‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 18 sur 109 · LES QUATRE SAISONS · texte numérisé non relu

LES QUATRE SAISONS

Ton les les quatre, plus ou moins, nous lutinent,

comme les jolies fillettes.

Le Printemps.

1. — A moi, distiques", hâtez-vous ! Enfants joyeux, éveillés ! Riche est le jardin, riche la campagne ! Ici des fleurs pour les couronnes !

2. - La campagne est riche en fleurs; mais quelques-unes ne sont belles qu'aux yeux; d'autres le sont pour le cœur seule-ment: lecteur, choisis toi-même.

3. — Bouton de rose, tu es consacré à la florissante jeune fille, qui se montre à la fois la plus belle, la plus modeste. 4. — Beaucoup de violettes attachées ensemble, et le petit bouquet ne paraît encore qu'une fleur : jeune ménagère , c'est ton emblème.

5. — J'en connaissais une qui était svelte comme un lis, et son orgueil était innocence. Salomon n'en vit jamais de plus belle.

6. — Déjà se lève l'ancolie, et sa jolie tête s'incline. Est-ce sentiment, est-ce caprice? Vous ne devinez pas. 1. Ces épigrammes sont tirées de quatre recueils différents, que Goethe et Schiller avaient publiés en commun. La propriété de quelques-unes est incertaine. '2. Chacune de ces petites pièces se compose en effet d'un hexamètre et d'un peitt;tint* tre. 7. - 0 jacinthe, tu balances tes nombreuses cloches odo-rantes; mais les cloches n'attirent pas comme les parfums.

8. — Violette de nuit 1, on passe devant toi quand le jour brille ; mais, au chant du rossignol, tu exhales une précieuse senteur.

9. — Tubéreuse, qui triomphes et qui charmes en plein air, demeure loin de ma tête, demeure loin de mon cœur.

10. — Je vois de loin le pavot : il brille. Si je m'approche, ah! je m'aperçois trop tôt qu'il n'est qu'une rose menteuse.

11. — Tulipes, dédaignées par le connaisseur sentimental, un joyeux esprit aime aussi vos joyeuses corolles.

12. — OEillets, que je vous trouve beaux! Mais l'un res-semble à l'autre, on vous distingue à peine, et je ne puis me décider.

13. — Brillez des couleurs de l'aurore, renoncules, tulipes, asters : voici une feuille sombre, dont le parfum vous fait honte.

14. — Renoncules, aucune de vous ne m'attire et je n'en souhaite aucune : mais, entremêlées dans le parterre, l'œil vous voit avec plaisir.

15. — Dites-moi, qu'est-ce qui remplit la chambre d'un suave parfum ? Le réséda, sans couleur, sans forme, herbe dis-crète et modeste.

16. -- Tu serais l'honneur des jardiniers, mais, où tu te montres, tu dis : « Cérès m'a semée elle-même, avec sa graine dorée. »

17. - Ton aimable petitesse, ton œil charmant, disent tou-jours : « Ne m'oubliez pas ! » toujours : « N'allez pas m'oublier. »

18. — Quand les images de toutes les fleurs disparaîtraient aux yeux de l'âme, Éléonore, le cœur se représenterait ton image.

L'Eté.

19. - L'amour se montre cruel avec moi. 0 Muses, jouez avec les douleurs qu'en se jouant il éveille dans mon sein.

20. — Je possède des manuscrits comme aucun savant, aucun roi, n'en possède car ma maîtresse écrit pour moi ce que j'ai composé pour elle.

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