‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 110 sur 168 · LA RUPTURE · texte numérisé non relu

LA RUPTURE

Ce n'est pas votre adieu qui me tire ces larmes

Que je ne cache pas, Et si je fus blessé, ce n'est point par vos armes :

Elles frappent trop bas.

Si vos veux insolents regardent ma détresse,

N'en prenez point sujet Pour vous enorgueillir de l'état où me laisse

Cette douleur que j'ai,

Car vous avez en vain dans ma coupe tendue

Versé l'acre poison Et, pendant mon sommeil, effeuillé la ciguë

De votre trahison;

En vain votre mauvais et perfide sourire

Me raille lâchement D'avoir tenu pour vrai ce que vous savez dire

D'une bouche qui ment.

Non ! ce n'est pas cela, voyez-vous, que je pleure,

Le front entre mes mains, Et ce n'est ni vous-même, hélas ! et ni le leurre

De vos yeux incertains,

Mais que votre beauté à qui je fus crédule

Ait dupé mon amour Et d'avoir trop longtemps pris votre crépuscule

Pour l'aube d'un beau jour;

Car je n'ai dans mes bras serré que le mensonge

D'un fantôme vivant Et me voici pareil à celui dont le songe

Jette son or au vent...

Et ce que je regrette en ces larmes cruelles

Où vous n'êtes pour rien Ce n'est pas, sachez-le, vous sans pitié pour elles,

Votre amour, c'est le mien !

Page 1