‹ Œuvres de Goethe. 1Chapitre 6 sur 59 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

domMeh nods ~mea henreot Un jotor.i.. c'est

tvoUsmaintenantdet'.tpprendreaumonde.

It–0 pierres; instruisez-moi; parlez, augustes palais; rues~ dites un mot Génie) ne t'éveiiles-tu pas? Oui, tout est animé dans tes saintes murailles, Rome étcrneHe. Pour moi seul tout garde encore le silence. Oh 1 qui me dira tout bas à quelle fenêtre un jour je verrai ladouce créature qui en me consumant me vivifie? Ne.puis-je encore deviner ta voie sur laquelle je dissiperai sans cessé Un temps précieux à me rendre citez cite, à en revenir? Jusqu'ici j'ai observé les églises et les palais) les ruines et les colonnes~ en homme réfléchi, qui profite habile-ment deson voyage. Mais bientôt je laisserai tout cela, et un seul temple, le tëmpte de l'Amour~ recevra l'initié ) 0 Home~ tu es un monde sans doute, mais~ sans l'amour, le monde ne serait pas le monde, et Home non plus ne serait pas Rome.

II. Honorez qui il vous plaira) Ennn je suis en sûreté BcHes dames, et vous, messieurs du monde po!i, demandez dea

t. Goethe a écrit tes EKgies en distiques (hexamètre et pentamètre).

POHStËS.

nouvelles de l'oncle et du cousin, des vieilles cousines ci des tan-tes, et qu'à la conversation gumdéc succède le triste jeu. Bon voyage~ aussi, a vous autres iiabituës des grandes et des petites assemblccs,qui avez souvent failli me réduir~ âu d~sésloit;l'Iténouvcleztoutes,ces vaines discussions politiques, qui poursuivent avccacinrnemeritio voyageur à travers l'Euro~ Ainsi laclilnstin deMalbrbughpQursutYit te voyageur anglais de Parisà Livourhe, puis de Livpurne a Rome, et, jusqu'à Naples encore, et, eut il ifait voile pour Smyrne, Malbrough) la chanson de Malbi-ougit, l'au-rait accucitii dans le port. Ainsi, jusqu'à ce joùr~ j'ai du, dans toutes mes courses, entendre blâmer le peuple, blâmer les con-sei !s des rois. Maintenant vous ne me découvrirez pas de sitôt, dans l'asile qu~Amour, le souverain, m'a octroyé par sa royale faveur. Il me couvre ici de son aile; ma bicn-aimée, Homaine dansie cœur, ne craint point les furieux Gaulois e!)c ne s'cn-quiert jamais d'histoires nbuvel!ës;'ene épie avec soin les désirs de l'homme u qui cite s'estdonnec. ËHc metson piaisir en lui, le libre et robuste diranger~ qui lui parle de montagnes et de neige et de maisons de bois; elle partage les f)ammes qu'elle allume dans son sein elle aime à voir qu'il ne ménage pas l'or comme le Romain. Sa table est à présent mieux servie; elle ne manque ni d'habits ni de voiture pour. la mener à l'Opéras ha mère et la tille se complaisent dans leur hôte du ~ord, et le bar-- 'bare règne sur le cœur et la personne de la Homaine. IH. Ne regrette pas~ ma btcn-aimee, do t'être sitôt livrée à moi t Crois-le bien, nulle pensée chez )not, qui t'onense ou te rabaisse. Les traits de l'amour ont des efrets divers quelques-uns nous enleurcnt) et, du poison qui s'insinue) le cœur est malade longtemps; mais les autrcs~aux ailes puissances, à la pointe vivement acérée, pénètrent dans la moelle, ;embrascnt soudain le sang. Dans l'âge héroïque, où les dieux et les déesses aimaient, le désir suivait le regarda la jouissance suivait le dësir. Crois-tu que la dëcsse de l'amour ait longtemps renëch!) lorsque, dans les bois de l'Ida, un jour, Anchise lu! plut?, Si Diane avait tarde à couvrir de baisers le beau pâtre endormi, l'Aurore jalouse l'aurait bien vite éveillé t Héro apercutLéandrc dans une Mtc bruyante, et soudain l'amant embrasé s'élança dans le flot nocturne. Hhéa Sylvia, la vierge royale, descend puiser de l'eau :dans le Tibre, et te dieu la saisit dans ses bras. C'est ainsi que Mars de\mt perçut. Une Iduv allaite les ju-meaux, et Rome s'appelle la reinedu mondé.

