‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 127 sur 168 · LE SOUVENIR · texte numérisé non relu

LE SOUVENIR

Laisse-moi. Tu sais bien que mon cœur est blessé, 0 Souvenir ! Pourquoi me parles-tu dans l'ombre, A moi qui ne veux plus revoir sous un ciel sombre Le chemin de l'amour où mes pas ont passé?

Pourquoi m'apportes-tu, du temple renversé, Cette pierre choisie au monceau du décombre, Et pourquoi donc choisir, seule parmi leur nombre, Celle qui porte encore un nom presque effacé?

Ah ! je n'ai pas besoin, pour que je me souvienne, Que ta cruelle main s'empare de la mienne Afin de la poser sur mon cœur palpitant !

Il me suffit que, tendre, odorante et farouche, Fleurisse, toujours jeune en le jeune printemps, La rose qui ressemble à ce que fut sa bouche I

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