‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 11 sur 168 · SAISONS · texte numérisé non relu

SAISONS

Le Printemps, dans les fleurs, monte vers la lumière Et frappe au palais rouge où rit le jeune Été, Et l'Automne, au pas lourd, qui regarde en arrière Descend avec lenteur vers l'Hiver redouté.

Les laines où, jadis, on tissa vos visages, Sont brillantes toujours et vives, ô Saisons, Et chacune de vous, parmi son paysage, Ajoute son emblème au mur de la maison.

Mais faut-il que debout dans la tapisserie Votre image se dresse en le tissu savant Et que votre quadruple et vaine allégorie Me rappelle la fuite et le cercle du temps?

Je sais bien que l'année est faite de fleurs douces, De lumière, d'azur, de soleil et de fruits, Et que le vent emporte, un jour, les feuilles rousses Et suspend leur couronne au tombeau de la nuit.

Je sais bien que ma vie a vécu, riche ou tendre, Son Avril délicat et son Juillet joyeux, Et que mes mains ont pu s'élever et se tendre Vers la g*appe d'Automne éclatante à mes yeux,

Et que l'heure après l'heure a conduit jusqu'en l'ombre Mon destin qui bientôt n'aura plus d'horizon... Mais pourquoi, maintenant que tout me semble sombre, Demeurez-vous toujours les mêmes, ô Saisons?

Comme celle de vous qui regarde en arrière, Je descends vers le soir et crois avoir été Ce Printemps qui jadis montait dans la lumière Vers ce palais d'or rouge où lui riait l'Été !

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