LA RUPTURE
Ce n'est pas votre adieu qui me tire ces larmes
Que je ne cache pas, Et si je fus blessé, ce n'est point par vos armes :
Elles frappent trop bas.
Si vos veux insolents regardent ma détresse,
N'en prenez point sujet Pour vous enorgueillir de l'état où me laisse
Cette douleur que j'ai,
Car vous avez en vain dans ma coupe tendue
Versé l'acre poison Et, pendant mon sommeil, effeuillé la ciguë
De votre trahison;
En vain votre mauvais et perfide sourire
Me raille lâchement D'avoir tenu pour vrai ce que vous savez dire
D'une bouche qui ment.
Non ! ce n'est pas cela, voyez-vous, que je pleure,
Le front entre mes mains, Et ce n'est ni vous-même, hélas ! et ni le leurre
De vos yeux incertains,
Mais que votre beauté à qui je fus crédule
Ait dupé mon amour Et d'avoir trop longtemps pris votre crépuscule
Pour l'aube d'un beau jour;
Car je n'ai dans mes bras serré que le mensonge
D'un fantôme vivant Et me voici pareil à celui dont le songe
Jette son or au vent...
Et ce que je regrette en ces larmes cruelles
Où vous n'êtes pour rien Ce n'est pas, sachez-le, vous sans pitié pour elles,
Votre amour, c'est le mien !