.
Hatcm était loin depuis longtemps; son amie avait appris
Dt\'AK.
quelque chose il l'avait si bien chantée) AîovoÏa réparation essaya ses forces, C~cst & bon droit que ces chahts~he te sem-blent pas étrangers: ils sont de Soulcika, ils sont dé toi.'
a Behramgoùr') dit-on, trouva la rime. il parlait avec ravisse ment sous l~mpùisibn d'une aine pure Dilaram} l'amie de ses heures, lui répondait vivement, av~c des mois et dés sons parcits.
C'est ainsi ;bieh-:mnee, .que tu me tus départie pour iroÙYer le noble et charmant usage de ta rime; st bien que je ne pdfte plus énVte même a Behramgoùr, le Sassanide la même faveur m'est échue en partage.
Tu m'as inspiré ce livre, tu me l'as donné, car ce que je disais, dans la joie de mon cceu~ me revenait comme un écho de ta vie charmante; comme !c regard au rcgai'd, la rime ré-pondait là ri Eh biéh) que ce accents te par viennent encore même de lom le mot arrive~ le son; le bruitj dut-il s'évanouir. N'est-ce pas le manteau d'étoiles nouvcuement semées? n'est-ce pas le tout glorifié de l'amour?
Me délecter de ton regard, de ta bouche, de ton sein, en-tendre ta voix, était mon dernier et mon premier plafsir. Hier~ hélas) il fut le dernier t dés lors luhuere et flamme se sont éteintes pour moi; tout badinage qui me charmait me pèse comme une faute et nie coûte.
Tant que la volonté d'Allah ne sera pas de'nous réunir en-core le soleil, la lune et le monde ne m'offriront que sujets de pleurs.
Laissez-moi pleurer, environné de la nuit dans lé désert im-mense. Les chameaux reposent, les conducteurs aussi; l'Armé-nien veille et calcule en silence et moi, prés de lui, je compte les inilles qui me séparent de Souleika~je repasse les facneux détours qui allongent la route.
1. BEttBAM, l'un des Sassanides, surnomma CouR (t'&M sauvage). Laissez-moi pleurer ce n'est pas une honte tes hommes qui pleurent sont bons. Aciutlë pleura sa Brisëis;X~ ura~son armée encore entière Alexandre pleura sur le favori qu'il; avait tue de sa main. Laissez-moi pleurer. Les larmes animent la poussière; Déjà une fratche vapeur s'en exhaie.
ttontettm.
Que sighiue ce mouvement? Est-ce que la brise d'Orient m'apporte de joyeuses nouvclics? Le vif balancement de ses ailes apaise la profonde blessure de mon cœur. Elle joue d'un soùule caressant avec la poussière, la soulevé eh légers nuages elle pousse vers la treille protectrice lejoyeux petit peuple des insectes; Elle apaisé dqucefncnt l'ardeur du soleil, elle rafratclut tnes joues brûlantes, baise encore dans sa fuite les pampres qui dé-corent les champs et les collines; Et son léger murmure m'apporte mille saluts de mon ami avant que ces collines à'obàctitéi s *sèi .1 t i je serai saluée de mille baisers.
Tu peux maintenant poursuivre ta course t Va secourir les amis et les auliges. La-bas, où les hautes murailles s'embra-sent, je trouverai tantôt le bien~aime.
Àh t les vraies nouvelles du cœur, le souffte d'amour, la vie restaurée, c'est de sa bouche seulement qu'elles me viendront; son haieine pourra seule me les donner.
<tMt;e«uMttM.
Le soleil, le Hélios des Grecs, fournit avec magnificence sa carrière céleste c'est sans doute pour s'emparer de l'univers qu'il regarde alentour, en bas, en haut.
Il voit la plus belle des déesses en pleurs, la fille des nuages, l'enfant du ciel; ii semble ne briller que pour elle, aveugle pour tout l'espace ethcre.
Il s'abtme dans la douleur et le frissonnement la déesse épanche une rbsëe de lai'nies plus abondante il envoie le plaisir au sein de la tristesse, et à chaque perle baiser sur baiser.