IV.ous sommes pieux, nous autres~ amants, nons âdorons en secret toutes les divinités; nous désirons nous rendre propi-ces chaque dieu) chaque déesse .ct~ par la; nous vous ressem-blons, û, Romains victorieux t YoUs offrez des demeures aux dieuxde tous les peuples du monde que l'Egyptien les ait for-més, noirs et sévères, d'antique basalte, ou le Grec, blancs et gracieux/de marbre pcnt6IIqùë.~Mais cela n'p~ les ümmortels, si nous offrons, de préférence, a l'une des divinités le plus précieux encens. Oui, nops vousic confessons volontiers, nos prières, notre culte de chaquejour, restent vbués'particu-lieremëht a une seule déesse. Enjoués ci graves) nous célébrons des fêtes secrètes, et le silence sied bien a tous les initiés. Kous attirerons nous-mêmes sur nos traces, par d'horribles forfaits, les Euménides; nous oserons subir, sur là roue tournoyante et au pied du rocher, lascv6re sentence de Jupiter, plutôt que de soustraire notre ctcur a ce culte charmant. Cette déesse se nomme l'Occasion apprenez a la connaître E)Ie vous apparaît souvent, toujours sous une forme nouvelle. On la dirait fille de Thétis et de Prêtée, dont les subtiles métamorphoses trompè-rent maint héros. Ainsi leur fuie trompe maintenant le novice, le timide~ elle lutine sans cesse fes mortels assoupis elle passe à tire-d'aile devant ceux qui veillent elle ne se donne volon-tiers qu'a l'homme actif et prompt; pour lui, il la trouve do-cile, enjouée et doucc et tendre. Un jour elle m'apparut aussi, brune jeune fiHe sa riche et noire chevelure descendait sur son front, des boucles légères se rouiaicnt autour de son cou char-mant, et sur sa tête s'étcvait une libre frisure. Je ne la mécon-nus point, je la saisis dans sa course bientôt, docile, elle me rendit avec amour cmbrasscmcnts et baisers. Oh que je fus heureux)~ Mais silence) Ce temps est passé, et c'est vous .qui m'enchaîner aujourd'hui, belles tresses romaines ) V. J'éprouve désormais un joyeux enthousiasme sur la terre classique; les âges passés et l'âge contemporain me par-lent avec plus de force et de charme. Ici je suis le conseil des anciens, et, d'une main diiigcnte, je feui!]cttc chaque jour leurs

PO~SYHS.

ouvrages avec Une jouissance nouvelle. Mais) durant les ntnts, Amour m~occupc autrement. Quand même je ne serais instruit qu'adcmi, je suis heureux doublement. Ët~h~~ cè,'pâs ni'iü'struire que d'observer les formes d'un beau seih~ de promener ma main sur le torse? Alors seulement je compM~ marbrer je médite et je comparer je vois d'uh~~œ je touche d'une main qui voit. Si maihaftrcssë me dérobe quel-ques heures du jourtëlleme dédommage en me donnant lés heures de !à huit. Oh ne s'embrasse pas toujours on cause sensément. Ust-elie stirprisc par le sommeil, couche près d'elle, je me InTC a miHe pensées; souvent m~me j'ai poétisé dans séa bras, et,d'uh doigt musical) j'ai compté doucement sur sësépaù-les la mesure de l'itexamett'c. Ëiïe respire dans son aimable sommeil, et son baleine m'embrase jusqu'au ibnddUcccur. Ce-pendant Amour ëntrjCtient la lampe, et songe aux temps ou il remplissait te même ofUcc pour ses triumvirs. Y!. Pcux-tubien) cruel,m'amigerpardescmblabics dis-cours ? Chez voUs, les amants parlent-ils avec tant d'àtnertUme et de rudesse? S! le peuple m'accuse, je dois le soufirir, et ne suis-je point coupable peut-être? Mais, hélas t je ne suis coUpa-ble qu'avec toi. Ces habits, ils témoignent a la jalouse voisine que ta veuve no pleure plus son époux dans la solitude. Souvent n'es-tu pas venu sans précaution, par le clair de lUne, vêtu de gris, en manteau sombre, les cheveux roulés par derrière? ~'as-tu pas môme, en te jouant, choisi, pour te déguiser, l'habit du prêtre? Hh bicUt si ce doit être un prélat, a la bonne hein'c te prêtât, c'est toi ) Dans !a Rome cléricale) cc!a semble a peine croyable, mais, je !e jure, jamais un prêtre n'a {oui de mes cmbrassemcnts. J'étais pauvre, hcias) et jeune et bien connue des suborneurs; Fatconicri m'a souvent mangée des yeux, et un entremetteur d'Atbani a voulu m'attirer par des lettres, pleines de belles promesses, soit a Ostie soit aux quatre fontai-nes. Mais qui ne vint pas? ce fut ta jeune fiUc. Tant je fus tou-jours !a franche ennemie des bas rouges et des bas violets aussi. Car, après tout, c'est vous, jeunes n!tcs, qui finissez par être trompées, disait mon père, bien que ma mère prît la chose ptus légèrement. Ht moi aussi, je suis donc cnun trompée! 1 Tu ne me fhis voir qu'une ibinte co!crc, parce que tu songes a

