XXXVI INTRODUCTION
qui l'arrache à la mélancolie de sa solitude. L'Ovide moralisé résume en deux mots le jugement de Paris ; chez notre poète, le berger, en une scène mouvementée et bien supérieure au modèle, expose ses raisons et fait un éloge enthousiaste de Vénus. Ailleurs le poète cherche à faire preuve de son érudition : il ajoute à sa source une énumération des sept arts, en insistant particulièrement sur l'alchimie et ses dangers (vv. 2078-2086) ; il donne une longue liste des sages anciens, vaincus par l'amour, en racontant longuement une mésaventure dont Virgile aurait été la victime (vv. 1820-1834)1; il expose l'infortune du roi Midas (vv. 1693-1702)2; il décrit minutieusement la table des trois déesses, sur laquelle on voyait les dix Sibylles qui ont annoncé la venue du Christ (vv. 171 3-1730) 3, etc. Il n'hésite pas non plus à déplacer au besoin les vers qu'il emprunte : il a par exemple combiné le récit des « Noces de Pelée » avec celui du « Jugement de Paris », comme l'avaient fait Hygin et Lucien que Machaut n'a pas connus, et comme le fera Christine de Pisan * en s'inspirant de notre Fontaine amoureuse ; les vers 2oo5- 2006 qui se trouvent chez Guillaume tout au commencement de l'épisode du Jugement de Paris en formaient
1. Comparetti (Virgilio nel medio cvo, 2e éd., t. II, ch. VIII) n'a pas connu ce passage. Machaut a donné à son récit une forme bien plus décente que celle qui se trouve dans VImage du monde ou dans Kenart le Contrefait .