Alors elle sent au fond de son être la puissance du regard elle levé les yeux et contemple, immobile}'les perles veu-lent pi'cndre Une forme car chacune a reçu en elle l'image d'Itélios.
Ainsi, couronné d'un diadème colore, son front brille ra-dieux lielios vient au-devant d'elle; il s'avance, mais, hélast 1 il ne peut l'atteindre..
Ainsi .par la dure loi du sort, tu recules devant moi, tendre amie, et, quand je serais le sublime Hélios, que me servirait le trône roulant? i
JtteteKtttMtnext.
Uans son magnifique langage, le poète se compare au soleil, puis au roi mais it cache son visage attristé, quand il se glisse dans les nuits sombres..
Enveloppé de nuages tramants, le limpide azur du ciel s'est plonge dans les ténèbres mes joues sont pales et maigries, et mes larmes secrètes coulent tristement.
Ne m'abandonne pas a la huit, a là douleur, toi, maPhébé charmante; toi, mon étoile, mon flambeau, toi) mon soleil, toi, ma lumière t
aemttttm.
Sdunle de l'Occident, que je t'envie tes ailes humides, car tu peux porter la nouvelle des maux que l'absence me fait sounrir. Le mouvement de tes ailes éveille dans le cœur un secret dé-sir; Heurs, prairies, bois et collines, sont en pleurs soUs ton baleine.
Mais ton souffle propice et doux rafratchit les paupières souffrantes. Ah! je mourrais de douleur, si je n'espérais le revoir.
Hh bien vole vers mon amant, parle doucement son cœur pourtant, évite de l'affliger et cache-lui mes souffrances. Dis-lui, mais d'une voix discrète, que son amour est ma vie, et, de l'un et de l'autre, sa présence me donnera'le joyeux sentiment.
Le tre~otr.
Hst-ce possible? étoile des étoiles, je te presse de nouveau sur mon cœur t Ah t la nuit de l'absence, quel abtmet quelle douleur t Oui, c'est toi, douce, aimable ennemie de mes joies; au souvenir des douleurs passées, je frissonne en ta présence. 'Quand le. monde était profondément enseveli dans le sein éternel de Dieu~ il ordonna la première heure avec son sublime plaisir de créer, et !1 prononça la parole = Que le monde soit Alors.éclata un'douloureux hélas i quand l'um avec un puissant enbrt; s'élança dans les réalités.
La lumière s'épanouit, les ténèbres s'en séparèrent avec effroi, et soudain les éléments se dispersèrent et s'enfuirent chacun, eh des rêvés dérégies êt sauvages, s'élança brusque-ment au lôin~ matière inerte, dans l'immense étendue, sans désir, sans bruit.
Tout était muet) silencieux,,désert Dieu était soittatre pour la première fois: mais il créa l'aurore; elle eut pitié de la déso-lation elle développa au sein des ténèbres le jeu musical des couleurs alors put aimer de nouveau ce qui s'était d'abord séparé.
Kt, avec empressement, ce qui s'appartient se recherche et le sentiment et te regard se tournent vers la vie éternelle; li-bre choix ou violence) iln'importe, pourvu qu'on se saisisse et se tienne. Allah n'a plus besoin de créer; nous créons son uni-vers.
Ainsi, avec les ailes de l'aurore) je fus entraîne sur tes lèvres, et, par mille gages, là nuit étoilée confirme notre alliance; nous sommes tous deux sur la terre des modèles dans la joie et la douleur, et quand Uicu dirait encore « Que lé inonde soit t cela ne saurait plus nous séparer.
Mntt de pleine lune.
Mattresse, que signifie ce chuchotement? Pourquoi ce léger mouvement de tes lèvres? Tu murmures sans cesse, pensive, plus aimable que le vin qu'on savoure a petits traits. Vou-drais-tu surtes lèvres jumelles attirer deux autres sœurs? Je disais je veux des baisers t .des baisers 1 Vois, dans l'obscurité douteuse étincellent tous les rameaux fleurissants; l'étoile file après l'étoile, et mille escarboucles jouent l'émcraude a travers les buissons, mais ton esprit est loin de tout cela.