POËSYES.

fuir. Va) vous n'êtes pas dignes des femmes) Nous'portons les enfants sous le cœur, et housy portons aussi ta foi. Mais, vous autres hommes en m~me temps que Votre vigueur et vos désirst vous dissipez votre amour dans les embrasse-mehts.

Ainsi parla'mà~màttresse, puis elle enleva t'entant de sa chaise) le pressa sur son cœur en le baisant) et des tarmes cou-lèrent de ses yeux. Ôh comme je restai cohfuSj.'a la pensée que les discours d'hommes méchants avaient pu me flétrir cette ài-mahtengure Le feti ne jette que par moments une lueur som-bre et puis il fume; quand reàU) qui se précipite, enveloppe soudain le brasier~ mais là flamme britlàhte se dégage bientôt; elle repousse les vapeurs qui l'obscurcissent, et s'étànce dans les airs avec uhë force nouvelle.

Vîl. Oht que je me sens heureux dans Rome, quand je songe aux temps on un jour grisâtre m'accueillait au fond du Nord, bu le ciel, sombre et pesante s'abaissait sur ma tête; ou, dans ma lassitude; je voyais le monde sans couleur etsans forme autour de moi, et) pour observer les noirs labyrinthes de mon esprit mécontent, je retombais sUr moi-même dans Une silen-cieuse rêverie. Maintenant l'éclat de l'cthel') plus bnDant, illumine mon front; le divin PhébUs évoque les formes et les couleurs; la nuit brille ptoilëc; elle résonne de chants volup-tueux, et la lune me luit plus claire que le jour du Nordt Pour moi, mortel, quelle félicite) Est-ce un rêve? Jupiter~ û mon père, ton palais d'ambroisie s'ouvrc-t-it à l'étranger? Je me prosterne et je levé vers tes genoux des mains suppliantes. 0 Jupiter hospitalier, écoute-moi) Comment je suis entre, je ne puis le dire Hébé a pris le voyageur par la main et m'a cn-tratné dans les salles. Lui as-tu ordonné d'amener un Itères dans ces hautes demeures? La belle déesse s'est-ellc trompée? Pardonne) laisse-moi profiter de l'erreur) Ta fille) la Fortune, elle aussi, distribue les dons les plus beaux a la manière des jeunes filles, comme le veut son caprice. Es-tu le dieu hospi-talier ? Alors ne repousse pas un hôte, un ami, de ton Olympe sur la terre) Poète, on vas-tu t'égarcr? Pardonne-moi, le sublime Capitote est pour toi un second Olympe. Souft'rc-tuoi ici, Jupiter, et que, plus tard~ sous la conduite d'Hermès, je passe devant le tombeau deCcstius', pour descendre doucement chez'ies ombres.

i YI!Ï.– Quand tu Jme,dis, A ma ma!tresse,qùe, dans~toh enfance, tu he'plaisais pas aux gens, et que ta m&rc te dédaigna jusqu'au temps ou tu devins grande et te développas insensible-ment, je le crois; je me plais a te V6ir):par la pensée, comme une enfant'extraordinaire. Bien. que la forme et la couleur manquent a la'fleur de' la vigne, .quand la grappe est mùrC) i ellcrâvit~esliommesetlesdicux.

IX. –En ces jours d'automne, la flamme Idit sur le foyer rustique~ ttospitaliër cUe petiHe, éclate et s'ëtancc des brou-fines en frémissant: Ce soir~cHeme.rcjouit davantage; car, avant que le fagot se réduise en charbons ci disparaisse sous la cendre, celle que j'aime viendra. Alors tisons et broutilles flamberont, et la nuit) réchauffée; sera pour nous une bril-lante fête. Demain, de bonne heure empressée~ elle quittera la couche amoureuse, et se hâtera de réveiller la flamme assoupie; car l'Amour donna, par excellence, a l'enchanteresse de réveiller le plaisir, a peine éteint comme la cendre.

