SENTENCES
Tu vis parmi le peuple : accoutume-toi à voir que personne n'épargne jamais les autres.
Si je veux prendre le badinage au sérieux, nul ne m'en fera de reproche, et, si je veux traiter le sérieux en badinant, je resterai toujours le même.
L'envie de parler vient à propos, et la parole, sincère, coule du cœur et des lèvres.
J'ai cherché en beaucoup de lieux des paroles gaies et sages, et j'ai dû prendre plaisir aux mauvais jours, car ils inspirent les meilleures.
Bonheur et santé pour la nouvelle année ! Sur les souffrances et les blessures, un baume salutaire ! Sur le dur billot, un coin dur 1 Sur le fourbe, un plus dur encore !
Veux-tu vivre gaiement? Chemine avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recueillir. Tu seras comme un roi, pillant et gratifiant les provinces.
Tout ce qui a paru jamais d'excellent dans les fastes de l'his-toire, quelqu'un saura bien un jour le rétablir et le lire.
Chacun ne se borne pas à suivre les sentiers vulgaires : tu vois les araignées se bâtir des routes aériennes.
Il est bien plus facile de tresser une couronne que de trouver une tête digne de la porter.
De savoir comment les plantes aiment à croître, ce sera l'af-faire de chaque jardinier; mais, pour ce qui constitue la crois-sance de l'homme, chacun fait soi-même l'essentiel.
Mais veux-tu faire pour toi du mieux possible, ne te repose pas sur toi-même : suis les idées d'un maître ; tu gagneras à t'égarer avec lui.
Emploie bien ton temps! Veux-tu comprendre quelque chose, ne le cherche pas loin.
Entre aujourd'hui et demain il y a un long intervalle : ap-prends à faire diligence, tandis que tu es encore éveillé.
L'encre nous donne la science, mais elle dépite, quand elle n'est pas à sa place : un mot écrit est comme une perle, une tache d'encre est une sottise.
Si l'on édifie quelque chose pour l'avenir, cela est vu de mau-vais œil par beaucoup de gens; si tu travailles pour le moment, commence par sacrifier à la fortune.
Il réussira, le maître qui exécute lui-même ce qu'il a commandé.
Fais seulement le bien dans tes affaires : le reste se fera de soi-même.
Si quelqu'un se trouve bien dans un petit état, sache qu'il a atteint un grand but.
Crois-moi, tu as fait beaucoup, si tu t'es accoutumé à la patience.
Qui ne s'étend pas selon la couverture reste les pieds découverts.
L'oiseau joyeux chante dans l'air, tandis que sa couvée est là-bas dans le nid.
Si un homme sage commande à sa femme, qu'il ne s'y joue que pour un grand sujet ; si la femme veut commander à l'homme, qu'elle choisisse le grand dans le petit.
On voit au visage de la femme si elle a un bon mari.
Une femme fait souvent la mine sans que le bon époux le mérite.
Un brave homme!... Je le connais parfaitement : il commence par battre sa femme, et puis il la coiffe.
Un beau oui, un beau NON, mais vite, et je suis content.
Janvier, février, mars, tu es tout ce que j'aime; mai, juin, juillet, août,... il ne m'en souvient plus.
Bouche baisée et lune nouvelle, sont bientôt claires, bientôt belles.
Pour moi le plus grand supplice serait d'être seul en paradis.
Tout s'arrangerait parfaitement, si l'on pouvait faire les choses deux fois.
Laisse-toi prendre aujourd'hui, aujourd'hui seulement, et tu échapperas cent fois.
Si les choses finissent par aller mal pour toi dans le monde, fais ce que tu voudras, seulement n'aie pas raison.
Châtie le chien, fouette le loup, si tu veux : ne provoque pas les cheveux gris.
Vous aurez beau diguer et curer la rivière, l'inondation ne se laisse pas marchander.
J'avais tué mille mouches le soir, mais il s'en est trouvé une pour m'éveiller au point du jour.
Quand tu serais parvenu au bout du monde, dans la plus étroite cabane, qu'aurais-tu gagné ? Tu y trouverais le tabac et les mauvaises langues.
Je ne sais ce qu'on pourrait inventer de mieux que des chan-delles qui brûleraient sans être mouchées.
Si le pain courait comme les lièvres courent, il faudrait bien suer pour l'acheter.
Si la chasse aux oiseaux ne vous réussit pas, faites rôtir votre chouette.
La belle treille, n'est-ce pas, que celle dont les ceps seraient attachés avec des saucisses !