Je disais t je veux des baisers t des baisers ) 1
Ton amant, loin de toi, éprouva de même dans la douceur
D1VÂH.
amère,resscht un bonheur douloureux; vous avez fait vœu saintement de vous saluer dans ta pleine lune voici le moment. Je dis je veux des baisers des baisers t
Ct~ffM.
Montrez du zèle, 6 diplomates eÏ donnez vos potentats de prudents et sages conseils que l'énvot de cluffres secrets oc-cupe le monde/jusque ce qu'ehfm toute revolutton se mette elle-même en e~qûntbre.
Il m'est familier le chiu're de ma douce maîtresse, et dëjaje m'y plais parce qu'ëne~memë a trouve le secret c'est l'abon-dance de l'amour dans la p!Us aimable contrée, la volonté tendre et fidèle/comme entre etiè et moi.
n'cstuhbbuquctëmailléde mille et mille neurs/une peuplée 'd'esprits angéliques, un ciel sëmë d'oiseaux de tout plumage, une mer bu les chansons résonnent, où se jouent des sounlès embaumes.
C'est l'expression ambiguë, et secrète d'une ardeur immense, qui pénètre) comme n&che après flèche t dans la moelle de la vie. Ce que je vous ai révéle fut dès longtemps un usage pieux si vous le devinez, taisez-vous et mettez-le en pratique à votre'tour.
KeNet.
Un miroir m'est échu en partage; je m'y regarde aussi vo-lontiers que si l'ordre de l'empereur était pendu a mon cou avec un double ëclat: ce n'est pas qu'avec une egotstc complai-sance/je me cherche partout; mais j'aime la compagnie, et c'est ici le cas.
Quand je me place devant le miroir, dans la silencieuse mai-son du veuf, aussitôt ma bien-aimée s'y montre a l'improviste et me lorgne. Je me retourne vite, mais elle a disparu, celle que j'avais vue. Alors je regarde dans mes chansons elle y re-parait soudain.
Je les écris toujours plus belles et plus à mon gré, en dépit des critiques et des moqueurs, pour mon plaisir de chaque jour. L'image de mon amante, entourée d'une riche bordure, n'en est que plus magnifique, dans l'or des branches de rose et dans les cadres d'az ir.
DtVAN.
SouMUm.
Avec queltc intime jouissance) chanson/je devine (a pen-sée t Gracieuse tu semblés dire que je suis a son côte Qu'il pehse a moi toujours, qu'il donne pour jamais sa ten-dresse aTamieabscntequiI~ à voùesàvie.
Oui, c'est mon cœur, ce mirpir~ am~ 6~ tu t'esrcgarde~moh sein~ ou baisers sur baisers ont imprimé ton sceau. Douée fiction, vérité pure, enchatnez-tnoi dans !a sympathie tj Donnez un'corps pUr a ia lumière de l'amour sous le vêtement delà poésie t Laisse a Alexandre le miroir du monder En~énet~ qu'est-ce qu'il monti'e?. Ici et la des peuples trahqutUes/qU'it Voudrait secouer do proche en proche, !es domptant avec ies autres. Toi, ne poursuis nul objet nouveau, nul objet étranger; chante pdUr moi) que tu as fait, par tes chants, ta conquête; songe que j'aime) que je vis; songe que tu m'as asservie. Le monde cst~ d'un bout à l'autre, agréable à contempler, mais il est particulièrement beau, le monde des poètes; dans. dés campagnes cmaittccs, brillantes ou d'un gris argenté jour et nuit resplendissent des lumières. Aujourd'hui tout est magnifique pour moi si seulement cela durait) Je vois aujour-d'hui par la lorgnette de l'amour.
Je n'écris plus sur !a fouine de soie des rimes symétriques ` je ne les enlace plus de raiiieaux d'or; tracées dans'Ia poussière mobile, eUes sont enacées par le sbuMe du vent, mais la vertu en reste uxce au sol, par un charme, jusqu'au centre de la, t. H lui suffisait, suivant là légende, d'y jeter les )euï pour voir tes ptansde'- Darius et tous les secrets de ses ennemis..
