‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 113 sur 168 · ALBERTE AU CHER VISAGE · texte numérisé non relu

ALBERTE AU CHER VISAGE

Lorsque je pense à vous, Alberte au cher visage. Et, quel que soit le lieu, ie jour ou la saison, Quand je vois à mes yeux se former votre image, Je suis comme quelqu'un qui sort de sa prison.

Un voile ténébreux devant moi se déchire Et s'ouvre tout à coup sur un ciel plein d'oiseaux. Ma bouche avec ivresse, à l'air qu'elle respire, Voluptueusement, trouve des goûts nouveaux;

J'entends chanter en moi des fontaines sonores Que n'épuiseraient pas les feux de cent étés Et qui savent garder la fraîcheur des aurores Sous le pesant soleil des midis irrités;

Je crois aller vers vous par un jardin d'Asie Que parfument des fleurs qui ne se fanent pas, Et je sens se hausser, en sa pourpre polie, Une marche de marbre à chacun de mes pas;

Puis c'est un grand silence où bat le cœur des choses Et tout semble éternel, ineffable et divin, Et le rouge pétale où s'effeuillent les roses Jusques à votre seuil me montre le chemin...

Et cependant la rue autour de moi bourdonne, A moins que, dans ma chambre au plafond enfumé, Je n'écoute vibrer l'horloge monotone Ou l'averse frappant le carreau refermé;

Mais, pour faire en mon cœur naître, par votre image, Ces roses, ces jardins, ces fontaines, ces cieux, Il suffit que je pense à ce jeune visage Dont les yeux à jamais ont ébloui mes yeux !

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