CROQUIS D'ORIENT
Le soleil, dans l'azur épais, luisant et gras, Est comme un fruit obèse et dont l'écorce éclate, Auquel ce bon vieux Turc compare sur sa natte La citrouille turgide au milieu des cédrats.
Au seuil de sa boutique amoncellent leurs tas L'aubergine vineuse et la rouge tomate, Et son œil en extase aux couleurs se dilate. Le turban rond s'enroule à son crâne au poil ras.
Dans l'ombre, il va bientôt s'étendre pour la sieste, Tandis qu'une acre odeur de miasme et de peste S'exhale autour de lui de ce quai d'Orient,
Où, Sultane de rêve aux merveilleux royaumes, Il sent venir, avec un frisson souriant, La fièvre fabuleuse et diverse en fantômes.
LA MOURADIÉ
Le vieil Imân à turban vert, maigre et courbé, Égrène un chapelet qui glisse sous son pouce, Et, devant nous, d'un geste très pieux, il pousse, Silencieusement, la porte du Turbé.
Les quatre murs sont blancs sous le dôme bombé, D'où, par un trou rond, coule une lumière douce, Et, dans le sarcophage empli de terre, pousse Un peu d'herbe à l'endroit où la pluie a tombé.
C'est ainsi que voulut dormir son dernier somme Mourad, sultan de Brousse, aux yeux d'Allah, pauvre lion Sous la coupole ouverte aux orages du ciel,
Lui qui se fit tailler, humble en sa gloire altière, Afin d'être mieux prêt à l'ordre d'Àzraël, Un carré de cuir brut pour tapis de prière !
LE MÈDAILLIER 345