&89 terre; et il viendra le voyageur, Damant; s'il fouie cette place, tous ses membres tressailleront. < Ici avant moi, un amant aima. Était-ce le tendre Medschnôun? lé robuste Ferbad? l'im-mortel bschëmU? ou rùh de ces mille heureux intortunés? n aima J'aime comme lut, il se révèle à moL Cependant, Sou-leika~ tu reposes sûr le moelleux coussin que j'ai dispose et décore pour toi. Toi aussi ton réveil, tu sens tes membres tressaillir. C'est lui; c'est Hatem qui m'appelle. Et moi aussi je t'appelle, Hatem 1 Hatem it Tu peux te cacher sous mille formes ) 6 toute gracieuse je te reconnais soudain; tu peux te couvrir de voiles, magiques, 6 partout présente) je te reconnais soudain.
Ala jeune et pure croissance du cyprès, 6 femme toute belle, je te:reconnais soudain; dans l'onde vive et pure du canal, toute séduisante de te reconnais bien.
Si le jet d'eau montant se déploie, toute frétillante, qu'avec plaisir je te reconnais t Si le nuage se forme et se transforme) toute changeante, je te reconnais là.
Au tapis des prairies, émaillé de Heurs, tout ëtoitée de feux divers, avec joie je te reconnais, et qu'un lierre aux mille bras s'étende la ronde, 6 toute caressante, je te reconnais là. Si lemàtin s'embrase sur la montagne, 6 toute riante/je te salue' soudain; que sur moi le ciel pur s'arrondisse, toute ravissante, alors je te respire.
Ce que mes sens externes, ce que mon sens interne, me font connaître) 6 source de toute science, je le connais par toi) et, si je nomme les cent noms d'Allah~avec chacun resonne un nom pour toi.
t. Ceh est dit par allusion aux noms de Dieu chez les mahometans Tout miséricordieux, tout-puissant, tout binant, etc. Il y en avait quatre-if!ngt-dix-neuf et AUah faisait le centième.
SÀKI NÀMEH.
UVREDEL'ÉCËAKSON.
Oui je me suis aussi attablé dans ta taverne on m'a donne ma mesure comme aux àuircs~ ils jasaient; i!s 'criaient~ ils discouraient du p~ëseht) joyeux et tristes; selon que te jour te voulait. Moi j'étais assis, et, dans un ravissement secret) je pensais" a ma bien-aimee. Comment elle aime, je ne sais mais, ce qui me tourmehtet Je l'aime comme un cceur qui s'est donne ûdelement à une seule amie et s'est fait son esclave. Où était le parchemin, le roseau, qui auraient tout exprime?. Cependant c'était ainsi, oui .c'était ainsi.
Quand je suis seul a table, ou puis-je être mieux? Je bois mon vin tout seul; nul ne m'impose de gène; je suis & mes pensées.
Mutey levoleur en vint au point d'avoir, morne étant ivre) une belle écriture.
Si le Coran existe de toute éternité/je ne m'en ïntbrmc point; si le Coran fut créé, je ne le sais pas que ce soit le livre des livres, je le crois, selon le devoir du musulman; mais, que !e vin soit de toute éternité, cela, je n'en doute point; 0)~ bien/qu'il ait été ercé avant les anges, ce n'est peut-être pas non plus une fable. Quoi qu'il en soit, le buveur regarde Dieu en iace plus hardiment.
Ivres, i! faut que nous te soyons tous t !a jeunesse est'une ivresse sans vin; si le vieittàrd redevient jeune eh buvant/c'est ivress~ sâns vin; `si lé viéil~âird rèdéviént jeüne.eü bùv~t, c'est uné n~ervéillétïsé vértü 3 là` pi~iivré ~~ü; · se toûcmemté donner une merveiueuse vertu; ta pauvre vie se tourmente donner des soucis, et, les soucis, te pampre les chasse. On ne s'inquiète plus de ce]at Le vin est sérieusement dé-fendu. S'il faut d6n6 que tu boives, ne bois que du meilleur tu serais un doubië hérétique, de te damner pour la piquette.