X.– Alexandre et Cé~ar,Henri et Frédéric, tous ces grands hommes~ volontiers me donneraient la moitié de leur gloire', si je pouvais, pour une seule nuit, leur céder cette couche mais, les infortunés) l'austère puissance d'Orcus les enchaîne. Toi donc) qui jouis de la vie) goûte le bonheur & cette place, que l'Amour échauffa de sa flamme, avant que ton pied fugitif se baigne avec horreur aux flots du Léthé.

XL 0 Grâces, pour vous un poète dépose quelques feuillets sur l'autel pur, avec des boutons do rosé, et il apporte son Df~ frande avec confiance. L'artiste se complaît dans son. atelier, qui toujours semble autour de lui un Panthéon. Jupiter baisse son front divin et Junon levé le sien; l'hébus marche en avant; il secoue son ondoyante chevelure; Minerve regarde a ses pieds, d'un oeil austère, et le léger Afercurc jette de côté un regard malin et tendre a la fois. Mais vers Hacchus, voluptueux, rc-t. Aupr&s de ta pyramide da Ccstius est te cimeti&ro protestant. 2. FrMMc te Grand écrivait a Voltaire, te 0 octobte t~ Un instant de bonheur vaut mi)!e ans dans t'histoire. Mur~Cy<h<!Met~Y6scs yeux pleins d'amoUreû~ lüimidi;s encore, même 'dans le marbrer EI!e se souvient avec délices de ses embr&ssëmenfs et semble lui dire a Notre divin fils ne de-vrait-il ~as:etre a hôfrc cote t' i Xïï. Entends-tu ma' bëlle~ces"cris joyeux sur la ~voie naminiehnë? 'Ccisoiîi 'des~moissbnheUrs i ils retournent 'chez eux bien'ioih' ï!s"6nt achevé la'moisson' du Romaln~qui )dd-daigncdct'rësser'lu{-m6mela(;ourdh~ d 0 t:~ies:~l~iillés,:fctGs ne soht'plus' consacrées a '!a' grande déesse~ qu~ au. lieu de glands, 'dispensai pour hourHture) le froment'dorc/Cctebrons~ hôtis dcùx/èn~sccrctia.~oyeusc'fcte. Deux amants sont l'un pour ràutrè''Uh'pèup)eënt)cr/As-tu'peùt~etreou')parlerdeIâ fôtë mystique~ qui~d'Ë!cusis~ suivit autrefois lë~vainqucur en ces lieux? Les Grecs l'institu&rëht e{, m6më dans les murs de Home,' Ic~ Grecs scuJs criaient'toujours Venez H !a hUit sacrée) Le proiane s'éloignait; le novice attendait, tremblante v6tu de robe Manche,~symbole de phreie; Puisrihitiô-s'a~ Yançait/&véc de bizarresdetours/htravers des cercles dengUrcs étranges; it se croyait baHbttc'par Un songe car. Ici, des ser-pents se roulaient sur !c sol autour de Jui; !a, des jeunes nHes passaient, couronnées d'épis d'or) portant des cassettes fermées; d'un air mystérieux, !cs prêtres gesticulaient et murmuraient impatient, inquiet, !e disciple attendait ta lumière. Ënnn, après des eprëuves'ët des experichccs diverses, on lui révélait ce;quc te cërcte sacre cachait sous les figures bizarres. Et que! était ce secret? Qu'un jour ta Gràndû Mère des dieux céda cile-mcme aux désirs d'un hcrôs/Iorsqu'cue'livra les charmes sccrets'de son corps immortel a Jasion, le vamant roi de Crète. Alors ta Crète (ut heureuse. Le lit nuptial de !a déesse était jonche d'épis, et !a moisson couvrit les campagnes de son riche fardeau. Mais le reste de la terre tahguit; car, au sein des plaisirs de l'amour, Cércs négligea sa belle mission. L'initie écoutait !a légende avec ctonnement, et faisait un signe a son amie..t. Ce signe, le com-prends-tu, ma bien-aimee? Le myrte iounu ombrage une place sacrée,et le monde ne souffrira point do nos plaisirs. J X1M. Amour est toujours un fripon, et qui se fio & lui est trompe. Il vint a moi, l'hypocrite. < Une seule fois encore, donne-moi ta confiance. Je te veux du bien; tu as consacrer je l'avoue avec reconnaissance, ta vie et tes vers a ma gidn'c. Tu le vois, je t'ai suivi jusqu'à Rome; je voudrais faire sur;ce bord étranger'quelque chose pour te complaire. Chaque yôya-geUr se plaint qu'il trouve de mauvais gîtes celui que l'Amour recommande est gtté délicatement. Tu considères avec étonne-ment les ruines des antiques édifices, et tu parcours ayec re-cueillement cette enceinte sacrée lu vénères plus encore les précieux restes du travail de ces admirables artistes; que je visitais constamment dans leur atelier t ces Sgûres, c'est moi-même qui les ai formées. Pardonne-moi, ce n'est point vantcrie cette fois; tu l'avoueras, ce que je dis est véritable. Maintenant tu me sers plus mollement. Où sont les belles termes, où sont les couleurs, l'éclat de tes inventions? 0 mon ami, songés-tu à modeler encore? L'école des Grecs est restée ouverte; les ans n'en ont point fermé la porte. Moi, le maître, je suis jeune éter-nellement, et j'aime là jeunesse. Je ne t'aime pas sage comme un vieillard. Courage) comprends-moi bien. L'antique était nouveau, quand vivaient ces heureux mortels. Sache vivre heu-reux, et qu'ainsi vive en toi l'antiquité) La matière de tes chants, où la prendras-tu? Je veux te la fournir et l'Amour seul t'enseignera le style sublime. Ainsi parla le sophiste. Qui l'au-rait contredit? Hélas) et j'ai coutume d'obéir, quand le mattre commande. Aujourd'hui le trattre méfient sa parole; il me fournit le sujet des chants, hélas) et il me ravit en même temps le loisir, ia force et la pensée. Un couple amoureux échange re-gards et serrements de mains, baisers, douées paroles, syllabes d'un sens délicieux; le chuchotement devient causerie; le bé-gaiement, aimable discours t un hymne pareil expire sans pro-sodie. Aurore, comment pouvais-je te croire autrefois l'amie des Muses? Aurore, es-tu aussi séduite par ce fripon d'Amour? Tu m'apparais maintenant comme son amie, et tu me réveiiles & son autel pour un jour de fête. Je trouve sur mon sein tes no<9 delà chevelure; la jolie tête repose et s'appuie sur mon bras, qui s'enlace autour de son cou. Qu'il fut délicieux, votre réveil, heures paisibles t II m'onrit le souvenir des voluptés qui nous avaient bercés dans le sommeil.Encore endormie, elle s'agite, retombe sur la couche en se détournant de moi, et cependant elle laisse sa main dans la mienne. Le tendre amour, la fidèle ardeur, sans cesse nous lient, et le désir ne s'est réservé que te changement'dc caresses: Un serrement de main; et je Vois ou-verts ses yéùx'céièstës. Oht ndht laissez mon regàrct'se re-poser sur ces formes t Fermez-vods encore. Vous me troublez et n)'ënivrez vous me ravissez' trop tôt là paisible jouissance de la purc'cohtëmpiatioh~ bans ces formes, quelle grahdciir t Que de noblesse dans ces côhtôUrs) Si Ariane endormie était aussi bene)Thésëe~pouYâis-t(ifuirtAcM~ l~viësi~un séùl bâi= ser t 0 Thésée, 'paj's maintenant ht. Arrête tes yeux sur les siens. EUe s~eveule Elle't'ënchathë pôUr jamais. fait joGc XtV. Petit servjteur~ allume le flambeau t II tait jour encore. Vous brûlerez inûtitemëht t'huile et la mèche. Ne iermez donc pas les Yoîets. Lé soleil à disparu derrière !es mai-sons ci non derrière la ~montagne. Encore une demi-heure, avant qu'on entende là cloche du soir. –Va) importun, obéis. J'attends ma mattresse. Cependant console-moi) petite tampe, aimabic messagère oe là huit.