Ne te risque jamais à faire des serments : c'est un ragoût dont je ne veux point tâter.
Mais un homme nonchalant et paresseux, quand un pigeon rôti lui volerait dans la bouche, se garderait bien d'y toucher, s'il n'était pas aussi découpé habilement.
Il est libéral de ses pas, celui qui vient prier le chat de lui céder son lard.
Tu as trop rôti tes châtaignes : elles ne sont plus que du charbon.
Ce sont à mon gré de trop mauvais morceaux que ceux qui étouffent les convives.
C'est une des grandes actions qu'on puisse faire que de se rôtir dans sa graisse.
Bouilli ou rôti ! Il a passé par le feu.
Rôti ou bouilli! Ne vous moquez pas de moi : si rassurés que vous soyez aujourd'hui, vous serez rôtis demain. Qui a des oreilles, entende; qui a de l'argent, le dépense. Je donne à la mère, je pense à la fille.
Habillez une colonne, elle semblera une dame.
Si je dors, je dors pour moi doucement; si je travaille, je ne sais pour qui ce sera.
Je suis un bien pauvre sire : mes rêves sont menteurs et mes pensées sans effet.
Je consens qu'il en soit ainsi!... J'en aurai les larmes aux yeux.
Il est bien malheureux, l'homme qui néglige ce qu'il peut faire, et qui entreprend ce qu'il n'entend pas : ce n'est pas merveille qu'il trouve sa ruine.
Qui n'a rien le porte légèrement; mais la richesse est un far-deau plus léger.
On peut supporter tout au monde, excepté une suite de beaux jours.
Pourquoi encenser ton mort? L'aurais-tu traité de la sorte pendant sa vie? Fort bien, si l'on ne connaissait pas vos respects!... C'est à vous, ce n'est pas à lui, que vous élevez des monuments.
Si tu veux jouir de ton mérite, il faut que tu prêtes du mérite au monde.
Quelqu'un veut-il prêcher dans le désert, il peut régler ses comptes avec lui-même; mais, si quelqu'un parle à ses frères, ils l'en récompenseront souvent fort mal.
Laissez l'envie et la disgrâce se consumer; elles n'empêche-ront pas le bien, car, Dieu merci, c'est une vieille coutume, que le soleil réchauffe aussi loin qu'il éclaire.
L'intérim, a le fourbe derrière lui ; et que de fourbes dans le monde, puisque nous vivons tous ad interim !
Pourquoi tant demander: « Où cela aboutira-t-il? Où et com-ment cela finira-t-il? » Je te conseille, mon ami, de rester chez toi et de parler à tes murailles.
Bien des cuisiniers salent trop la bouillie. Dieu nous pré-serve de maints serviteurs ! Mais nous sommes, avouez-le fran-chement, un hôpital de médecins.
A votre avis je me suis trompé gravement : du moins je ne l'ai pas controuvé.
La tour de Babel revient encore : on ne saurait les mettre d'accord. Tout homme a sa manie : Copernic a la sienne.
Avec nos chers anciens on a besoin d'éclaircissements, on veut des notes : les modernes, on croit les entendre couram-ment; toutefois cela ne va pas non plus sans interprète.
Ils disent : « Cela n'est pas de mon goût, » et ils croient avoir tout dit.
J'ai connu dans ma province des savants qui ne pouvaient lire que dans leur propre bréviaire.
Vous offrez bien des moyens de salut : à quoi bon? Le meil-leur est la présence d'esprit.
A d'autres le souci! Tout s'arrangera, et, si le ciel tombe, il se sauvera bien une alouette.
C'est le comble de la misère, quand la honte s'unit au dommage.
C'est trop de folies ; je crains que la corde ne rompe : Dieu ne fait pas notre compte à la fin de chaque semaine.
Tu es bien pressé, ma foi ! Tu cherches la porte et tu passes devant.
Ils croient disputer ensemble, et sentent que le tort est des deux côtés.
Ont-ils fait l'emplette, ils en sont tout joyeux, et tout à coup ils s'en affligent.
Veux-tu n'acheter rien d'inutile, ne va pas à la foire.
L'ennui est une mauvaise herbe, mais aussi une épice qui fait digérer bien des choses.
Éprouvons-nous un véritable chagrin, nous désirons l'ennui..
Afin de pouvoir élever leurs enfants, il faudrait que les mères fussent comme les canes : elles nageraient tranquillement avec leur couvée; mais il est vrai qu'il faut aussi de l'eau.