De quel vin Alexandre s'est-il enivre?. Je gage ma der-nière étincelle de vie qu'il n'était pas aussi bon que le mien. Aussi longtemps qu'on est à jeun, on se platt au mal des qu'on a bu, l'on connatt le bien, seulement l'excès arrive aussi bien vite Hauz, apprends-moi de grâce comment tu l'entendais.
Car mon avis n'est pas exagère si l'on ne peut boire, on ne doit pas aimer; mais, vous, buveurs, il ne faut pas vous croire en meilleure position si l'on ne peut aimer, on ne doit pas boire.
SouLEtKA. Pourquoi es-tu souvent si malgracieuxî HATEM. Tu sais que le corps est une prison; l'Ame y fut en-fermée par surprise elle n'y trouve pas ses coudées franches comme elle veut s'échapper ça et la, on enchatne étroitement la prison elle-même; la pauvre âme en est doublement of-iehsee t c'est pourquoi elle se démène souvent d'une si étrange façon..
Si le corps est une prison, pourquoi là prison a-t-eltc tou-jours soif? L'Ame se trouve bien dedans, et volônt'ers elle resterait tranquille et de bon sens, mais il faut boire Une bouteille, vite une bouteille et puis une autre l'Aine ne veut pas l'endurer plus longtemps, et brise les bouteilles contre la porte.
An tbmmettM~ Rustre, ne me place pas si brusquement là bouteille devant le nez t Que celui qui m'apporte le vin m'adresse un gracieux regard, autrement le onze' se troublera dans le verre.
A t'échanMn.
Entrer aimable enfant. Pourquoi rester là sur le seuil? Sois, l'avenir, mon échanson, et tous les vins seront exquis et lim-pides. t~échtHMon (parte).
Rusée servante; aux boucles brunes, va-t'en t Quand je verse àboire à mon mattre, pour me remercier, il me baise au front. Mais toi, je gagerais que cela ne te suffit pas; tes joues, ta .gorge, lasseront mon ami.
Crois-tu m'abuser, parce que tu t'éloignes maintenant d'un air confus? Je veux rester sur le seuil et m'éveiller si tu te glisses vers lui.
Ils nous ont fait mille reproches au sujet de l'ivresse, et n'en ont jamais assez dit sur notre ivresse'. Pour l'ordinaire, on est enseveli dans l'ivresse jusqu'au matin, mais, cette nuit, mon ivresse m'a fait courir de tous cotes c'est l'ivresse de l'amour qui cruellement me tourmente, et, du jour a la nuit, de la nuit au jour, tremble dans mon cœur, dans mon coeur, qui se.dilate et s'élève par l'ivresse des chansons, si bien que nulle froide ivresse n'ose rivaliser avec elle. Ivresse de l'amour, des chants t. Le vin do l'année onze.
2. La répétition du mot dans cette pièce, comme dans quelques autres, tient à l'imitation de )a forme du gazel. et du vin, qu'i! lasse jour ou nuit, ivresse divine, qui me charme etmetourmentei; Ah i.petit fripon t Que je;g~rdc!mà connaissance, Voit& 1' sentie! et; ~Cjta~sorto,, je suis aussi charmé de ta présence, aimable enfant,touttvre que jesuis. ~f Dans la taverne) de grand matin,.aujourd'hui quel tumulte! 1 !!6te,ct serYantes~ f!amheaux et gens ~que d'ânaires ) que d'i~-suttes ) Lanutc jouait, le tambour battait. C'ctaitun affreux cha-mait!isi cependant, ivre dé plaisir et d'amour, j'en ai.pris ma partcommeunautret Chacun me reproche de n'avoir, rien appris en morate) mais je, me tiens sagement éloigne des disputes de l'école et de la 'chaire. ~t L'ÉCHANSON. Dans quel état, seigneur h.. Tu sors bien tard de ta chambre aujourd'hui) Les Persans appellent cela Btdama'j' ~M<(~ en Europe, on l'appelle/~n!~ LE poËTE. Laisse-moi pour le moment, enfant chéri le monde ne saurait me plaire, n~ l'éclat et le parfum de la rosé', ni le chant des rossignols.