XV. Je M'aurais, je pense jamais suivi César chez les Bre-tons lointains; Fiôrus~ m'aurait sans peine chtratné dans'ies tavernes; car !es tristes broui!!ards du Nord me seront toujours beaucoup plus odieux qu'une multitude anairée de puces méri-dionales. Et) des cejour~jevous sàtue avec plus de joie que jamais, 6 cabarets, h6teHeries comme voUs appelle st bien le Romain; car vous in~avëz ifait voir aujourd'hui ma mattresse, accompagnée de son pnc!e, que cette bonne amie trompe si souvent pour me posséder.' Ici était notre table, entourée d'Alle-mands, réunis en cercle intime. Vis-à-vis~ la belle chercha une place & cAté de sa mère; elle remua vingt fois !e banc~ et sut faire si bien~ que je pus voir a demi son visage et son co! tout entier. EUe parlait plus haut qu'il n'est d'usage chez les Ro-maines elle nt l'essai, se tourna, pour me jeter uh coup d'œil, servit & boire et manqua Je verre. Le vin coûta sur Ja table, et, de son joli doigt, elle y traça des cercles humides; elle enlaça mon nom avec le sien. Curieux, je ne cessais de suivre le doigt mignon el!e m'observait bien ennn elle dessina vivement un t. On attribue <t Fïoru~ te PMT~fKMm ~tter~ < c'est peut-être & ce)a que te poète fait a!tusion.–2. Osterie. no cinq roniain avec un petit trait devat)(. Puis,' aussitôt que/Je t'ai vu, qlle;entrelàce cercles sur. cercics~pourénac~~ les lettr;és ét les chiures~ mais, te quatre çhéri~je le voyais toujours devant mes yeuXt J'étais/resté muet et je mordais jusqu'ati sang 'ma l6vre brûiahie) moitié par plaisir et malice~ moifté pai~ désir. Quede temps encorOj jusqu'à la nùitf Et, ~d quâtrè liéirrés encore d'attente ~Soleil, tu t'arrêtes la-haut contempler ta KOme.. 'i\t n'as rien vu. ëi tu ne yerras rien de p!us grand, comme Fa; promis, (iànsson~enthousmsme)~ pr~tre lÎôraci:. M ais aujourd'hui ne ~arrête pas; 'jè~t'en prie) et "détourne ptus tôtetpIusVotôhiiërs ton regard des;sept,c~inest;En'j!avëur d'un poëte, àbrëge~ccsbenes heures, tes dëtices du petûirc qui les contempicjde son;regàrd avide. Que :le;tien ennamme encore un moMent ces ttautes façades ces coupoles )' ces colonnes cnûn ci ces ohëusques, ctplônge-tôi vitedans la mer, pour voir plus tôt, detnain,~ceqûi depms des siècles te procure un: plaisir divin ces humides rivages, si longtemps couverts de roseaux) ces sombres conines.'ombragëes d'arbres et :de buissohs< De rares cabanes d'abord se montrèrent) et tout'~ coup tu les vi" animées par un peuple innombrable d'heureux brigands. Ils tramaient tout a cette placer a peine le reste du globe iUt-il en-core digne'de ton attention. Ici tu yis.naftre un monde; ici tu vis ensuite un monde en ruines, et, de ces ruines~ surgir un monde nouveau, plus grand peut-être. Pour, que je le voie long-temps encore éclaire de tes feux~ puisse la Parque me dévider Je fil avec une sage lenteur ( mais qu'elle,précipite) l'heure genti-ment désignéett.. Obonheur!nel'ai-jepasentc.nduo?~on, mais déjà trois heures: sonnent., Ainsi, .Muses chéries,, vous avez en-core trompé la longueur de l'mtcryalle qui me séparait de ma maîtresse. Adicut ~e cours maintenant,.ct je.ne crains pas de vous oflenser) car toujours, û flores déesses, vous cédez le pas & l'Amour. ( XVI. Pourquoi) mon bien-almé, n'es-tu pas venu a la vigne aujourd'hui? Seule, comme je'l'ayais promis, je t'attendais en haut. Ma chero, j'étais déjà entré, quand j'ai vu, pa.r bou-t. A Rome, on Mmfto tes heures ()eput~ t6 coucher'du M!o!t. Quatre hture! répond neuf ou dit heures du soir. heur, pr~s des ceps ton ohclC) qui se fat'guait ~tourncrça et 1~ Je me suis'csqutvé bien vite,– Olit quelle tnëpriset C'est un épouvantai! qûi~i'a chassé. 'Nous avons fabriqué ensemble ce mannequin avec de vieux habits et des roseaux j'ai pris part a: ce travail avec zèle)' moi-même a me nuire empressée~ Eh btcn,r ledésirduYieniardests~ i il a fait,:pehr:ïiuJourd'hùi. aû ph)s fripon dés~isëauX)qut lui vole sôh'jàrdin et sà~nièçe. XVII. –~Plusieurs bruits me sont odieux, mais c'est l'aboie,meht du'chien'qûe suriout je dëtëste~ ses déchiremt~ l'dreille.' 