Ces jeunes gens s'imaginent que leur jour de baptême dut être le jour de la création : ils devraient pourtant songer aux présents que nous leur avons faits comme parrains.
c( Non ! la fortune m'est hostile aujourd'hui. » Va, selle bien ta monture et chevauche hardiment.
On bavarde beaucoup sur une affaire, on délibère, on hésite longtemps, et une fâcheuse nécessité donne enfin à la chose une désagréable conclusion.
Chaque jour est une brèche que beaucoup d'hommes esca-ladent : ils ont beau tomber dans l'ouverture, les morts ne s'amoncellent jamais.
Quiconque voyage sur terre et sur mer recueille peu à peu des choses qui, avec assez de peine, se dégagent de la coquille et se remontrent dans la suite de la vie.
L'homme, quel qu'il soit, rencontre une dernière fortune et un dernier jour.
Ne pèse pas au trébuchet le bonheur de tes jours : si tu prends la balance ordinaire, tu seras confus et satisfait.
As-tu fait le bien un jour, et ton ennemi ne le voit-il qu'avec chagrin, tôt ou tard il fera, dans l'occasion, la même chose sans savoir comment.
Veux-tu faire le bien, mon fils, il ne s'agit que de vivre long-temps et tout s'arrangera : que si tu viens à mourir trop tôt, tu auras acquis la reconnaissance de la postérité.
Pouvons-nous goûter une paix plus belle qu'à forger libre-ment notre propre bonheur?
Laissez donc faire les jeunes gens, et que leurs talents vous réjouissent! La grand'mère Nature a quelquefois des caprices fous.
Nous étions mal élevés et désagréables : aujourd'hui la géné-ration nouvelle nous est très-importune.
Où la présomption me plaît?... Chez les enfants, car le monde leur appartient.
Vous me rangez toujours au nombre des bons vivants : autre-fois j'ai vécu follement, maintenant je vis parmi les fous : les péchés qu'on a commis soi-même, on les aime encore chez les autres.
Veux-tu habiter avec moi, laisse la bête à la porte. Les hommes veulent-ils être bêtes, faites entrer les animaux dans la chambre ; la chose sera moins choquante : nous sommes tous enfants d'Adam.
Vivre avec les fous ne vous sera nullement difficile : ayez seulement autour de vous des petites-maisons. Étrange amateur des arts, qu'un homme atteint d'hypocon-drie ! Il va se promener dans des galeries d-e tableaux, devant des peintures qui toutes lui choquent la vue.
L'hypocondre est bientôt guéri, si la vie vous maltraite comme il faut.
Tu seras content de la mort : pourquoi te faire un tourment de la vie?
Quelle inadvertance plus folle que de donner une fête à quel-qu'un et de ne pas l'inviter!
Vous voyez donc ce qui peut arriver aux gens, parce que les meilleurs vont sans dire.
Si un noble cœur a quelque tort envers toi, fais comme si tu n'en avais pas pris note : il l'inscrira lui-même dans son livre de comptes, et ne restera pas longtemps ton débiteur.
Ne cherche pas une vaine guérison. Le fâcheux secret de notre maladie flotte entre la précipitation et la négligence.
Oui, ne cesse pas de crier et de maudire : cela n'ira jamais mieux. Consolation est un mot absurde : qui ne peut désespérer ne doit pas vivre.
Je ne devrais pas jurer par le maître, ni suivre toujours les leçons du maître?... Non, je sais qu'il ne peut mentir ; je me trompe avec lui volontiers.
Ils me charment, tous ces hommes de bien et de mérite, malgré tant de gens qui aboient parmi eux: les Allemands savent redresser, mais ils ne savent pas seconder.
« Tu n'entreras pas dans le pays des idées! » Je suis pourtant connu sur la rive. Qui ne se flatte pas de conquérir les îles a du moins permission de jeter l'ancre.
Mon ardeur poétique fut bien faible tant que j'allai au-devant du bien, mais elle jeta feu et flammes quand je dus fuir devant le mal imminent.
Comme l'arc-en-ciel, un poëme délicat veut se déployer sur un fond obscur : c'est pourquoi la mélancolie est l'élément favori du génie poétique.
A peine m'étais-je lancé dans le monde, et commençais-je-à poindre, qu'on m'érigea en personnage pour abuser de moi.
Qui sert le public est une pauvre bête : vous vous tourmen-tez, sans que personne vous remercie.
