ALINE
Aline, la pudeur est douce sur ta joue Quand son fard délicat en colorant ta peau Imite la couleur de l'incarnat qu'on loue Aux roses du printemps ou de l'été nouveau.
La colère en tes yeux, ô violente Aline, Est belle et l'on dirait en t'admirant qu'on voit Soudain, quand ton regard s'éclaire et s'illumine, Une déesse vivre et se dresser en toi.
Mais aussi la tristesse, Aline, sur ta bouche
Est charmante, pensive et pleine de secrets,
Si bien qu'on ne sait pas, triste, ardente ou farouche,
Ce qu'on aime le mieux de tout ce que tu es.
Car le brûlant soleil, la nuée et l'orage Conviennent tour à tour à ta triple beauté, Mais rien ne vaut pourtant, Aline, ce visage Qu'à ton jeune désir donne la volupté !
CORYSE
Coryse, tout, en vous, fait penser à l'amour, Tout vous-même vous y exhorte :
Vos cheveux pleins de nuit et vos yeux pleins de jour... Vous êtes belle, souple et forte.
Sur un lit où noueraient deux cygnes leurs cols tors
Je voudrais vous voir étendue Et que vous y fussiez auprès d'un autre corps,
Coryse, et que vous soyez nue,
Car il n'est pas de jeu plus noble et plus charmant Que celui de la chair heureuse,
Et vous seriez, Coryse, aux bras de votre amant Ma plus belle estampe amoureuse !
à Mmo la Comtesse de Béarn.