‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 124 sur 168 · EPITAPHE · texte numérisé non relu

EPITAPHE

Je suis mort. J'ai fermé mes yeux à la clarté.

Celui qui fut hier Proklès de Clazomène

N'est plus qu'une ombre errante et qu'une cendre vaine,

Sans parents, sans amis, sans maison, sans cité.

Est-ce déjà mon tour de boire au froid Léthé? Mais le sang ralenti s'est figé dans ma veine; Fleur du sol d'Ionie, à quinze ans, c'est à peine Si mon printemps trop bref devina son été.

Adieu, ville ! Je pars pour le sombre voyage Et j'emporte avec moi pour payer mon passage La drachme que l'on doit au nocher souterrain.

Heureux à son métal de retrouver encore, Sur le disque d'argent qui luira dans ma main, Le beau cygne qui manque au fleuve sans aurore !

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