Être l'égal de ses égaux, on y arrive malaisément : tu devrais. te résoudre doucement à paraître le pire.
On ne saurait être ensemble toujours, surtout en grande troupe : on laisse aller ses amis; on laisse courir la foule.
Il te plaît de nourrir chez toi l'erreur, mais cela ne nous troublera point; tu peux nous louer, tu peux nous blâmer : nous n'admettrons point tes jugements comme règle.
On ne doit pas se commettre avec les moqueurs. Qui consen-tirait de passer pour un imbécile? Mais il y a de quoi se déses-pérer de n'oser appeler imbéciles les imbéciles.
L'enfant Jésus porte les péchés du monde ; saint Christophe porte l'enfant à travers le ruisseau : tous deux nous ont ensor-celés; pour nous-, c'est toujours à recommencer. Le lierre, comme le cœur tendre, s'attache et verdit et fleu-rit; s'il ne peut trouver ni arbre ni muraille, il faut qu'il sèche, qu'il périsse.
De gracieuses pensées et de doux souvenirs sont la vie dans sa plus intime profondeur.
Je rêvais, j'aimais, à la face du jour : je me sentais vivre. Qui veut bien faire sans cesse et avec joie nourrisse dans sa pensée et dans son sein un amour véritable !
« Quand trouves-tu le plus de plaisir à te baisser? » Au prin-temps, pour cueillir des fleurs à ma belle.
Mais ce n'est pas un grand mérite, car l'amour est le suprême bien.
Le temps moissonne et les roses et les épines, mais cela re-pousse toujours.
Apprécie ce que la douleur t'a laissé : quand le mal est passé, le mal est doux.
Heureux qui jouit de l'amour sans mélange : car le tombeau finit par engloutir et l'amour et la haine.
J'ai obtenu beaucoup d'amour, quand je l'ai recherché sans être amoureux, et j'ai essuyé des mépris, quand je me mourais presque d'amour : tout balancé, il reste un solde en ma faveur.
Quelqu'un vous rend-il un bon office, vite, donnez, donnez! Bien peu de gens attendent avec confiance, d'un jardin tran-quille, les fleurs de la reconnaissance.
Il donne deux fois, celui qui donne d'abord; il donne cent fois, celui qui donne d'abord ce qu'on désire et qu'on aime.
« Pourquoi cette marche si lente? » C'est toujours à contre-cœur que je reste en repos ; mais, si je veux faire quelque bien, il faut d'abord que j'en demande la permission.
A quoi bon veiller longtemps, batailler avec le monde? La sérénité et la droiture seules finiront par te donner l'avantage.
A qui le bonheur offre-t-il sa palme la plus belle? A l'homme qui fait son œuvre avec joie et qui jouit de ce qu'il a fait.
Tout est d'abord expié : qui a loyalement combattu est cou-ronné.
Tu ne produis aucun effet; tout demeure inerte : ne te fâche pas ; le caillou jeté dans la boue ne fait pas des ondes.
Vous me versez de mauvaise eau dans l'admirable liqueur de la vigne! J'aurai toujours tort et je le sais mieux que vous.
Ce que je dois prendre en patience? Il faut que la foule frappe à tort et à travers : alors elle est respectable ; mais c'est un mi-sérable juge.
Il est souvent très-difficile d'approfondir pourquoi nous avons commencé une chose; nous devons souvent regarder comme une récompense d'avoir mal réussi.
Si je vois chez les autres de grandes qualités, et si elles veu-lent aussi se développer chez moi, je les cultiverai avec amour : si cela ne va pas, je ferai autre chose à la place.
Moi, égoïste! Je sais mieux me conduire. L'envieux, voilà l'égoïste : et quelques sentiers que j'aie courus, vous ne me trouvâtes jamais dans celui de l'envie.
Ne vous plaignez pas de vos contemporains, de vos compa-triotes : les voisins et la postérité diront sur vous de tout autres fadaises.
Écris dans ta patrie ce qu'il te platt : c'est là que l'amour t'enchaîne ; c'est là ton univers.
Au dehors, nous trouvons trop ou trop peu, et seulement dans notre pays le terme et la mesure.
Pourquoi l'on envie les poètes?.... Parce qu'un peu d'imper-tinence leur sied bien quelquefois, et que c'est pour nous un supplice dans le monde de n'oser être impertinents.
Le génie poétique traverse donc aussi le monde sans savoir comment; une joyeuse humeur lui procure de solides avan-tages : pour les autres, la perte anéantit le gain.
