I. Noms de certains talismans chez les Gnostiques
2. Paroles du Coran. Nous ne signalerons pas tous les emprunts que Goethe a faits à ce livre.
3. Les Mahométans donnent à Dieu cent dénominations uuieremes.
Quatre grâces.
Afin que, dans leur patrie, les Arabes parcourent gaiement l'étendue, Allah, pour le salut commun, leur accorde quatre grâces.
D'abord le turban, parure plus belle que toutes les couronnes ; tme tente, qu'on enlève de la place, pour demeurer partout.
Un cimeterre, défense plus sûre que rochers et hautes mu-railles; une chanson, qui charme et profite et se fait écouter des belles.
Et si, par mon chant, sans me troubler, je fais choir les fleurs de son châle, elle sait à merveille ce qui lui appartient, et me reste favorable et riante.
Et je sais vous servir gentiment fleurs et fruits. Voulez-vous aussi des moralités, je vous en servirai de toutes fraîches.
Aven.
Quelle chose est difficile à cacher? Le feu : car, pendant le jour, la fumée trahit le monstre, et, pendant la nuit, c'est la flamme. L'amour aussi est difficile à cacher : si secrètement qu'on le nourrisse, il s'élance du regard bien aisément. Mais ce qu'il y a de plus difficile à cacher, c'est une chanson. On ne la met pas sous le boisseau. Le poëte vient-il de la chanter, il en est tout pénétré ; l'a-t-il écrite nettement, élégamment, il veut la voir aimée de tout le monde, et, joyeux, il la débite à cha-cun d'une voix forte, que cela nous excède ou nous charme.
Éléments.
De combien d'éléments doit se nourrir un bon poëme, pour qu'il soit goûté des ignorants et que les maîtres l'entendent avec plaisir?
Avant toute chose, quand nous chantons, que l'amour soit notre thème : si l'amour peut pénétrer la mélodie tout entière, les accents en seront bien plus doux.
Qu'ensuite retentisse le bruit des verres et que le vin scintille en rubis : car c'est aux amants, c'est aux buveurs, que l'on sourit avec les plus belles couronnes.
Je veux entendre aussi le bruit des armes ; que la trompette aussi résonne, afin que, si la fortune brille flamboyante, le héros se divinise dans la victoire.
Enfin il est indispensable que le poëte haïsse maintes choses. Ce qui est insupportable et laid, il ne doit pas l'accueillir comme le beau.
Si le chanteur sait combiner ensemble les forces primitives de ces quatre éléments, comme Hafiz, il répandra éternelle-ment chez les hommes la joie et la vie.
Créer et vivifier.
Le père Adam était une motte de terre, que Dieu fit homme, mais il apportait du sein de sa mère bien de la rudesse encore.
Les Elohim lui insufflèrent dans les narines le plus pur es-prit : alors il parut être quelque chose de plus et il commença à éternuer.
Mais, avec ses os et ses membres et sa tête, il n'était encore qu'une masse imparfaite, lorsque enfin Noé fit, pour l'imbécile, la véritable trouvaille, le jus de la vigne1.
Aussitôt que la masse s'en est'arrosée, elle sent l'impulsion soudaine, comme la pâte, sous l'influence du levain, se met en mouvement.
Hafiz, ainsi ton noble chant, ton saint exemple, nous condui-sent, au bruit des verres, dans le temple de notre Créateur.
Phénomène.
Quand Phébus se marie avec la nue pluvieuse, il se forme soudain un arc nuancé de diverses couleurs.
Je vois se dessiner dans le brouillard un cercle pareil ; l'arc est blanc, à la vérité, mais c'est un arc-en-ciel.
De même, vigoureux vieillard, ne te laisse pas aller à la tristesse : bien que tes cheveux soient blancs, tu aimeras en-core.
Objet aimable.
Là-haut, quel objet bigarré me semble unir la colline avec le ciel? La vapeur matinale offusque ma perçante prunelle.
Sont-ce les tentes que le vizir a dressées pour ses femmes
1. Littéralement : « le hanap, la coupe. » chéries? Sont-ce des tapis de fète, pour célébrer son mariage avec sa favorite?
