‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 97 sur 109 · Montagne du Tabaristan, près de la mer Caspienne · texte numérisé non relu

Montagne du Tabaristan, près de la mer Caspienne

Si un nouveau-né agite ses mains innocentes, qu'on le tourne aussitôt vers le soleil ; que l'on plonge le corps et l'esprit dans le bain de feu. Chaque matin, il sentira la grâce.

Remettez au vivant les morts ; couvrez même les animaux de terre amoncelée ; et, autant que vos forces y pourront suf-fire, ce qui vous paraît impur, couvrez-le.

Labourez votre champ avec une soigneuse propreté, afin que le soleil se plaise à luire sur votre travail ; si vous plantez des arbres, que ce soit à la file, car le soleil féconde ce qui est bien ordonné.

Faites aussi que, dans les canaux, l'eau puisse couler tou-jours libre et pure. Comme le Senderoud 1 jaillit à flots purs des montagnes, qu'il soit pur jusqu'au terme de sa course.

Pour que la chute paisible de l'eau ne soit pas ralentie, net-toyez assidûment les fossés ; et les joncs, les roseaux et les molges et les salamandres, engeance informe, extirpez tout à la fois.

Quand vous aurez purifié la terre et l'eau, le soleil brillera volontiers dans les airs, où, reçu dignement, il sèmera la vie et donnera à la vie progrès et santé.

Vous, de travail en travail, ainsi martyrisés, prenez cou-rage : l'univers est désormais purifié, et l'homme peut hasar-der, comme prêtre, de tailler dans la pierre l'image de Dieu.

Où brûle la flamme, reconnaissez-le avec joie : la nuit est claire et souples sont les membres ; à la vive flamme du foyer, cuisent les sucs des animaux et des plantes.

Si vous apportez du bois, faites-le avec joie, car vous portez les éléments du soleil terrestre. Si vous cueillez le pambeh *, vous pouvez dire entre vous : « Il sera la mèche qui portera le saint. »

Si vous reconnaissez pieusement dans la flamme de chaque lampe le reflet d'une plus haute lumière, jamais un sort fu-neste ne vous empêchera de révérer, le matin, le trône de Dieu.

C'est le sceau royal de notre existence, pour nous et les 1. Rivière, dont la source est à trois journées d'lsoahan. 2. Le coton. anges un pur miroir de Dieu, et ce qui bégaye seulement la louange du Très-Haut est là rassemblé en cercles que d'autres cercles environnent.

Je veux renoncer aux rives du Senderoud ; je veux prendre mon vol pour le sommet du Darnavend ; dès que le soleil com-mencera de luire, je veux avec joie aller à sa rencontre et, de là-haut, vous bénir à jamais.

Si l'homme admire la terre, que le soleil illumine ; s'il prend plaisir à voir la vigne, qui pleure sous la serpe tranchante, parce qu'elle sent que sa liqueur bien mûrie, qui restaure le monde excite les forces de plusieurs, mais les abat chez un plus grand nombre, il sait que la cause en est la chaleur ar-dente qui fait prospérer tout cela : l'homme ivre bégaye et chan-celle, l'homme sobre chante et jouit.

CHULD NAMEH.

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