« Je me dis sans cesse : « Mon vœu est accompli, » et aussitôt les choses prennent un autre cours. » Morcelez la vie, vous vous la rendrez légère; prenez-la en bloc, vous en ferez pour vous un pesant fardeau.
« N'es-tu pas aussi perdu sans ressource? Tu as vu s'évanouir toutes tes espérances 1 » C'est l'espérance qui rêve et imagine, et je puis toujours être joyeux.
Tout ne s'enchaîne pas, mais du moins ne soyez pas en lutte avec vous-même : on achève avec amour ce qu'on a inventé; avec confiance, ce qu'on a appris.
Quel est notre plus sévère critique?... Un amateur qui se résigne.
Les raisonneurs font fuir la poésie, mais elle sait aimer la raison.
« Où est-il, le maître que l'on croit? » Faites ce que vous per-met votre fantaisie.
Si tu crois te connaître, tu ne reconnaîtras point Dieu, et même tu appelleras divin le mauvais.
Qui a le sentiment de Dieu mérite le respect, car il ne vivra jamais dans le mal. Ne vous aigrissez pas les uns les autres : ici nous sommes égaux, barons et paysans.
Pourquoi nous trouvons Dieu si aimable?... Parce qu'il ne se met jamais sur notre chemin.
Comment les pêcheurs pourraient-ils se nourrir et se sauver, si les grenouilles avaient des dents?
Combien les cerises et les fraises sont bonnes, les enfants et les moineaux pourront le dire.
« Pourquoi la belle enfant vous a-t-elle quitté? » Je ne saurais lui en vouloir pour cela : elle a paru soupçonner et s'aperce-voir que je voulais prendre les devants.
Crois-moi, jeune fille, laisse tes jambes en repos : il faut, pour la danse, mieux que des souliers rouges.
Ce que je ne sais pas ne me tourmente point, et ce que je sais me tourmenterait, si je ne savais pas ce qu'il en doit ar-river.
Souvent, si toute consolation te fuit, tu dois te résigner en secret : c'est seulement 'quand tu es victime d'une violence que la foule s'intéresse à toi. Quant à l'injustice que tu essuies, per-sonne n'y prend garde.
Pourquoi te fâcher contre les célébrités sans mérite? Où ne voit-on pas des intrus ?
A quoi tient toute l'affaire ?... C'est très-simple ! Père, dispose avant que ta valetaille s'en doute. Une banderole flotte deçà ou delà, le pilote sait où le vent vous mène.
Tes singularités te resteront assez fidèles : cultive tes qua-lités.
Des habitudes, tant qu'il te plaira mais non pas une habi-tude ! Ce mot mêlé aux leçons du poëte, ne le tiens pas pour une folie.
Le bien que j'ai fait souvent ne m'inquiète plus maintenant; mais l'erreur qui m'est échappée voltige devant mes yeux comme un fantôme.
Donnez-moi de l'ouvrage, c'est un riche cadeau : le cœur ne peut rester oisif, il veut avoir quelque chose à faire.
Beaucoup de gens savent beaucoup ; ils sont bien éloignés de la sagesse. Les autres vous sont un jouet : nul ne s'est jamais étudié à fond lui-même.
« On a fait contre toi une chanson diffamatoire ; un méchant ennemi l'a composée. Laissez-les chanter, elle sera bientôt oubliée.
Elle ne durera pas aussi longtemps chez les hommes, que « Christ est ressuscité. »
Il dure depuis dix-huit cents ans et deux ou trois encore : c'est pourtant vrai !
Quel est donc l'homme souverain? C'est bientôt dit : celui qu'on ne peut empêcher de chasser au bien ou au mal.
« Divise pour régner, » profonde parole! « Unis pour gou-verner, » meilleure garantie.
S 'il vous arrive de me tromper une fois, je m'en aperçois et je le souffre; mais, si vous me l'avouez en face, je ne vous le pardonnerai de ma vie.
Je ne sache pas de plus grand avantage que de reconnaître le mérite d'un ennemi.
« Vous a-t-on rendu le bien pour le bien? » Ma flèche a volé, très-bien empennée; tout le ciel était ouvert devant elle; elle aura bien, je pense, donné quelque part.
« Quelle grimace fait ton ami? » Mon cher, je ne puis le com-prendre : il est, je pense, dégoûté de son doux visage, puisqu'il nous en fait un mauvais aujourd'hui.