11 en 'est un seul sqUe bien souvent j'entends .avec jpiej aboyeretglàpir~c'estcètui démon voisin. Car, un jôur/iiàb~ après htamattresse~comme cite se giissàtten secret chez moi, et il fainit trahir notre mystère. Maintcnaht~.st je l'entends crier, je me dis toujours qu'éHë vient peut-être) oUhien je songe au fempsoùvehaitiabe!!e attendue. J. ? j XVin. I! est Une chose que je trouve odieuse par-dessus tout n 'en est une autre qUe je trouve abominaHe/et dont la seule pensée révottc tout mon étre.~Je You% l'ayoucrat./mes amis, cno m'est odieuse, la couche sontaire; mais: c'est pour moi une chose'abominable~de~redouter des serpents sur le chemin de l'amour et le poison sous les rosés du plaisir, lors-que, dans le plus beau moment du voluptueux abandon, le souci murmurant s'approche de ma tête penchante. C'est pourquoi Faustine fait mon bonheur; eUe partage'volontiers sa couche avec tnôi et garde une parfaite fidélité a son amant fidèle. La bouillahte jeunesse Veut des'obstacles qui l'irritent; moi, j'aime a jouir a mon aisC) longtemps, d'un bien assuré. Quelle félicité ) l Nous échangeons des baisers tranquilles nous. buvons et nous inspirons sans crainte'le soufne et la viei Nous savourons ce bonheur des nuits entières; pressés sein contre sein, nous prê-tons l'oreille a là pluie, a l'orage. Ainsi s'approche la lueur ma-tinale les heures apportent de nouvelles fleurs, elles donnent au jour une partirc de fëte.'O Quirites, ne m'enviez pas ce bon-heur, et que Dieu accorde a chacun le premier, le suprême bien de ce monde) I X!X. II nous est difncile de conserver l'estime.publique, car la Henommée, je le sais, est en guerre avec l'Amour, mon maître. Et savez-vous d'où vient qu'ils se haïssent tous deux? H2 C'est Une vieille histoire, et je puis vous ta conter. La Renom-mée étatt toujours la puissante déesse~ mais elle était insuppor-table dans le commerce de la vie, car elle aime a faire dominer sa parole. Aussi, depuis longtemps~ dans tous les banquets des dieux se rendait-elle, avec sa voix d'airain, odieuse aux grands et aux petits. Un jour~ la superbe osa se vanter qu'elle avait ré-duit en esclavage le noble fils de Jupiter Mon Hercule) s'écrià-t-elle d'une voix triomphante, 6 père des dieux un joUr~je te Tàmehërai transforme. Ce n'est plus ton Hercule) ce n'est plus le nls d'AIcmene i son respect pourmoi en fait un dieu sur la terre. S'il regarde vers l'Olympe, tu crois qu'il regarde a tes puissants genoux pardonne, c'est, dans l'éther, moi seule que cherchent les yeux du premier des humains~ c'est seulement pour me mériter, que, de son pied puissant, il parcourt sans fatigue des chemins tout nouveaux; Mais aussi je me présente sur sa route, et je célèbre son nom, avant même qu'il commence l'entreprise. Un jour tu nous uniras tous deux. Que le vainqueur des Amazones soit aussi le mien, et je le nommerai avec Joie mon époux t* Tous les dieux gardèrent le silence; ils n'ai-maient pas provoquer la fanfaronne car, dans sa colère, elle invente aisément quelque noirceur. Elle n'observait pas l'Amour: il se glisse a l'écart; a peu de frais, il soumet le héros l'em-pire de la plus belle. Puis il déguise son couple d'amants i} attache la peau du lion sur les épaules de la reine et, avec effort/il les charge encore de la massue. Ensuite il entremêle de Heurs la chevelure hérissée du héros, lui met la quenouiiïe au poing, qui se prête a ce badinage. Il achevé bientôt le groupe amusant, puis il accourt et crie par tout l'Olympe 'Voici de merveilleuses choses t Jamais la terre ni le ciel, jamais le solei! infatigable, n'a vu, dans sa course éternelle, un semblable prodige. Tous accoururent; ils en croyaient l'enfant malin, car il avait parlé d'un ton sérieux, et la Renommée non plus ne resta pas en arrière. Oui fut charmé de voir le Itères si pro-fondément abaissé, vous le devine?., ce fut Junon. L'Amour en obtint un gracieux sourire. Mais la Renommée, comme elle fut confuse, interdite, désespérée ) D'abord elle ne fit qu'en rire. < 0 dieux, ce sont 1& des masques t Mon héros, je le connais trop bien) Les tragédiens se moquent de nous. Mais bientôt

