‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 55 sur 109 · PENSÉES EN RIMES · texte numérisé non relu

PENSÉES EN RIMES

Dieu, âme et monde.

Que le ciel devienne seulement serein, vous en compterez mille et plus encore.

En peu d'instants Dieu a trouvé le bien.

Qui se confie en Dieu est édifié.

Cette parole même n'a pas menti : « Celui que Dieu trompe est bien trompé. »

NOTRE PÈRE est une belle prière ; elle aide et soutient dans toutes les douleurs : celui même qui dit PÈRE NOTRE, au nom de Dieu, laissez-le prier '.

Je me promène dans les champs vastes et fleuris de la nature primitive : la tradition, la grâce, est une source salutaire dans laquelle je me baigne 3.

Où, quand et commet... Les dieux restent muets : tenez-v ous-en à parce que et ne demandez pas le pourquoi.

Veux-tu pénétrer dans l'infini? Avance de tous côtés dans le fini.

Veux-tu puiser dans le tout une nouvelle vie? Sache voir le tout dans le plus petit objet.

1. On a traduit le titre exactement, quoique les PENSÉES EN RIMES deviennent ici des Pensées en prose, comme celles qui les suivent. 2. Cette distinction a en vue les Calvinistes et les Luthériens. 3. Suivent trois pensées qui se trouvent déjà page 178, et que nous suppri-mons ici. Du fond de l'âme, du sein de la mère, bien des choses yeu-lent se produire au jour ; mais ce qui est petit veut-il jamais devenir grand, qu'il se remue d'abord et s'éveille.

Il faut d'abord que l'eau se décompose, pour que l'être vi-vant se dégage.

Et l'eau se déploie-t-elle, aussitôt paraît la forme vivante; alors des animaux tourbillonnent, ils sèchent et deviennent des fleurs, et les plantes rameuses surgissent.

L'air, que nous voyons pur et transparent, porte dans son sein la pierre et le fer : ils se rencontrent, ils s'enflamment, et il pleut du métal et des pierres.

Car ce que le feu anime par son étreinte cesse d'être un objet informe, une masse terrestre, et se volatilise et s'élance, invi-sible, aux cieux où fut son berceau.

Ainsi redescend vers la terre ce qui trouva dans la terre son origine. Nous aussi, nous subissons les mêmes épreuves, tour A tour fixés et volatilisés.

Et qui a circulé à travers tous les éléments, le feu, l'air, l'eau et la terre, finira par se convaincre qu'il n'est pas de la même essence.

Que veut cette aiguille tournée vers le nord? Il lui est défendu de se trouver elle-même.

Le repos final n'est senti que du moment où le pôle touche le pôle.

C'est pourquoi rendez grâce à.Dieu, ô vous, fils du temps, de ce qu'il a séparé les pôles pour jamais.

« Explique-moi le mystère de l'aimant. » Ce n'est pas un plus grand mystère que l'amour et la haine.

Si tu fais connaissance avec ton pareil, tu t'éloigneras aus-sitôt.

1( Pourquoi petits garçons et petites filles aiment-ils si fort à danser? » Choses dissemblables ne tardent pas il s'assembler.

En revanche les paysans, au cabaret, se rossent d'abord avec les pieds des bancs.

Le bailli apaise le désordre en un moment, parce qu'il n'est pas tenu pour leur égal.

Si tu veux que ta boussole te dirige bien, garde-toi des ai-mants qui t'accompagnent. Si l'éclat des étoiles doublait, l'univers serait à jamais té-nébreux.

« Et quel objet se place entre deux? » Ton œil, tout comme le monde matériel.

Comprimé par les ténèbres, ton œil enfante la lumière. Noir et blanc, objet funèbre : mêlés ensemble, ignoble gris.

Si la lumière veut se marier à un corps, elle choisira le par-fait transparent.

Mais, toi, attache-toi avec amour au diaphane, au nébuleux.

Car, si le sombre se trouve en face du soleil, tes yeux sont réjouis par le pourpre le plus magnifique.

Et si la lumière veut se dégager du sombre, elle développe un rouge flamboyant.

Et quand le sombre s'évapore et se retire, le rouge pâlit et passe au jaune le plus clair.

L'éther est-il enfin pur et brillant, la lumière est blanche, comme elle était d'abord.

Qu'un gris laiteux s'étende sur un fond sombre, il devient bleu quand le soleil l'éclairé.

Sur les montagnes, à la hauteur la plus pure, le parvis du ciel est d'un bleu rose foncé.

Tu t'extasies devant cette magnificence royale, et soudain la nuit déploie son velours funèbre.

Et de même aussi, dans la paix éternelle, l'obscurité demeure séparée de la lumière.

Qu'elles puissent lutter ensemble, c'est ce qu'il faut appeler une pure folie.

Elles luttent avec le monde matériel, qui les tient séparées à jamais.

Page 1