Vous cherchez à nommer les hommes, et vous croyez les con-naître à leurs noms : qui les observe plus à fond s'avoue fran-chement qu'il s'y trouve de l'anonyme.
(1 Tu as négligé bien des choses : au lieu d'agir, tu as rêvé; au lieu de formuler ta pensée, tu as gardé le silence; au lieu de marcher, tu es resté en place. »
Non, je n'ai rien négligé. Savez-vous donc ce que j'ai rêvé? Maintenant je prends le vol pour aller rendre grâces, sans laisser ici que mes hardes.
Je pars aujourd'hui. Quand je reviendrai, nous chanterons de tout autres chansons. Avec de si belles espérances, l'adieu est comme une fête.
Que dois-je tant aimer? Que dois-je tant haïr? On ne vit qu'en laissant vivre.
Rien de plus facile que de flatter le nécessiteux, mais qui peut feindre sans intérêt?
« Comment cet homme a-t-il pu atteindre à cela? » Il a marché sur la pointe du pied.
Le proverbe caractérise les peuples, mais commencez par sé-journer chez eux.
" Connais-toi!... » Qu'est-ce que cela signifie? Cela veut dire, » sois et ne sois pas. » C'est là un proverbe de nos sages, qui se contredit dans sa brièveté.
« Connais-toi!... » Quelle sera ma récompense? Quand je me connaîtrai, il me faudra partir aussitôt.
Comme si j'entrais au bal masqué, et m'ôtais d'abord le mas-que du visage.
Connaître les autres! voilà ce que tu dois entreprendre, pour les flatter ou les taquiner.
« Pourquoi n'aimes-tu pas à lire certains ouvrages? » J'en ai fait autrefois ma nourriture ; mais, quand la chenille se hâte de faire sa coque, elle ne trouve plus aux feuilles aucun goût.
Ce qui profite au petit-fils comme à l'aïeul, on y a beaucoup rêvé; mais le point auquel tient tout le reste, c'est communé-ment ce que l'instituteur néglige de nous dire.
Ne t'arrête pas et sois à toi-même un songe ; et, à mesure que tu chemines, rends grâce à chaque lieu ; sache t'accommoder du chaud comme du froid : le monde vieillira pour toi, tu ne vieil-liras jamais pour lui.
Apprends sans détour ce qui te brouille avec le monde : ce n'est pas du sentiment qu'il veut, il veut de la politesse.
Le sentiment doit s'esquiver, la politesse se laisse prendre à pleines mains.
Ce qui est vrai partout, je le dis sans gêne.
L'impatience ne vaut rien, le repentir vaut moins encore: l'une augmente la faute, l'autre en amène de nouvelles.
Que l'on puisse, de ces fougueux désirs, de ces larmes inta-rissables, espérer le bonheur divin, c'est une erreur dont il faut délivrer ton âme.
Qui se résout sur-le-champ, je l'appelle brave et hardi : il se jette dans la rivière pour échapper à la pluie.
Qu'importe au niais que la fortune lui soit favorable? S'il pleut de la bouillie, la cuiller lui manque.
Les poëtes sont comme les ours, qui se rongent toujours les pattes.
Le monde n'est pas fait de bouillie et de marmelade, ne vivez donc pas en fainéants : il y a de durs morceaux à mâ-cher ; il faut que l'on étouffe ou qu'on les digère.
Il y avait dans notre voisinage une sage paroisse qui cherchait toujours le mieux : elle donna de la bouillie à son petit clocher pour le faire grandir.
Mon écu vaut vingt-six gros 1 ! Pourquoi donc m'appelez-vous un vantard? Vous n'avez pas invectivé contre les gens dont les gros valaient un écu.
Il ne se voit rien de plus vulgaire que si le jour engendre le jour.
Que vous a fait cette pauvre glace? Ne regardez pas de si mauvaise grâce votre miroir.
Les livres d'amour et les poésies d'almanach rendent pâle et maigre : les .grenouilles, dit l'histoire, tourmentaient Pharaon dans son lit.
Nous finissons, de peur qu'à la longue les oreilles ne vous tintent; la raison est hautaine, l'esprit est sévère : nous les étourdissons avec des grelots.
Toutes ces paroles ne sont pas nées en Saxe, ni sur mon propre fumier, mais, les semences que l'étranger m'a fournies, je les ai soignées et bien fumées chez nous.
Et des gens même « du bon ton » ont trouvé plaisant ce petit livre : ce n'est pas « un globe de compression % » ce sont de simples fougasses.