Rouge et blanc, mêlé, bariolé.... rien de plus beau ne pour-rait s'offrir à ma vue. Hafiz, comment donc ton Chiraz est-il venu dans les brumeuses plaines du Nord?
Oui, ce sont les pavots émaillés, qui se déploient ensemble et, bravant le Dieu de la guerre, couvrent les campagnes d'une gracieuse tenture.
Puisse toujours l'homme sage cultiver, pour le bien du monde, de charmantes fleurs, et, comme aujourd'hui, un rayon de soleil les faire briller sur mon chemin !
Discordance.
Si Cupidon joue de la flûte à ma gauche, au bord du ruisseau, et que, dans les champs, à ma droite, Mars embouche la trom-pette, l'oreille est attirée doucement de l'autre côté; mais le vacarme lui dérobe la fleur de la mélodie, et, si elle continue, à pleine voix, parmi le tonnerre des batailles, je deviens furieux, ma tête s'égare : est-ce un prodige ? S'il va toujours croissant, le son de la flûte, le bruit de la trompette, je m'oublie, j'entre en fureur : faut-il s'en étonner?
Le passé dans le présent.
La rose et le lis, baignés de rosée matinale, fleurissent dans le jardin du voisinage; dans le fond, un rocher s'élève, buissonneuse retraite ; et, entourée d'une haute forêt, et cou-ronnée d'un noble manoir, la cime courbée se prolonge et s'a-baisse enfin jusque dans la vallée.
Et ce sont les mêmes parfums qu'autrefois, quand l'amour nous faisait souffrir encore, et que les cordes de mon luth ri-valisaient avec le rayon du matin ; quand la fanfare du chas-seur s'élançait du hallier, pleine et sonore, pour enflammer, pour réjouir le cœur, selon qu'il le désirait ou qu'il en avait besoin.
Or, les forêts sont toujours verdoyantes : eh bien, que votre ardeur se réveille avec cette jeunesse ! Ce que vous avez goûté pour vous autrefois, vous pouvez le goûter en d'autres ! Nul ne nous accusera plus de ne vouloir du bien qu'à nous seuls. Désormais, dans toutes les phases de la vie, il faut que vous puissiez jouir.
Et, avec ce chant et ce circuit, Hafiz, nous revenons à toi; car, l'accomplissement de la journée, il est beau d'en jouir avec ceux qui jouissent.
Le chant et l'image.
Que le Grec pétrisse et façonne l'argile ; qu'il soit ravi en ex-tase devant l'œuvre de ses mains.
Notre volupté, c'est de nous élancer dans l'Euphrate, de na-ger à l'aventure dans l'élément liquide.
Si j'apaise ainsi l'ardeur de mon âme, un chant va retentir; que le poëte la puise d'une main pure, l'onde en globe va s'ar-rondir 1.
Audace.
A quoi tient-il en tout lieu que l'homme trouve la santé? Chacun aime à entendre le bruit qui se module en harmonie.
Arrière tout ce qui trouble ta course 1 mais point de ten-dance funèbre ! Avant qu'il chante, avant qu'il cesse, le poëte doit vivre.
Ainsi les retentissements de la vie feront vibrer son âme. Si le poëte sent son cœur oppressé, lui-même il s'apaisera.
Vigoureux et hardi.
Faire des vers est d'un présomptueux ! Que nul ne me blâme ; ne craignez pas d'être bouillants, joyeux et libres comme moi !
Si la fatigue de chaque heure me semblait amère, je serais modeste aussi, et même plus que vous.
Car la modestie est charmante chez la jeune fille en fleur ; elle veut être poursuivie avec délicatesse, celle qui fuit l'homme grossier.
Elle est bonne aussi, la modestie, dans la bouche de l'homme sage, qui peut m'instruire sur le temps et l'éternité.
Faire des vers est d'un présomptueux ! J'en fais volontiers dans la solitude. Amis et femmes d'humeur vive, entrez aussi sans gêne.