L'ECHANsoN. C'est cela même que je veux traiter, et je pense que la chose me réussira. Viens, mange ces~amandes. n'atches, et tu retrouveras au vin de la saveur.
Puis je veux sur la terrasse te restaurer au souffle de la brise; aussitôt que mon regard se Sxera sur toi, tu donneras un baiser à l'echanson.
Regarde, le monde n'est pas une caverne; il est riche tou-jours en nids et en couvées, parfum de rosé, essence de rosé; le bulbul aussi chante comme hier.
t. SanBgatett.
OOBTHB. t 98 Cette afIrëusëcoqueMé, cette côùrtisahe~~ appelle là so-ciété elle m'a trompé comme tous les autres~ elle n)'a ravtlà foi ) puis l'espérancëjellé voulait maintenant nie ravir l'amour je iné suis échappé. Aun de préserver a jamais le trésor'sauvé, je t'ai sagement partagé entre Souleika et Saki;'chacuh d'eux s'efrorcèat'ënYidetn'ehpayer îëplus'~ plus riche que jamais. J'âi retrouvé !àfbi,!a toi a l'amour de Souteika; Saki meddnhe/dahs la coupe, !ë délicieux sentiment du présent qu'ai-je à faire de l'espérance?
-jb~ètitMMt. < Aujourd'hui tu as bien mangé) inâis tu as bu mieux encore ce que tu as oublié pendant te repas est tombé dans cette jatte. Vois, nous appelons 'cc!a'uh:.}<noa<Kc~n (petit cygne) comme tes aime un convive rassasié cela, je l'apporté à mon cygne) qui se rengorge sur les flots.
Mais on assure quelle cygne chanteur Sonne lui-même ses. funérailles ne me fais entendre aucune chanson, si elle pré-sage ta fin.
t~~ehMtôH.
Ils t'appellent le grand poète, quand tu té montrés sur la place; j'écoute volontiers quand tu chantes, et je prête encore l'oreille quand tu fais silence.
Mais je t'aime bien mieuk ehcorc, quand tu donhcs'un bai-ser en sou venir: car les paroles s'envolent, mais le baiser reste au fond du cœur.
AccoUplerdesnmes a son prix ~beaucoup penser vaut mieux encore {chante pour les autres et reste muet avec l'échanson.
LE poËTE. Viens ça, cchanson ) Encore un verre t
L'KCHÀNsoN. Seigneur, tu as assez bu. On t'appelle l'insatiable buveur.
LE poËTE. M'as-tu jamais vu tomber?
t. Le monde conviendrait mieux, mais il faut un substantif féminin. 9. Jeu de mots intraduisibto. L'ËCHÂNsoNtT~Ytptcs.lalordeMah~~ LE roËTË.Anti~ personne n'écoute, je veux m'ouvrir a toi. L'ËCHANsoisL St tu parles en(!n de bon gré, je n'aurai pas he-somdetefait'et~ LE PpËtE. Écoute) nous autres musulmans, nous devons courber ja tête a jeun; lui', dans son saint zèle, il voudrait être seul égare.
SÂKt/Oma!~e,s6h~ë'q~dahsl'tYressë~ iutôïir dé toi ta flamme mille étincelles brillent eh pétillant, et tu ne sais pasbùcela prend.
Quand tu'frappes sur la'table~je vois dàhs'Ies coins des moines qui dissimulent, les Hypocrites, tandis'qùe tu ouvres tôncœur:
Uis-moi donc pourquoi là jeunesse/sans être encore délivrée d'aucun'détaut.si'dëpôurvue de toute vertu,'est plus sagë~q~ làviéillëssë?' Tu connais tout ce qu'enferme le ciel, tout ce que porte la terre, et tu ne caches pas te trouble'qui s'éveille dans ton sein. HATEM. Eh bien, cher enfant, reste jeune et reste sage; ta poésie est, il est vrai, un don du ciel, mais, dans la vie ter-rëstrë,c'estuhleurre.
