INTRODUCTION XLI
inspiré par deux fois : dans le Dit dou bleu Chevalier il en reproduit le cadre ; dans un épisode de YEspinette amoureuse, il lui a emprunté le thème de la dame qui apparaît en rêve à son amant pour calmer son chagrin '. Le poète qui écoute en cachette la complainte d'un amant désolé se retrouve chez Oton de Granson 2, soit que le poète savoisien ait fait un emprunt direct à Machaut, soit qu'il l'ait imité indirectement par l'entremise de Froissart ou de Chaucer. Car Ghaucer, à son tour, a pris chez Machaut les éléments principaux de son Book of the Duchesse, jusqu'à la fable de « Ceyx et Alcyone » dont il fait le même usage que son modèle français3. Enfin, M. de Bœr a fait remarquer que Christine de Pisan a suivi l'exemple de Machaut en combinant dans son Chemin de longue estude les Noces de Pelée avec le Jugement de Paris 4. Des ressemblances frappantes entre les récits de Guillaume et de Christine prouvent en effet que celle-ci n'a donné qu'un extrait du poème de Machaut.
Aucun de ces imitateurs n'a daigné nommer son modèle. C'était l'habitude du moyen âge. Mais l'empressement que les plus fameux poètes de l'époque mirent à imiter ce dit témoigne de la haute estime dont jouis-
i.J. Geiselhardt, /. /., pp. 47 ss., 5o ss.
2. La Complainte de l'an nouvel que Granson fist pour un chevalier qu'il escoutoit complaindre, éd. Schirer, Oton de Granson und seine Dichtungen, Strasbourg, 1905, p. 36-38.
3. Voyez les études de SanJras et ten Brink citées dans notre t. I, p. vu, n. 4, et les notes dont Skeat accompagne son édition des Oeuvres de Chaucer; voy. aussi Viktor Langhans, Untersuchungen \u Chaucer, Vienne, 1918, p. 271 ss. (Certaines erreurs font voir que l'auteur de ce livre n'avait qu'une connaissance imparfaite du poème de Machaut). — Chaucer, dans le même poème, a aussi utilisé de très près le Jugement dou Roy de Behaingne, ce qui n'a pas encore été suffisamment reconnu jusqu'ici.