pdÉsiÉ's.

lia elle vit avec 'douîeur~~q~ 'c'é~ait£ Yulcain muÏe jfois moins àfmge,!6rsqù'it'virsa'(en~m~e'sous~ `iiiâihés~aVéc'sôïi~ ardent ami quand le met intetligënt les ëhvëloppa dans~Ié~lto~ ntentprdpice~éhia~ soudait ièttrsïnémbrM erilacés, ericfiâ~ri'a` !ecouph'an~oureitx: Q~ piârsrr pô~u~tfes, jeiiné s'ifiàuz; i~tér=` cureetBacc!tWl.T6us'deux~~ chose, de reposer sur le'sèin de cefte~ifemme divine~ Ô 'yutcai ni' disaient-tls/hous~ënprioh~neië~ s~~r~taLai`s`séfüti(is' !cs vofr'encore~Et'lë''Vici)lardfu~assez"sot~ pÔli'r·`feniC~£tC§ an)ants tôùjôurs~plus serrés. lliéis lâ`~llénôrrïüi'àe qûîtf~~l'a place brusquëtn'eht, 'ëf'pleihe~de c6urroux~'t)cpuis 'ce tem'ps, i' entre elle'et l'AnMur,'pojht de tr~vc~uxq~ ULs ~qie'eflë se choisit un hct'os~ voi!a l'cniant a sa pi~ë. Cetùt qui !a'r<~6ro !e p!us~ n sait l'ehchatner !e miëM) et c'est au p!us sage i'Amour Hvre ses ptus'dangéreuxassSuts/' Quelqu'un !ui Veut-)! échapper, il l'entratne de l'erreur dans Ïe'critue.~H oure des jeunes tittes: qui les dédaigné iOUcmeht doit subir ators t'at-teinte de niches cruèUes it ehftan~mc t'hommë pour rhomtnc pousse !es désirs jusqu'à !a ërUté/Qui rougit de soi-même doit commencer par souffrir; pour'rhypocritc; i! semé d'amcrcs ouissances parmi !c crime et l'angoisse. Mais~ de son cote) !â éesse suit l'Amour des yeux et des orciUes/Lc voit cite une (bis auprès de vous/soudain e!!e est voire ennemie; e!!e vous em'aye de son regard sévère) de ses airs dédaigneux, violente et rigide, e]!e diname Ja maison qu'i! û*equen<et Te! est aussi mon sort; déjà je sounre un peu, la déesse jalouse s'cnquiert e mon secret. Mais c'est une antique toi je me tais et !a révère car !cs Grecs ont expié !cs qùerenes des rois, comme je !cs ;xpie.