On commence par së'ber6ér en secret) puis a se trahir tôt et tard par son bavardage. C'est en vain que le poète est dis-cret la poësie'èllë-meme est déjà une trahison.
'Ntnit'd'ét~ -i' ~i' LE POETE. Le soleU est~ couche, ~mais,); a l~ccident, le ciel brille toujours je voudrais savotr combién de temps encore dureracerenetdoré~ L'ECHANSON. Si tu le veux, seigneur, je resterai, j'attendrai ~èl,t~N~,o.N.t W.}~ïŸ ,igne~r, J? resterai, j'attendr~i hors des tentes quand la nuit aura vaincu le crépuscule, je viendrai d'abord te l'annoncer.
Car je sais que tu aimes à contempler les hauts cieux, l'im-t. Mahomet. &96 mensité, quand ces feux lointains l'un l'autre se magnifient dans l'azur.
Et le plus éclatant'se borne A dire i Maintenant je brille en mon lieu si Dieu voulait vous illutniher davantage votre éclat seraitaussivifquelëmiéh.' ` Car tout est magninq~ devant bteu~~ (pI'i1' est le metllëur, et maintenant tous les oiseaux sommeillent dans leurs nids, petits ou grands.
It eh est un aussi peut-être perché sur les rameaux du cyprès, où lé vent tiède le berce jusqu'au moment que l'air se mouille de rosée., ~i.
Voi!a ce que tu m'as appris ou d'autres choses pareittes} ce que j'ai entendu de tôt ne sortira pas de.moh cœur. Je yeux .pour l'amour, de tôt) faire ici la chouette sur la terrasse, jusqu'à i'hcure où j'aurai observe ta révolution gé-, mihéede laconsteMatiQnduhord..
Alors il sera minuit, où souvent tu m'éveilles ayant le temps, et quelle jouissance magnifique, si tu admires avec mot l'univers) LE poETE. Il est vrai que dansées jardins embaumés le bulbul chante des nuits entières mais tu pourrais longtemps attendre que la nuit eût triomphé du jour., Car, dans cette saison de Flore, comme le peuple grec la nomme, la veuvedepaine', l'Aurore, brute d'amour pour HcspéruSi Hetourne-toi ~regarde, elle ytcnt .avec .quelle vitesse par-, dessus les vastes campagnes en fleurs ici la lumière et là lumière la-bas la huit est refoulée dans ses dernières limites.
Et, avec ses pieds rosés, l'aurore légère court et s'égare à la poursuitc'de celui qui s'est'échappé 'avec le soleil ~e sehs-~u pas Une ardente hàteihe d'amour? d
Va donc, mon aimable enfant, au fond de ta demeure; ferme les portes, car la déesse pourrait bien ravir ta belle, l'ayant prise pour Hespérus. r
t. Femme dont le mari est absent pour quelque temps.
2. Il faut observer que tofet't est féminin en allemand et peut figurer t'ttpacte d'i!esp6rus. L'~cHANs6N)<n<fôn!tt. Je l'ai donc ëhnn obtenue de toi, ta présence de Dieu dans tous les éléments! Comme tu rn~às fait ce don d'une maniéré aimable! Mais, ce qui est plus aimable encore, c'est que tu aimes.
H/.TËM. il sommcine doucement et it à bien mérita le sôm-meiL Aimable enfant ) tu m'as verse a boire) et) sans contrainte ni chatimehtj: tu as appris) ~oUtjëUhe, de ton ami et ton insti-tuteur ce que le vieillard pense. A présent, une pleine et bëÛe santé; pénètre dans tes membres, et te communique une vie nouvelle.' Je bois encore, mais sans bruit,Sans bruit, de peur que tu ne me fasses leplatsir de t'cvcit!er.
MATHÀL NÀMËH.