L'ESCLAVE
C'est bien. Vos poings brutaux ont défoncé ma porte
Et vous avez pillé la grange et le cellier
Et tari la citerne et rompu l'escalier.
L'oreille n'entend plus quand la voix est trop forte.
Vous jouâtes mon or aux dés de la cohorte. Ma vie et mon destin sont à vous. Au pilier, Mon corps débile et nu fut facile à lier. J'étais libre. Je suis esclave. Que m'importe !
Vous pouvez m'emmener, courbé sous le fouet dur, Vers les mornes pays où l'aube est sans azur, Rendre aveugles mes yeux qui virent ma ruine,
Mais m'empêcherez-vous d'avoir, et pour jamais, — 0 jeune souvenir dont ma nuit s'illumine ! — Entre mes bras tenu la femme que j'aimais?