‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 136 sur 168 · L'AVEUGLE · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE

à M. le Comte PrimnU.

Sa jeunesse jadis a vu naître l'aurore Dans le ciel matinal et sur les calmes eaux, Et le soleil, de ses rayons horizontaux, Teindre de mille feux les ondes du Bosphore;

Maintenant, devant lui, la foule au pas sonore Passe invisiblement sans hâte ni repos, Et ses yeux, sur le monde, à jamais se sont clos. Son regard ne voit pas l'aumône qu'il implore.

Sur le grand pont qui joint Stamboul à Galata, Pareil au Souvenir, chaque jour, il est là. Si la ville, là-bas, est d'or ou d'hyacinthe,

Qu'importe ! Un rêve ardent remplit sa cécité, Car il conserve encor, vivante en sa beauté, Constantinople au fond de sa prunelle éteinte 1

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