XX. Ah ) si !a iOrce et ie libre courage sont l'ornement de 'homme, le profond secret lui fait peut-être p)us d'honneur ncorc. 0 toi, qui forces les viHes, discrétion, reine des peuples, ~rc divinité, qui m'as conduit, d'un pas sur, airavcrs !a vie, uei sort est-ce que j'éprouve) La Muse, en se jouant, l'Amour spicgte, me douent !a langue. Hélas) il est déjh si difficile do Mher !a honte des rois ) Ki la couronne, ni le bonnet phrygien, e cachent les oreilles allongées de Midas; le plus famiHer ser-iteur !cs découvre, et soudain le secret oppresse et tourmente

60ETHE. t 8 tt4 son co9ur< II voudrait l'enfouir .dans la terre pour se.soulagçr, mais la fterre. ne garde point, de pareils secrets. Des. rôsëatjx p,oussent;s~ écoute~s~et:~nuririüre~tt~aùx ve~ts, a llyilas~. leroiMtdas a~es ôréUles~~ Il me dèyent;plus diffc~le mainttna.nt (ie garder.un doux~secret.; Atl f t~abondancejdu ctcur s! aisément déborde des Ï&Yres t Je ne p~s !e cdnSer aucune àtme eHe.poutTatt me gronder, a àucù ami peUt-j&tre l'ami me serait-ït dangeMuXi Pour dire-moh extase, a~la foret) au rocher sonore) je ne sms;pà~assM jëunef;pas a~z soht~rè. A~oi, hexamètre~ ~toi/pentam côàfi::

dencës, d'apprendre comme elle me charme le jour, comme elle m~enchante la Quit. Elle recherchée par. tant d'adorateurs, elle évite tes piëges que l'audacteux lui dresse.a~~ insolènc~; ët le pertide en secret. Adroite e~gehtiUe,.cl!e s'esquive et passe, et connaitle chemin où l'amante qui ta guette avec; impatience sans .faute ràccueiltera.Qlune~enevieiit;: ne te montre, pas encore, afin que le voisin he;!a voie.pas; brises légères~mur-murez dans le ieuittage que nul n'entende son approche~.et VoUs, croissez ettfteurtsseZ) chansons, aimées; bercez-vous dans les plus douces hàteihes de l'air tiède et caressant,,et, indis-crètes comme ces, roseaux~ révéler enun.aux Quirites le doux mystère d'un coucle i!eureux<

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