‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 10 sur 168 · L'ADIEU · texte numérisé non relu

L'ADIEU

Je ne veux plus de toi, Jeunesse. Tu viendrais Encore avec ton bruit de feuilles et de source Et nous irions encore à travers la forêt Où l'écho se souvient du rire de ta course.

Comme jadis, quand nous passions près du bonheur, Tu mettrais sur mes yeux tes mains douces et fortes Et, sans attendre, hélas ! le fruit mûr qu'on emporte, Tu briserais la branche en y cueillant la fleur.

Laisse-moi, je n'ai plus ta force et ton visage, Ni l'élan furieux où je suivais tes pas; Laisse-moi, laisse-moi, Jeunesse, je suis las Du grondement lointain de ta rumeur d'orage.

Va-t'en et ne ris pas de celui qui reprend Sa route et qui s'en va sans regarder vers l'ombre Que ton souvenir d'or allonge au sable sombre, Car je marche déjà dans le soleil couchant.

Mais, au bout de la voie où la pierre est aride Et dont la Gloire a tait son chemin éternel, Verrai-je, à l'horizon mystérieux et vide, Se tordre un noir laurier sur la pourpre du ciel?

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